De la Crau en général : Dans une enquête de 1269 (archives d'Arles) on apprend que la ville
d'Arles entretenait en Crau, une véritaéble force armée. A partir de 1321, apparait une sentence arbitrale qui délimite le territoire arlésien de la Crau. Mais ce n'est que le 13 avril 1473
que les gens de Fos, reconnaissent à Arles, la propriété de la Crau...
Il existait en Crau, sous l'Ancien Régime, quatre paroisses :
- Les Quatres - Chapelles, ou Notre Dame de l'Oulle.
- Notre Dame de Laval.
- Saint Pierre de Galignan à l'actuel mas de Galignan; lieu qui semble avoir été le point de départ du "chemin de Fos" (on y a trouvé
une borne en marbre).
- Saint Martin de la Palud.
L'occupation du secteur de la Crau d'Entressen est attestée de la période proto-historique à
l'antiquité tardive, essentiellement au travers des découvertes faites autour des bergeries de la Crau (cf O. BADAN) ainsi que sur le pourtour de l'étang, où le 21 novembre 1933, un certain Rémy
MAUMET de la société préhistorique des BDR, a découvert plusieurs pierres polies, silex, hâches de pierre...
La Tour marque le Sud de l'emplacement de l'ancien village ou hameau.
Ancien site romain, la voirie du village n'a put être orientée que dans le sens Nord - Sud.
La vue aérienne du site montre bien, l'axe de la desserte et les traces de
l'ancien habitat à l'Est du chemin ...
En fait, nous sommes là en présence de la fin de l'ancien chemin
appelé autrefois Camin Peissounié, le chemin qu'empruntaient les pêcheurs de Martigues pour aller vendre leurs prises.
A travers les
âges, le site a changé plusieurs fois de nom:
Dans "Le Trésor du Félibrige", MISTRAL désigne ainsi la signification du mot Entressen : "Du roman Entreshen, signe, signal, lieu ceint, enclos"...
Un siècle plus tard, le 7 septembre 1170, le lieu est passé dans les biens de la toute puissante maison des Baux (testament de Raymond
des Baux). La maison des Baux, va alors partager le territoire de Baussenc - Entressen; Hugues des Baux, vicomte de Marseille, donnera la partie de Baussenc à l'abbaye de Saint Cézaire d'Arles
qui plus tard, le 25 novembre 1237, la transmettra à l'abbaye de Sylvacane. Cette même année Guillaume Ier, donnera ausi à Sylvacane la partie d'Entressen. Au XIIème siècle, il n'est fait mention que d'un marécage du nom de Stagnum de Trensens ...
Dés le XIIIème siècle, l'endroit devient un lieu de conflits; en 1249 il est question d'un affrontement entre la ville d'Arles et les
troupes provençales de Charles d'Anjou, conduites par le sénéchal Amalryc de Turreys
En 1269 à cet endroit de la Tour, se trouvait une des limites du terroir d'Arles qualifiée de Fontaine de
Tressens , le lieu porte le même nom dans un acte du 8 mars 1321; de fait, une fontaine est signalée plus tard devant la Tour ... Dans le document étudié, à cette date là il n'
est toujours pas question de la présence d'un lieu fortifié ... Pourtant les conflits continuent, en 1333, deux arlésiens portent plainte par devant Guirand de Viens, contre Guillaume II des
Baux, qui voulait percevoir un impôt sur ceux qui passaient à Entressen...
De la description de 1269, je déduis qu'à cette époque, l'Est du territoire d'Arles est délimité globalement par la route de MOURIES à
ENTRESSEN, par l'actuel carrefour de la Samatane via le mas de Calameau puis le château d'eau de l'actuel village d'Entressen.
La Crau était alors traversée par la draille du Verry via la bergerie Guillaume Orcel puis celle de Peyre
Estève, la Brune d'Arles, la bergerie de La Figuière, direction La Pissarotte (qui autrefois était le lieu de résurgence de la nappe phréatique de la Crau et qui
est actuellement la station de pompage de Port Saint Louis) et la Roque (ancienne Tour) d'Odor, aux anciens salins du Relais, autrefois "bouche et port du
Galéjon" sorte d'avant port de la ville d'Arles...
Dans l'acte de bornage de 1321, le site de la tour est appelé Le Transino et il semble n'exister qu'un
mas du nom de "Mansum de Transino", probable descendant d'une villa romaine...
Une chapelle existe déjà . La première mention connue remonte à une charte
de 1186, mentionnant " l'ecclesiam Sancte Marie de
Transen".
