Jeudi 23 décembre 2010 4 23 /12 /Déc /2010 07:46

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Dans un
précédent article, nous avons publié une étude concernant l'activité maçonnique de la ville d'Arles durant la période pré-révolutionnaire. Comme partout en France, peu de choses ont filtré durant la Révolution, bien que...  Nous publions aujourd'hui ce que nous savons de la période concernant le Consulat et l'Empire,  qui s'étend de 1801 à 1815.

Seul semble-t-il la version Jacobine du Grand Orient de France est en activité. C'est pourtant l'époque où André POMME semble tenu à l'écart des instances dirigeantes du GODF; Napoléon a fait main basse sur la Maçonnerie... De plus le nouveau dirigeant de la France, fait tout pour se rapprocher de l'Eglise de Rome... POMME, le pourfendeur des religieux romains, n'est plus le bienvenu, ni dans la politique, ni même dans la haute sphère maçonnique... Ceci explique celà !
Au delà du plan local, cette étude du microcosme maçonnique arlésien nous permet de mieux connaître les arcanes ou les intrigues des tous débuts de la République...

Durant ce laps de temps qui va de 1801 à 1815, l'activité maçonnique arlésienne sera marquée par l'existence de deux Ateliers:

- Saint Jean des Disciples de l'Amitié, Loge travaillant sous les Hospices du Grand Orient de France. Elle tire son origine de la Loge l'Amitié siégeant à l'Orient de Marseille.
C'est le Frère Mathieu BOUYER, originaire d'Arles (né en 1760), habitant Marseille (isle 94, maison 9, rue Nably, en face du Grand Théatre) et inscrit au Tableau de l'Amitié, qui prend l'initiative de créer en 1801, l'Atelier arlésien lequel tout naturellement prendra le Titre des Disciples de l'Amitié. L'adresse postale de la Loge de l'Amitié, n'est autre que son domicile; il fut donc un des principaux animateurs de l'Atelier phocéen.
Que savons-nous de Mathieu BOUYER ? Durant la Révolution, il est bel et bien sur Arles, où on le retrouve dans plusieurs Conseils municipaux sous l'étiquette des Monnaidiers (les Jacobins, habitants le quartier de la Monnaie). En 1802, il est qualifié de propriétaire et a effectivement acheté plusieurs Biens nationaux. Mais il n'est pas le seul Maçon arlésien à avoir élu domicile sur Marseille. Sur le Tableau de la Loge marseillaise de l'Amitié, on trouve les noms des personnalités arlésiennes suivantes:
- Michel AUDIBRAND, architecte naval, né en 1755.
- Pierre PELISSON, capitaine d'Artillerie, né en 1756.
- Joseph Jean DAVID, charcutier, né en 1760.
- Claude SOLLIER, entrepreneur des routes, né en 1754.
Comme le veulent nos Traditions, tout porte à croire que ces 5 hommes furent des Officiers de l'Amitié, revenus  occasionnellement sur Arles pour y créer l'Atelier Saint Jean des Disciples de l'Amitié. L'installation de l'Atelier arlésien sera accréditée par deux autres Loges phocéennes : l'Aimable Sagesse et la Parfaite Sincérité.
