Partager l'article ! 39-45 : A LA COMMUNAUTE DE POMEYROL...: Les années 60 H ...
Les années 60
HISTORIQUE DE LA COMMUNAUTE
Cahiers de Pomeyrol n° 8
Réédition du n° 6/1977 de « Foi et Vie »
Pages 74 à 78
En mars 1937, par le secrétaire général de l’Association des pasteurs de France, qui avait reçu en don la propriété de Pomeyrol,
le Comité de Nîmes adressa vocation à la Retraite de Saint-Germain-en-Laye, pour ouvrir une seconde Maison ; une résidente y fut déléguée.
En septembre 1939, dès la déclaration de guerre, la Maison de Saint-Germain-en-Laye fut réquisitionnée. On se groupa à Pomeyrol,
dans le château, et, pendant l’hiver 1939-1940, naquit la première tentative de créer une véritable Communauté. Une session de formation fut ébauchée, à laquelle vinrent se joindre, pendant un
mois, les deux premières sœurs de Grandchamp.
La guerre devait amener la perte des deux équipières qui s’engagèrent dans des services de guerre, et la fermeture définitive de
Saint-Germain-en-Laye ; Antoinette Butte resta seule avec deux aides. Un travail intense se concentra à Pomeyrol : retraites nombreuses, camps,
congrès, rencontres diverses, accueil aux réfugiés, aux fugitifs, activités de l'Église en zone Sud.
De 1940 à 1944, malgré les conditions difficiles, ont séjourné à Pomeyrol plusieurs centaines de personnes. Il s’est tenu une
quarantaine de retraites. L’équipe communautaire (3 soeurs) tint tête à six occupations militaires sans interrompre ni sa vie liturgique, ni son travail.
Mais quel travail ? Il se dit qu'il existait au château de la Baume de Saint Gabriel, une sorte d'hôpital de convalescence pour allemands où les soeurs de Pomeyrol dispensaient les soins...
Le 28 février 1944, l'équipe fut expulsée en quatre heures par les troupes allemandes, ne pouvant emporter que le linge, les
couvertures, la vaisselle. Réfugiées dans un mas proche (ne serait-ce pas le château de la Baume, NDLR), les trois résidentes continuèrent la vie de prière et leur activité : large
accueil à tous, quelques retraites individuelles ou collectives.
À la Libération, le domaine de Pomeyrol fut pillé, saccagé, occupé par les F.F.I., (piètre vue de la Résistance locale,
NDLR) puis réquisitionné et occupé par un Centre d’hébergement d’Arabes à rapatrier.
C’est seulement en mars 1946 que le domaine fut rendu enfin à l’Association des pasteurs de France. Château saccagé, parc bouleversé : 1 500 arbres abattus pour installer les baraquements, 700 m3 de trous, tranchées et abris, enchevêtrements de plusieurs kilomètres de barbelés.
Devant ce désastre, on fut tenté d’abandonner le domaine. Pomeyrol valait-il la peine d’un pareil effort ? Était-il important pour Église de France ?
Consulté, le président Marc Boegner, qui avait logé plusieurs fois à Pomeyrol pendant la guerre, répondit par un seul mot : « Incontestablement ! », et il voulut bien remettre à Pomeyrol un don qu’il venait de recevoir pour parer aux premières urgences.
Sous l'Occupation, le pasteur Boegner est d'abord membre du Conseil national instauré par Vichy, mais il œuvre activement, tant de façon ouverte que clandestinement, pour essayer d'améliorer le sort des Juifs, voire en défendre et en sauver un certain nombre, compassion d'ailleurs étendue à de nombreux réfugiés politiques. Réservé sur la violence et la lutte armée, il laisse cependant ses fidèles choisir en conscience d'aller ou non au maquis.
En juin 1940, après l'armistice, la Fédération Protestante souhaite que son président se fixe en zone libre et Marc Boegner s'installe à Nîmes où la tradition protestante reste forte.
Il multiplie les déplacements et les interventions auprès du gouvernement de Vichy en faveur des personnes déplacées ou regroupées dans les camps d'internement de Drancy ou Gurs (Pyrénées Atlantiques) et ensuite en faveur des juifs. Il intervient ainsi auprès de Pierre Laval, mais en vain, pour lui demander de renoncer à inclure les enfants juifs de moins de 16 ans dans les convois de déportation.
Ces protestations faites au nom de l'Église Réformée et de la Fédération Protestante sont souvent précédées de rencontres avec le Cardinal Gerlier, Archevêque de Lyon, et d'échanges avec le Grand-Rabbin de France Isaïe Schwartz.