Et il se dit
que ce fut dans cette chapelle, que la trés pieuse, reine Yolande, fille de Jean 1er, roi d'Aragon, épouse du comte Louis II d'Anjou (mariée à ARLES à Saint Trophime, en décembre 14OO), mère de
Louis III et du "Bon roi René", y venait faire ses oraisons quand elle quittait l'Anjou pour se reposer des soucis de la royauté ... Curieux dans un endroit aussi isolé ! ... D'autant plus curieux qu'elle passera de son
vivant pour l'équivalent de Jeanne d'Arc... Elle décédera le 14 novembre 1442 à Saumur. Elle est inhumée dans le chœur de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers où elle rejoint son époux Louis
II d'Anjou...
La tour ne sera édifiée qu'en 1341 mais confisquée tout comme le reste du territoire, par la
reine Jeanne le 15 septembre 1377. Devenu "Poste militaire", la garnison qui y stationnait avait pour mission de surveiller les alentours et si besoin de protéger voyageurs et convois.
En 1379 le lieu est ainsi décrit : "C'est une grande tour ou bâtisse, bien pourvue de murs et de retranchements"... La tour
servait de donjon; d'autres constructions pour l'usage de la garnison l'entouraient, dont la chapelle, dont l'intérieur fut transformé à cette époque; le tout était cerné par un fossé profond de
6 mètres et un mur d'enceinte... En 1379, le démembrement effectué cette année là fait mention de Le
Tressens ...
Le Castrum d'Entressen, comme celui d'Istres, est vendu par le neveu du roi René, Charles IV du Maine, à un marchand aixois, Bertrand de Foissard
ou Froissard, le 8 mai 1476. Son fils Bertrand II de Foissard devient le 20 avril 1502, seigneur d'Entressen. En 1506 ce sont Léonard et Aymard de Foissard qui en sont les
propriétaires... Au cours de l'année 1585, au cours des troubles de la Ligue, les défenses du château seront reforcées; la gouvernance de la tour est confiée à Lazare d'Espinassy et
la garnison (100 hommes) au capitaine Ricard... Le duc de Guise, le 16 août 1596 fera abattre les fortifications de la tour... Nous avons une description du site en date de l'année 1786
"Cette tour subsiste encore en bon état; mais les murailles dont elle était ceinte son tombées et les fossés sont comblés; on dit encore la messe dimanches et fêtes dans la
chapelle " .....
Pendant plus d'un siècle c'est donc la famille de Froissard qui détiendra
ainsi les seigneuries d'Istres et d'Entressen et ce jusqu'en 1609. Ces seigneuries deviennent ensuite la propriété de Marie de
Luxembourg, duchesse de Mercoeur, suzeraine de la Principauté de Martigues. Françoise, sa fille se maria avec César de Vendôme (fils d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées) et hérita de la
terre d'Entressen. En 1669, son petit-fils, gouverneur et lieutenant général de Louis XIV en Provence fut seigneur d'Entressen, Istres et certainement Magnan.. Le territoire d'Entressen est alors
dans un état lamentable et le duc de Vendôme doit contracter en 1691, une somme trés importante pour le restaurer : 100 000 livres ! Le créancier avait pour nom Maximilien Titon, maître-armurier à Paris mais aussi
secrétaire du roi et de la couronne de 1711 à 1714 ... Son épouse vendit la propriété à Louis Hector, duc de villars, qui en 1770, le légua à ses cousins la comtesse de Vézins et le
comte de Vogué.
Louis François marquis de Gallifet en 1772, leur acheta la Principauté. A
son décés, en 1778, son immense fortune revint à un de ses cousins Simon - Alexandre de Gallifet puis à son fils Louis - François de Gallifet ....
A la Révolution, ce dernier émigra; reveu en France mais poursuivi par le
fisc il racheta les terres pour la somme de 10 254 livres...
LES MAS DU TERROIR
La carte de
Cassini est quelque peu parlante, la cité d'Entressen se trouvait autrefois à proximité, voire autour de la Tour et comprenait les mas suivants du nord au sud (de Calameau à Magnan)
:
- Calameau, mas trés ancien qui existe toujours.
- Arnoux, qui reste à situer.
- Arnaud, devenu le mas du Rigau... Peu de gens savent qu'avant les aménagements "modernes" de l'étang d'Entressen, ce
lieu qui correspond au prolongement sud dudit étang, n'était autre qu'un marécage d'environ 9 hectares, dans lequel la hauteur d'eau variait en fonction de l'évaporation et donc de la
pluviométrie...
- Les Ponchu, devenu le mas Pointu.
- Girard,
- La Crotte, de nos jours le mas d'Espale.
- Sufra, peut - être devenu le mas de Pierrefeu.
- Chave, devenu le mas d'Amphoux.
- David, qui est certainement de nos jours le mas des Intimes.
- Saveran, devenu peut - être le mas du Graillon.
- Brassecourte,de nos jours le Verry.
