Jeudi 23 décembre 2010 4 23 /12 /Déc /2010 06:14


img_mus_30-1-.jpgLa Marianne des Franc-maçons


Nous sommes à l'époque où la séparation politique entre la France du Sud et celle du Nord est à son paroxisme.
Cette observation est valable aussi chez les Franc-maçons, chez qui, le divorce entre les dirigeants de l'Obédience du Grand Orient de France (totalement asservie au futur Empereur) et les Loges du Midi est patent.
Alphonse GENT, leader des Loges du Midi vient d'être arrêté, jugé et condamné à la déportation. Cette sanction va sonner le glas des si actives Loges du Vaucluse: à la fin de 1850, l'arrestation de GENT et de ses amis, eut des effets immédiats sur la vie maçonnique du département... C'est évident et exceptionnel dans l'Histoire de la Maçonnerie, le Grand Orient de France en tant qu'Obédience et allié au Pouvoir en place, venait de lâcher les Frères du Vaucluse !
Pire, le 2 décembre 1851, Napoléon III dissout l'Assemblée et décide "la dispersion des sociétés secrètes des provinces"... Ce sont essentiellement les Loges du Vaucluse et celles des départements limitrophes qui sont visées. La situation est jugée trop dangereuse par les Frères de ces départements et trés rapidement, les Ateliers locaux du Grand Orient, particulièrement surveillés par leur propre Obédience, se mettent en sommeil, sans toutefois abandonner la lutte :
- La Loge des Vrais Amis Réunis arrête ses Travaux... Mais les Fréres, les plus ardents, rejoignent d'autres Ateliers. Par exemple, on observe que la Loge de Carpentras La Parfaite Amitié, voit son effectif passer de 19 à 77 Frères !
- La Loge ouvrière L'Union des Arts et Métiers d'Avignon, est fermée de manière autoritaire par les instances du Grand Orient le18 mars 1851.

