Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 06:56



Frédéric Mistral vieillissant, avait rejoint vers 1904, la trés célèbre Confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier, devenue en quelque sorte,  le bras armé de l'église de Rome... Et en ce sens, il apportait la preuve que le Félibrige allait s'opposer dans les années à venir à la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat 


La vraie Histoire du Félibrige...


" Dès les années 1840, tout est en place ; le Montalbanais Mary-Lafon a assuré, entre 1812 et 1845, le détournement du discours national sur le Moyen Age occitan, en le recentrant. Sa grande histoire du Midi en quatre volumes part des ancêtres ibères, déjà profondément démocrates, et se déroule ensuite, d'une invasion septentrionale à l'autre, jusqu'à l'écrasement des Girondins. Le grand XIIe siècle constitue le point culminant de cet itinéraire, Le peuple du Midi, épris de liberté politique et religieuse, se lance régulièrement dans l'aventure de la révolte, sous le signe de la Reforme au XVIe siècle, de la démocratie à d'autres époques - celle de l'Ormée bordelaise ail XVII' siècle, celle de la Révolution girondine. À chaque fois, le Nord brise son élan, à travers une suite de répressions militaires qui rejouent indéfiniment la vieille croisade des albigeois. Ce qui ne veut d'ailleurs pis dire que Mary-Lafon refuse la France : libéral, il assume l'héritage de 89 ; simplement, ce sont pour lui les Méridionaux qui incarnent le mieux, de par leurs vertus ancestrales, la fidélité à cet héritage et à la cause de la liberté. On voit qu'on est loin ici d'une quelconque nostalgie des provinces d'Ancien Régime. En tout état de cause, cette lecture de l'histoire occitane comme tradition de révolte est appelée à un long avenir.

A peu près à la même époque, un autre homme, un poète celui-là, opère la percée de l'écrit d'oc en direction du public le plus large, et pas seulement au sud. L'Agenais Jasmin, coiffeur de son état, parcourt le Midi tout entier, partout où l'on comprend l'occitan, pour régaler les foules de poèmes dramatiques, sinon mélodramatiques, qui suscitent enthousiasme et émulation. Jasmin devient un modèle pour quiconque entreprend d'écrire en oc, Mieux : il a l'oreille de Paris. Le roi Louis-Philippe l'invite. Sainte-Beuve l'encense. Notre homme chante en patois, certes, mais il chante si bien !

 

II est vrai qu'il ne chante pas n'importe quoi. Son créneau, c'est le pittoresque populaire et l'attendrissement. Il chante la charité pour les pauvres et joint d'ailleurs le genre à la parole. La révolte lui est assez étrangère : son peuple à lui ne fait peser nulle menace sur l'ordre social. Et il consacrera, plus tard, l'un de ses derniers poèmes à une réfutation des thèses du jeune Renan! Mais peu importe, il a prouvé qu'il existait un public pour l'occitan littéraire et aussi des possibilités de reconnaissance nationale.

Tout cela, cependant, ne suffit pas à cristalliser le mouvement qui grandit en terre d'oc. Jasmin, pas peu fier de son succès personnel, n'a pas le sens du jeu collective. Mary-Lafon, prosaïque historien en français de surcroît, est étranger au monde des écrivains occitans. Ces derniers, éparpillés entre les diverses villes du Midi - Toulouse, Montpellier, Béziers, Avignon, Aix, Marseille, Nice... -, sont séparés par les distances géographiques, les incompatibilités d'humeur, les choix graphiques, car il n'existe pas de norme graphique incontestée pour l'occitan. Il est bien difficile de leur faire admettre un projet commun et une organisation au service de ce projet. Deux congrès se tiennent en Provence, là où les écrivains sont le plus nombreux, en 1852 (Arles) et 1853 (Aix). Ils permettent aux participants de déclamer leurs oeuvres, mais non de se regrouper durablement.


OU APPARAIT LE MOT FELIBRIGE ...

"L'année suivante, un petit groupe de jeunes poètes avignonnais qui a participe activement aux deux congrès décide de franchir le pas. Les autres écrivains restent divisés, eux-mêmes fonderont leur propre association. L'unification, la nécessaire coordination par le haut des énergies d'oc a échoué : on prendra le problème par l'autre bout, en créant un pôle qui, en se renforçant, attiera progressivement les bonnes volontés. Il y a là un fils de jardinier de Saint-Rémy-de-Provence, Joseph Roumanille, le fils d'un imprimeur avignonnais, Theodore Aubanel, et un jeune licencié en droit, fils d'un propriétaire villageois des environs de Saint-Rémy, un certain Frédéric Mistral. Et quelques comparses. L'aîné, Roumanille, vient d'avoir trente-cinq ans, les autres ont moins de vingt-cinq ans : des enfants, aux yeux des Poètes les plus expérimentés. En mai 1854, ils constituent formellement leur petit cercle en association. Ils lui donnent un nom, le Félibrige ; ils se donnent un titre : les félibres.
Magnifique trouvaille : le mot ne veut en lui-même strictement rien dire - il ne peut donc designer d'autre réalité que ce qu'en feront ceux qui s'en prévalent. Son côté mystérieux constitue un attrait supplémentaire : années et Mistral - qui a trouvé le mot dans un vieux cantique - saura créer, avec un rare sens de la mise en scène, tout un rituel « félibréen » qui accentue encore le côté confrérie occulte de la chose.



A suivre dans un prochain développement

Par EOLE - Publié dans : actualité - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION
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