- Chauvet, qui a conservé son nom.
- Le Grand Mas, qui a aussi conservé son nom.
- Jourdan, aujourd'hui le mas Arduin. Demeure également qualifiée de château, elle appartenait en 1926, à une madame Louis
MASSOT.
- Arnaud, devenu Mas Blanc.
- La Silvy, devenu le Bois de Sylvi.
- Espeau, tout au sud du terroir, qui pourrait être le mas de la Melonnière.
Encadré : l'étang et Magnan
- Magnan, un mas situé en pleine Crau, qui semble posséder une histoire ancienne... Le 28 décembre 1532 Saint Marc de Chaussegros,
co-seigneur d'Istres, vend le mas à Hugues de Bonpard. Un acte de l'année suivante nous signale que le mas de Magnan est érigé en fief au profit d'Hugues Belly d'Aix. Vers 1610, le seigneur
de Magnan est Vincens de Castellane
Au tout début du XIXème siècle le terroir voit la création au nord du territoire du château de Suffren par
le marseillais Alfred GAVOTY et madame née DURAND de CORBIAC. Le château est affiché sur la carte IGN sous le nom de mas des Quatre - Vents....
Le château de Suffren
Peu avant la Révolution, entre 1743 et 1790, le quartier
d'Entressen a un , syndicat des arrosants dirigé par le Chevalier Capeau (dont le mas se trouve dans la zone marécageuse au sud de Mas - Thibert).
LA TOUR D'ENTRESSEN
La Tour
d'Entressen n'est pas sans nous rappeler la Tour du château de Saint Gabriel - LANSAC; tout comme cette
dernière, elle fut élevée dans la première moitié du XIVe siècle par la famille des Baux; il
semble qu'avant 1321, la Tour - château d'Entressen n'existait pas (abbé Constantin).
Elle leur sera confisquée avec toutes leurs autres possessions, plus d'un demi
siècle plus tard par la reine Jeanne Ire de Naples en 1377. On sait que prés de la Tour, il y avait une chapelle et une
fontaine...
Le terroir est alors rattaché au castrum d'Istres. Durant les troubles de la fin du XIVe siècle, la tour devient un enjeu stratégique, et on y maintient un capitaine.
Au Moyen - Age, le domaine comprend un étang poissonneux, des prés, des terres labourées et semées ainsi qu'une vigne. Ce terroir était un secteur de vastes coussous (terrains de dépaissance pour les ovins), donnant lieu à divers conflits de bornage avec
Arles au XIIIe siècle. Aux alentours, plusieurs bergeries antiques y ont été découvertes.
La Tour face Nord
Détail des parties hautes
Une légende (?) dit que
c'est dans le château - fort d'Entressen, que la fameuse Reine Jeanne fut emprisonnée en attendant son procés à
Avignon...
En 1778, Entressen et Magnan dépendent de la Viguerie d'Aix-en-Provence...
Sous la Révolution, l'ensemble des biens seigneuriaux dépendant de Magnan et d'Entressen - tout comme ceux de la
communauté de Sulauze - seront encadastrés avec ceux d'Istres, donnant au terroir d'Istres son étendue actuelle. Avec la crise religieuse, en 1791, Entressen devient la succursale de
la paroisse d'Istres, le curé desservant résidait à Entressen. La dernière propriétaire noble fut Mlle d'Imécourt, la soeur du fameux général marquis de Gallifet, princesse de Hohenlohe
...
Un riche marseillais Louis Fournier, devint vers 1900, le propriétaire de la Tour... Laquelle tour appartiend de nos jours à la ville
d'Istres.
ARCHITECTURE DE LA TOUR
La Tour en 1905
Il s'agit d'une belle construction carrée de 9 m sur 8,35 m et d'une hauteur de 16,60 m collée à un escalier à vis.
Les murs sont en pierres de taille calcaires extraites des collines avoisinantes et en particulier de la colline de Miouvin située au nord ouest de l’étang de l’Olivier.
A l'intérieur, on peut découvrir une salle basse voûtée en plein cintre qui devait servir de magasin ainsi que trois étages et une
terrasse fortifiée. Les communications se faisaient grâce à des échelles amovibles jusqu'à la construction de la tourelle d'escaliers.
La porte principale au rez-de-chaussée est couronnée d'un arc brisé et d'une porte à linteau rectiligne. Une fenêtre à meneaux
trilobés s'ouvre sur la face Nord au premier étage qui devait constituer l'étage noble. Des ouvertures rectangulaires sur les faces Est, Ouest et Sud ont été agrandies pour la plupart à
l'époque moderne. Au sommet un couronnement garni de mâchicoulis repose sur des consoles à encorbellement.
La tour a été inscrite aux monuments historiques par arrêté en date du 4 mars 1998.