Il est curieux de constater que les Maçons arlésiens qui vont composer la première Loge des Disciples de l'Amitié, seront tous professionnellement originaires du milieu portuaire arlésien : ils porteront tous le titre de Capitaine marin. Tout porte à croire qu'ils habitaient tous le quartier de la Roquette, tout proche du quartier de la Monnaie, et probablement tous la même rue, celle des capitaines marins, à savoir l'actuelle rue Sénebier. En 1801, on dénombre 23 capitaines marins, membres de l'Atelier.
Nous avons l'identité de ces Frères, dont l'appartenance à la Maçonnerie est souvent une affaire de famille (comme les MAYON, AUBENAS, FOUQUE, BURLE, SICAUD) :
- Joseph AUBENAS, né en 1763.
- Antoine MAYON, né en 1768.
- Dominique BAUDIN, né en 1762.
- Esprit Laurent DUC, né en 1771.
- Louis PRAT, né en 1758.
- André MERCIER, né en 1765.
- Antoine MAYON Aîné, né en 1755. Il sera le Vénérable de l'Atelier de 1801.
- Georges DEFLAUD, né en 1758.
- Auguste MAYON, né en 1772.
- Trophime SABARBIEU, né en 1764.
- Jean CHAY, né en 1773.
- Claude AUBENAS, né en 1764.
- Jean-Baptiste VIAUD, né en 1769.
- Honorat SICAUD, né en 1772.
- Jean FOUQUE, né en 1755.
- Jean PEIROL, né en 1766.
- François BURLE, né en 1773.
- Jean LEGIER, né en 1759.
- Ambroise BRUN, né en 1774.
- Joseph SICAUD, né en 1764.
- Antoine CARRIER, né en 1770.
- Joseph FABRE, né en 1761.
- Nicolas BURLE, né en 1773.
- Jean Baptiste FOUQUE, né en 1762.
- Jean Baptiste FOURNALIER.
A la ré-ouverture de l'Atelier le 21 septembre 1802, le profil socio-professionnel et politique de la Loge s'est complètement modifié. Les anciens leaders Jacobins (ou Monnaidiers) arlésiens reprennent de l'activisme et la trés grande majorité des capitaines marins disparait semble-t-il ; nous n'avons en fait à notre disposition, que le Tableau des Officiers. Florentin MAUREAU, est élu Vénérable par la Loge; il avait été politiquement trés actif durant la Révolution, attitude qu'il conservera toute sa vie, puisqu'on le retrouve Maire d'Arles en 1831. C'est également le cas de Joseph BABAUDY ou BABANDY, un ancien fondeur de cloches s'étant enrichi durant la Révolution par le biais de l'achat de Biens nationaux. Le reste du Tableau fait état des Officiers de Loge suivant :
- Joseph VIGNAL.
- GOUIRAND.
- Antoine MAYON Ainé, l'ancien Vénérable de l'Atelier.
- Jean COMBE.
- LAMANON. Il s'agit d'un des membres de la puissante famille noble des LAMANON.
-Jacques CLAIR. Propriétaire; il s'agit certainement d'un proche de l'archéologue arlésien Honoré CLAIR.
- Jean Baptiste VACHIER. On sait qu'il était le fermier du mas de Chartrouse, dont le propriétaire le baron LAUGIER de CHARTROUSE, sera maire d'Arles.
- Alexis ESMENARD, inspecteur des Douanes; son fils Charles ESMENARD sera co-fondateur en 1840 de la revue légitimiste "L'Album Arlésien"!
- Jean MAGNAN, capitaine marin, qui ne faisait pas partie de la première mouture de l'Atelier.