Elles prennent aussi la forme de lettres adressées directement par le pasteur Marc Boegner au Maréchal Pétain, qui sont souvent lues en chaire au cours des cultes dominicaux.
Le 26 mars 1941, il écrit deux lettres au nom du conseil national de l’E.R.F. qu’il préside, l’une à l’Amiral Darlan, vice-président du Conseil, l’autre au Grand-Rabbin de France, Isaï Schwarz, dans laquelle il déplore la mise en place d’une législation raciste : "Notre Eglise, qui a jadis connu les souffrances de la persécution, ressent une ardente sympathie pour vos communautés dont en certains endroits la liberté du culte est déjà compromise et dont les fidèles viennent d’être si brusquement jetés dans le malheur. Elle a déjà entrepris et ne cessera pas de poursuivre des démarches en vue d’une refonte indispensable de la loi."
Le 20 août 1942, il écrit une lettre au Maréchal Pétain. Cette lettre connait une très large diffusion grâce à la presse et à la radio internationales. Elle présente un caractère tout nouveau par rapport à ses précédentes interventions, en ce sens qu’elle porte sur les opérations de livraison à l’Allemagne de juif étrangers, déjà internés dans les camps : « La vérité est que viennent d’être livrés à l’Allemagne des hommes et des femmes réfugiés en France pour des motifs politiques et religieux, dont plusieurs savent d’avance le sort terrible qui les attend (…) Je suis obligé d’ajouter, Monsieur le Maréchal, que la livraison de ces malheureux étrangers s’est effectuée, en maints endroits, dans des conditions d’inhumanité qui ont révolté les consciences les plus endurcies et arraché des larmes aux témoins de ces mesures ».
En 1943, il condamne l'envoi forcé des travailleurs en Allemagne au titre du STO. Ayant rencontré à six reprises, dans le cadre de ses fonctions, le maréchal Pétain, il fut décoré de la Francisque et nommé membre du Conseil National de Vichy. Il s'attacha, lors de sa déposition au procès du vieux dirigeant, le 30 juillet 1945, à témoigner des bonnes intentions et de la bonne volonté manifestées par celui-ci dans les circonstances difficiles que connaissait la France - une vision indulgente de l'action de Pétain, démentie aujourd'hui par beaucoup de travaux historiques.
Après guerre, il continue son combat pour l'unité en participant au mouvement œcuménique. Il est aussi observateur au concile Vatican II.
Son action en faveur des Juifs durant la guerre fait qu'il est désigné Juste parmi les nations en 1988.
Un Foyer d’enfants abandonnés s’installa dans le château saccagé. C’est pourquoi lorsque, en 1947, l’équipe dû rendre aux propriétaires le mas qui l’avait abritée, elle se trouva sans gîte ni ressources.
Elle s’installa dans les baraquements allemands à l’abandon depuis trois ans, où les toits laissaient passer l’eau. On
vécut dans une très grande pauvreté, sur des paillasses et des châlits de bois avec quelques couvertures de soldats et des capes scoutes.
Un petit pavillon de chasse du parc, au toit effondré, fut restauré. L’une des résidentes y passait l’hiver, tenant ainsi la vigile
de prière et l’accueil, tandis que les deux autres gagnaient leur vie ailleurs. Appelées par de nombreux amis d’Alsace, de nombreuses retraites collectives (douze à quatorze en trois mois) furent
organisées à Rothau, dans une maison de repos prêtée par les Diaconesses de Strasbourg.
Fallait-il se transporter en Alsace, où tout était plus facile, la vie matérielle et un large ministère assurés, des locaux
viables ? Contre toute raison raisonnable, un impératif intérieur maintint la petite équipe à Pomeyrol, dans la solitude et la pauvreté.
En novembre 1951, les trois résidentes se consacrèrent à vie, s’engageant mutuellement et recevant l’imposition des mains.
L’équipe communautaire devenait la Communauté religieuse de Pomeyrol. Et, le 11 septembre 1955, à 7 heures du matin, dans le cloître des Cyprès, une quatrième Sœur fit profession
solennelle en présence du Président Régional de l'Église réformée de France, le pasteur E. Barde, et reçu l’imposition des mains de sept pasteurs présents, chiffre symbolique.
Chemin de la Communauté
13 103 Saint-Etienne-du-Grès
BIBLIOGRAPHIE :
REYMOND Bernard, Une Église à croix gammée ? Le protestantisme allemand au début du régime nazi (1932-1935), L'Âge de l'homme, Lausanne, 1980