Dans les mois suivants, une période de troubles va envahir le sud de la France mais  pour bien comprendre la situation des Loges, nous sommes emmenés à détailler les évènements de l'époque ...
L'Insurrection Provençale de Décembre 1851, fut le sommet d'une guerre civile qui  allait être terrible. Le 4, le peuple marseillais manifestait sa présence en masse dans les rues de la ville, en chantant La Marseillaise et en criant Vive la République; il ne semble pas qu'il y eut de violences.
Dans la nuit du 4 au 5, de nombreuses arrestations eurent lieu dans toutes  les agglomérations de notre région, décimant ainsi le gros des forces républicaines...
Le 07 décembre 1851, la région marseillaise apprenait la victoire définitive du Président dans la capitale. De fait, les forces militaires purent finir leur triste besogne ! Le château d'If, reçu quelques 304 personnes !
Le 08 décembre, le gouvernement inquiet de la situation, prit une mesure radicale, en prescrivant la déportation à Cayenne et en Algérie " des individus reconnus coupables d'avoir fait partie d'une société secrète"... Nombre de Frères Maçons et Montagnards vont connaître l'exil définitif...
L'Insurrection était terminée dans les Bouches du Rhône !
Le maire de Marseille et quelques conseillers municipaux démissionnèrent dés le 11 décembre. Nombre d'élus du département eurent la même attitude, plus particulièrement à Saint Chamas... Tous les élus ayant démissionné furent remplacés derechef par des personnalités favorables au Régime !
Un mois plus tard, le 11 janvier 1852, le gouvernement instituait les Tribunaux d'exception, qui en moins de deux mois, allait liquider la triste besogne...
Louis Napoléon profita alors de son triomphe et organisa à sa façon des élections municipales. Les partis populaires ayant été décapité, furent écartés de la vie politique ; de fait, le Midi de la France n'avait pas vôté ! En récompense pour son travail de sape, le Préfet des Bouches du Rhône, fut félicité et devint sénateur du département !
Globalement, on constate que depuis la Révolution de 1848, que l'opinion pro-républicaine avait fait de grands progrés tant dans les milieux ouvriers que dans celui de la petite bourgeoisie. Le phénomène de déchristianisation des masses populaires s'accentue également, malgré les efforts importants des militants du clergé...
Entre 1826 et 1866, les Franc-maçons de Marseille, n'apparaissent pas en tant que tels (il n'y eut pas de Loges officiellement installées durant cette période); la répression et l'anti-maçonnisme étaient trop pesants sur la ville.
TARASCON ouvrira un Atelier (Le Progrés des Enfants d'Hiram) en 1864. Mais la lutte républicaine va continuer de façon trés discrète: le 08 mai 1870, c'est l'élection de Gambetta et d'Esquiros !
Ce bref résumé des évènements nous emmène à une brève étude de la Maçonnerie  d'Arles, briévetè essentiellement due au mandue d'archives de l'époque; en effet, pour des raisons de sécurité évidentes, seule la transmission orale est autorisée . De fait, ormis les Tableaux de Loge, peu de document nous sont parvenus...
De 1804 à 1872, nobles et religieux règnent en maîtres sur la cité. Pour la période qui nous intéresse (1849 à 1853), c'est l'avocat Bernard Benoit REMACLE, qui occupe la fonction de Maire; il est issu du milieu royaliste et religieux, et mis en place par le gouvernement.
Pourtant grâce à l'attitude courageuse des Républicains arlésiens, qui de tous temps furent à la pointe de l'idéal républicain national (POMME, ANTONELLE) la Franc-maçonnerie locale bravant le risque de la déportation, semble continuer ses Travaux.
A preuve ce 05 décembre 1851, en cette période la plus dangeureuse de ce début du XIXème siècle, où le Vénérable de La Triple Alliance, prétextant l'initiation d'un nouveau Frère, convoque l'Atelier ! Situation trés périlleuse puisque le commissaire de Police d'Arles est au courant de la Tenue (1 agent de Police faisait parti de la Loge en 1850) ! Et de fait, les forces de Police interviennent dans le secret du Temple... C'est le docteur Adolphe BAYLE qui est en position de Vénérable; il raconte l'intervention de la Police :
"... Au milieu de nos Travaux, et presque au moment où le néophyte allait prêter serment, le commissaire de Police vint porter le trouble et l'épouvante dans notre Temple, en frappant à coups redoublés à la porte et en criant à tue-tête "Au nom de la loi ouvrez, je vous fait tous prisonniers". La porte du Temple céda; mais en entrant, le commissaire de Police PIAGET, fut frappé d'étonnement et de surprise en voyant notre attitude calme et nos tenues majestueuses et sérieuses. Il balbutia quelques paroles d'excuses et nous laissa tranquillement continuer nos Travaux...".
Officiellement, l'Atelier Saint Jean de la Triple Alliance, avait réouvert ses Travaux, en 1849. Pendant les 4 années où il restera ouvert, l'Atelier sera composé trés majoritairement d'ouvriers instruits (des Compagnons). Le milieu du Batiment (ouvriers, entrepreneurs, géomètre) restera toujours trés majoritaire. Ainsi on note :
- En 1849, 19 ouvriers sur 25 membres. 24 Frères du Batiment sur 25.
- En 1850, 14 ouvriers sur 20 membres. 18 Frères du Batiment sur 20.
- En 1851, 24 ouvriers sur 36 membres. 29 Frères du Batiment sur 36.
- En 1853, 19 ouvriers sur 42 membres. 26 Frères du Batiment sur 42.
Le nombre d'Arlésiens de souche restera toujours faible :
- En 1849 on en dénombre 9 sur 25.
- En 1850, 5 sur 20.
- En 1851, 11 sur 36.
- En 1853, 11 sur 42.
Suivant l'adage "il est trés difficile d'entrer en Maçonnerie; il est par contre trés facile d'en sortir", ou de ne pas y être admis.... Bon nombre de citoyens républicains de l'époque n'ont pu rejoindre les Loges en ce sens que peu d'entre eux savaient lire, écrire, compter
Il est vrai qu'à partir de cette époque, d'autres sociétés professant la République, trés discrètes voire secrètes, moins exigeantes en matière d'instruction, se sont mises en place.
C'est le cas de la trés combative Société des Montagnards, trés présente dans le milieu arlésien de l'époque, que nous étudierons prochainement. Beaucoup de Frères de la Montagne seront victimes de sanctions judiciaires...
Nous ne manquerons pas de leur rendre hommage...


Par DANIEL Max - Publié dans : HISTOIRE D'ARLES - Communauté : Franc-Maçonnerie&Spiritualité
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