En 1806, l'Atelier dénombre  30 membres et présente sensiblement le même profil politico-socio-professionnel que l'Atelier de 1802. La grande majorité des Frères est d'origine arlésienne (16); le restant vient de CHAUDES-AIGUES (1), FOURQUES (1), AIX (2), LAMBESC (1), CRAPONNE-SUR-ARZON (1)LYON (2), AVIGNON (1), GENERAC (1), CONDRIEU capitale de la batellerie du Rhône (1), AGDE (1), AUBAGNE (1).

1802, marque de toute évidence, un virage dans la politisation de la vie arlésienne. La Révolution n'est pas si loin que çà, les "Modérés", Franc-maçons ou pas, sont toujours présents, au moins sur la scène politique. La politique nationale du nouveau dirigeant, n'y est certes pas étrangère ... De plus, les temps sont beaucoup moins dangereux que par le passé... Sur le plan maçonnique stricto - sensus, de toute évidence, on n'hésite pas à faire des entorses aux Réglements et aux Constitutions... 
Cette observation se vérifie avec la naissance sur Arles d'un nouveau Atelier  placé sous le Titre de Saint Jean de Jérusalem de la Triple Alliance. Avec l'arrivée de cet Atelier sous la voûte d'acier arlésienne, on assiste à tout un fatras d'irrégularités maçonniques.
Il s'avèrera qu'André SIMON, le premier Vénérable de l'Atelier, ne fut jamais Maçon... Lors de l'Installation de l'Atelier, il se dit mandaté par la Loge Marseillaise de la Parfaite Sincérité (celà ne s'invente pas). Nous avons vérifié les Tableaux de la Loge, il n'y a aucune trace du passage de ce SIMON ! 
Né en 1752 à Marseille, ce négociant habitait la rue des Suisses à Arles, ville où il est possible qu'il y ait eu de la famille (en l'occurence les célèbres BONNEMANT). Etant négociant de profession, il a trés bien pu être membre de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, Obédience dont il ne reste plus d'archives à ce jour... Mais néammoins reconnue illégale avant la Révolution...
Politiquement, on parle de lui lors d'une conférence entre Monnaidiers et Chiffonistes le 15 avril 1793; ce jour là, il est effectivement prisonnier des Monnaidiers, à bord d'un aviso, ancré dans le port d'Arles. 
André SIMON, était donc un ancien activiste de la "Chiffonne",  groupe politique arlésien favorable au Roi et à l'Eglise de Rome, représentant les Contre-révolutionnaires.
Alors, qu'était la Loge de Saint Jean de la Triple Alliance d'Arles ?
Peu de temps avant 1802, on observe dans un village proche d'Arles, MOURIES, la présence d'un Atelier qualifié de clandestin, placé sous le Titre des Amis de la Triple Alliance et dirigé par un certain Antoine JACOBY, négociant, ce même JACOBY, né le 03 avril 1769,  rejoindra Saint Jean de la Triple Alliance d'Arles ... Sur le plan religieux, le village de MOURIES est un haut lieu du Protestantisme local, que les frères COYE étaient originaires du lieu et y avaient leurs affaires de négoce; on ne connait pas leurs religion...
 Saint Jean de la Triple Alliance d'Arles ...
Mais l'analyse du Passé ne s'arrête pas là... Il est en effet intéressant d'étudier la généalogie de l'Atelier et de chercher à savoir qui était derrière cette Installation...
Six Loges venant de six villes différentes vont installer l'Atelier arlésien :
- La Parfaite Sincérité de l'Orient de Marseille, avant 1788, elle a toujours regroupé préférentiellement les artisans de la cité et était trés proche de la Mère Loge Ecossaise avant la Révolution. D'aprés les Planches de rapport, ce serait elle qui aurait "fourni" le Vénérable de l'Atelier arlésien...
- La Loge Les Trois Coeurs Réunis de l'Orient de Montpellier; elle était représentée par un chirurgien militaire: Antoine ALLAVENE. La généalogie de cet Atelier, montre qu'il fut installé par la Loge également de Montpellier, Saint Jean Ancienne et de la Réunion des Elus.
Dans le cadre de notre réflexion, ce détail n'est pas anodin, puisque ce dernier Atelier n'était autre que celui de Jean-Jacques-Régis de Cambacérés et de son ami le Marquis Charles d'Aigrefeuille, personnalités qui à l'époque de BONAPARTE sont les personnages maçonniques clefs de la Maçonnerie Napoléonienne !
- Le Triomphe de l'Amitié à l'Orient de Pertuis; cet Atelier travaillait sous les Hospices du GODF avant la Révolution. Ce fut un des rares Ateliers à être ouvert en 1790. En matière de généalogie maçonnique, cet Atelier avait été installé par 3 Loges de l'Orient d'Aix-en-Provence. Curieusement, c'est encore un négociant Jean-Jacques CARLES, s'occupant de commerce avec l'île de Saint Domingue qui représentera la Loge le Triomphe de l'Amitié... 
- La Sociabilité à l'Orient de Perpignan; curieusement encore une fois, cet Atelier n'avait pas repris ses Travaux, quand le délégué la représenta sur Arles... La décision n'émanait donc pas d'une Loge... C'était encore un militaire, un ancien officier d'Infanterie, Daniel Zachary FRANCONY. De toute évidence, il restera sur Arles puisqu'il animera les années suivantes, l'Atelier avec son neveu...
- La Parfaite Harmonie à l'Orient de Toulon; là aussi c'est trés curieux en ce sens que cette Loge n'était autre que l'Atelier dans lequel se retrouvaient tous les Officiers de la Royale, mais aussi des employés de la Marine et... des négociants. Elle fut représentée sur Arles par l'officier de Marine arlésien François-Xavier EYMINY.
- Saint Jean de la Parfaite Union de l'Orient de Villeneuve les Avignon; et là aussi c'est encore curieux, puisqu'un historien des Loges d'Avignon, fait descendre cet Atelier de la Mère Loge Ecossaise de Marseille... Cet Atelier fut représenté par Jean MANUEL.

La Loge de Saint Jean de la Triple Alliance d'Arles a donc probablement été une sorte de résurgence d'une Loge ayant travaillé avant la Révolution, sous les Hospices de la Mére Loge Ecossaise de Marseille. 
Ce furent donc bien les négociants marseillais aidés par BONAPARTE, lequel voulait relancer le commerce, qui lancèrent  une sorte de contre-pouvoir maçonnique sur Arles.


