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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 06:06

     
Mon travail sur les profils de la Camargue du début de notre ère, m'emmènent à évoquer mes hypothèses sur la position du Camp et du Canal ou peut - être des Canaux de Marius.

Le schéma ci-dessous vous en rapelle les profils :


Max DANIEL: La Camargue antique et ses routes navales

Légende: ---- Le trait de côte actuel

 

 

 

L'Histoire

Par leur nombre et leur aspect, les Barbares en question, avaient très fortement impressionnés les populations et les armées rencontrées sur leurs passages: «  C'était un nombre infini de Barbares hideux à voir, et dont la voix et les cris ne ressemblaient pas à ceux des autres hommes... ». Les soldats de Caïus Marius, retranchés derrière leurs remparts, voulurent aller au contact de ces hordes; mais le général romain décida de les empêcher d'agir et de les faire cohabiter : « ... Ce général, qui s'inquiétait peu de leurs défis, retint ses soldats dans le camp, et fit de sévères réprimandes à ceux qui, témoignant une fierté déplacée, et n'écoutant que leur colère, voulaient aller combattre. Il les appelait traîtres à la patrie, et leur représentait que l'objet de leur ambition devait être, non d'obtenir des triomphes et d'élever des trophées, mais de dissiper cette nuée foudroyante qui les menaçait, et de sauver l'Italie. C'était le langage qu'il tenait en particulier aux capitaines et aux principaux officiers ; pour les soldats, il les plaçait les uns après les autres sur les remparts du camp, d'où ils pouvaient voir les ennemis, afin de les accoutumer à leur figure, au ton rude et sauvage de leur voix, à leur armure et à leurs mouvements extraordinaires. Il leur rendit ainsi familier, par l'habitude, ce qui d'abord leur avait paru si effrayant ; car il savait que la nouveauté fait souvent illusion et exagère les choses que l'on craint, au lieu que l'habitude ôte même à celles qui sont redoutables une grande partie de l'effroi qu'elles inspirent. Cette vue continuelle des ennemis diminua peu à peu l'étonnement dont ils avaient été d'abord frappés ; et bientôt leur colère, ranimée par les menaces et les bravades insupportables de ces Barbares, échauffa et enflamma leur courage. Car les ennemis, non contents de piller et de ravager tous les environs, venaient les insulter, jusque dans leur camp, avec une audace et une insolence si révoltantes, qu'indignés de leur inaction, ils se livrèrent à des plaintes qui parvinrent enfin jusqu'à Marius »... 

Une scission semble alors s'être produite au sein de l'armée du général: « Quelle lâcheté, disaient-ils, Marius a-t-il donc reconnue en nous, pour nous empêcher de combattre ; pour nous tenir, comme des femmes, sous des clefs et des geôliers ? Osons lui faire voir que nous sommes des hommes libres, allons lui demander s'il attend d'autres soldats qui combattent pour la liberté, et s'il compte ne jamais nous employer que comme de simples travailleurs, pour creuser des fossés, nettoyer des bourbiers, ou détourner des rivières. C'est sans doute pour ces glorieux ouvrages qu'il nous a exercés à tant de travaux ; ce sont là les exploits de ses deux consulats qu'il se propose de présenter à ses concitoyens. Craint-il le sort de Carbon et de Cépion, que les ennemis ont vaincus ? Mais ces généraux étaient bien au-dessous de Marius en réputation et en courage, et leurs armées moins fortes que la sienne. Encore vaudrait-il mieux essuyer quelque perte en combattant, que de rester, dans l'inaction, spectateurs des dégâts que souffrent nos alliés. » 

 

LE CAMP DE MARIUS ET ... SA BASE NAVALE

 

Beaucoup de choses ont été dites sur la position du Camp, tous les lieux quelque peu surélevés de la basse vallée du Rhône, susceptibles ou pas d'accueillir les troupes romaines ont été évoqués....  

Tous les lieux sauf un qui repose  pourtant sur des constatations évidentes de nos jours : la position du trait de côte avant JC, le niveau du fleuve et ses apports sédimentaires ... Cet angle de réflexion totalement oublié a pourtant une importance capitale !

En fonction de cette nouvelle hypothèse cartographique des embouchures, on peut donc évoquer une nouvelle position idéale du mystérieux et si célèbre camp romain...  

En fonction de cette nouvelle cartographie des embouchures, et de nos connaissances sur les camps romains, on peut en effet, imaginer ce qu'aurait put être celui de Marius. Pour celà, nous devons remettre à plat la stratégie globale de son Etat-Major.

Le but de Marius est bien de stopper les dévastations opérées par les barbares. Les hordes des Teutons et des Ambrons arrivant des Alpes, évoluent par voie de terre en suivant la côte Ligure. Ils se dirigent vers l'ouest de la toute nouvelle province qu'est la Narbonnaise. Caïus Marius a pour mission de les anéantir. Les troupes romaines connaissant déjà très bien le terrain, arrivent sur place avec un plan de bataille qui est certainement tout tracé...

La seule véritable barrière naturelle qui est à sa disposition dans cette région, et contre laquelle le général va pouvoir adosser ses troupes n'est autre que la rive gauche du Rhône et son estuaire réputé infranchissable...