Qui fréquentait l'Atelier ?
Les Tableaux de Loge à notre disposition sont également révélateurs quant à l'identité des membres... Curieusement, la volonté de brouiller les pistes est permanente, comme par exemple la majeure partie des dates de naissance qui est fausse, nous les avons vérifié... Pourquoi ?
Les principaux activistes de la Loge furent les personnes suivantes:
- Antoine Trophime LIEUTAUD ou LIAUTAUD, avocat arlésien, issu de la noblesse.
- Pierre Marie Pascal CLASTRE, propriétaire arlésien.
- Aaron CARCASSONNE, propriétaire, de confession juive, originaire de Nîmes et Remoulins. Dans les Etats d'Hypothèques du 23 mai 1808, il est signalé "comme faisant parti des 25 notables juifs, les plus imposés et les plus recommandables". Un de ses descendants né à Arles, Casimir Antoine CARCASSONNE, docteur en médecine,sera maire de Marseille du 05 janvier au 19 mars 1895.
- Trophime BARJAVEL, Boulanger.
- Joseph Louis RIPERT, homme curieux (encore un), vicaire au moment de la Révolution, il prête le serment constitutionnel et se marie. Il s'installe comme Homme de loi, devient Procureur de la commune et... Il est nommé Maire d'Arles en 1797 par BONAPARTE !

- Pierre CHIAVARY fils, noble dont le père avait été guillotiné... 
- ROUBION, un négociant...
- Antoine LAVILLE, dont la famille avant la Révolution, avait dirigé la Confrérie des Pénitents Blancs d'Arles en 1745 et 1783.
On trouvera également sur le Tableau de la Loge, les noms suivants :
- David CARCASSONNE.
- Joseph AUBERT, négociant.
- Baptiste ESPARVIES, négociant
- Pierre ASTOUIN, avocat et chatelain aux Saintes Maries de la mer.
- Pierre IMBERT.
- André BONNARD.
- Pierre FABRE, pharmacien.
- Antoine MAUREAU, propriétaire.
- Antoine SAURET, propriétaire.
- Mitre VERAN, propriétaire.
- Antoine VIANY, propriétaire.
- André ARTAUD père, propriétaire.
- Pierre COILLET, notaire.
- Joseph CHAPUS, notaire.
- Joseph FERRAND, avoué.
- André ROBOLLY, avoué, futur maire d'Arles.
- André SUINAND, avoué.
- Joseph MITRES.
- Louis BOULOUVARD.
- Jacques PERRIAT.
- Joseph LAURENT.
- Baptiste PAUTRIER.

Le 16 juillet 1812, le Vénérable de l'Atelier et du Chapitre de la Triple Alliance est Hypolite IMBERT, receveur des Droits Réunis, de son vrai nom Joseph Hypolite FUSET dit IMBERT.  IMBERT est aussi rattaché au Chapitre de la Loge Avignonaise Les Amis à l'Epreuve et la Parfaite Union Réunis.
Le Tableau de la Loge est le suivant :
- Pierre Antoine AUTHEMAN.
- Louis GIBERT.
- C. SELLE.
- Laurent FRANCONNY.
- François GORCY.
- Antoine TOUSTEN.
- Joseph MAGAGNIOSC.
- Jean COMBE.

Le dernier Tableau de la Loge est en date du 13 mars 1813, il fait apparaître sensiblement les mêmes éléments, auxquels il faut rajouter les Maçons suivants :
- Antoine BAUDIN, capitaine de navire.
- Joseph ARMELIN, instituteur, apparenté à la famille CLAIR.
- Joseph GIBERT, restaurateur.
- Félix GLEYZOLLE.
- Benoit LUCHARD. Capitaine de navire.
- François MEYER.
- Pierre ROUX.
- Jacques GAY.
- Nicolas BURLE, capitaine marin.
- André MERCIER, capitaine marin.
- Vincent LATTY, négociant.
- Honoré SABLIER, capitaine marin.
- Jean Jacques BALECHOU, propriétaire.
- Alexandre de MEYRAN LACETTA.
- Jacques ICARD.

 

 

 

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Par EOLE - Publié dans : HISTOIRE D'ARLES - Communauté : Franc-Maçonnerie&Spiritualité
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