Prés de 100 000 hommes, arrivent par la mer et débarquent en rive gauche et à proximité de l'estuaire du Rhône, le but est d'éviter les bourbiers engendrés par le fleuve. Le lieu de débarquement est probablement situé du côté de Fos, prés de l'embouchure Massaliotique.. Ce site maritime présentait l'avantage d'être à l'abri des cordons fluvio – littoraux; la flotte romaine lourdement chargée, a ainsi put éviter la zone marécageuse des embouchures...

La cavalerie romaine va aller reconnaître et occuper les points hauts de la région et l'endroit idéal pour faire stationner le gros des troupes... C’est très certainement vers l’embouchure du fleuve et plus exactement sur l'extrémité Ouest du plateau de la Crau, que le général romain a dressé son camp et sa base navale.

Un seul site obéit à ces considérations : c'est la zone actuelle des mas du Grand Gallignan, de Canontge, de l'Hoste, de la Tapie Saint Léger . L'altitude actuelle du lieu varie entre 4 et 20 mètres, donc à 7,5 mètres et 23,5 mètres au dessus de la mer, au début de notre ère.

C'était probablement la fameuse montagne décrite par les textes anciens. De là, le général Marius a une vue optimale de la région des embouchures, du plateau de Crau et bien plus loin vers les montagnes environantes : 

  • A l’Est s’étend la plaine de Crau, lieu désertique d’où l’on voit arriver l’ennemi de très loin, et de plus rendue difficilement accessible par la nature même de son sol, pierreux à souhait. Le site de Canontge est le plus élevé de la partie qui nous intéresse (20 mètres en moyenne). Le site permet d'avoir une vue jusqu'à la colline de Fos et sur les bergeries de l'époque Les vestiges archéologiques du 1er siècle avant notre ére, y témoignent d'une vie intense . Ces vestiges ont ainsi révélé l’existence de structures communautaires de l’époque romaine, réunissant plusieurs bergeries, un four à pain et un puits. Dix-huit groupes de bergeries et autres constructions antiques ont été répertoriés depuis 1989.  On sait qu'à l'actuel mas de Gallignan, a succédé à un vaste domaine Gallo-romain, dont proviendrait une inscription funéraire aujourd'hui disparue, du naviculaire L. Secundius Eleutherus.  

  • A l'Ouest et en contre-bas, il y avait le fleuve, ses embouchures et surtout l'anse sécuritaire de Gageron-Valériole-Villeneuve, une rade fluviale idéale si elle était aménagée pour rejoindre la mer en cas de repli .... On notera à l’extrémité orientale de cette ligne, et au Nord de Notre Dame d’Amour, la présence d’un lieu surnommé l’Echelle, qui signifie aussi l’Escale ou le Port (…).     

  • Au Nord, il a une vue idéale car très dégagée, sur les oppidums des Alpilles, la colline d'Arles, le plateau de Fourchon, etc...

  • Au Sud, le général était directement et à courte distance de son embarcadère maritime de Fos.

Les études réalisées sur d'autres régions maritimes, montrent que les Camps militaires romains, situés en bordure où à proximité des côtes, étaient toujours associés à une base navale.

Le cantonnement des personnels de la Flotte était évidemment situé en bordure de l'élément liquide et toujours géographiquement surmonté par le Camp.

La base navale assurait une double fonction; son rôle essentiel, étant d'assumer en permanence une mission d'approvisionnement des troupes en matériel et en vivres. D'autre part et probablement surtout, en cas de danger, elle devait permettre aux troupes volontairement acculées au fleuve, d'être évacuées en toute sécurité .

La surface nécessaire à l'édification d'un camp romain représentait un module allant de 1ha pour les plus petits à 53ha pour les plus grands; mais bien entendu, suivant la surface disponible et l'importance des troupes déplacées, ces modules – types pouvaient être multipliés à souhait.

D'où la question de savoir quelle a put être la surface du camp de base, nécessaire à l'établissement de l'armée de Marius. Nous savons que le général est arrivé dans la région de Fos avec 4 à 5 légions; une légion (la cavalerie) s'est séparée des trois ou quatre autres, pour reconnaître et sécuriser les points hauts, qu'elle a certainement aménagés. Ce sont donc trois ou quatre légions qui ont été regroupées en un point pour constituer le camp de base.

Si en France on connait très mal les emplacements des places fortes romaines et à plus forte raison ceux des simples camps, ce n'est pas le cas pour la Grande Bretagne et plus particulièrement pour l'Ecosse.... Globalement, il a été déterminé trois grandeurs de camp: 13ha, 44ha, 57ha.

Les camps de 44ha sont les mieux connus, ils constituent la ligne de marche d'une armée assez importante, comprenant au moins le gros de trois légions, ainsi qu'un nombre équivalent de troupes auxilliaires. Avec la force armée développée par Caïus Marius, nous sommes donc probablement dans ce cas de figure, et ce sont bien les vestiges d'un camp d'environ 44 ha ou de 57 ha , que nous devons rechercher.

Malheureusement, la mise en culture des terres est passée par là bien avant nous, nivelant plus ou moins les sols susceptibles de nous intéresser... Pour détecter en Crau, les emplacements des vestiges passés, le seul recours de l'archéologie reste celui de la photographie aérienne; c'est par ce  biais que les britanniques ont révélés une multitude de forts et camps sur leur territoire.

Appliquée à notre problème, la photographie aérienne, par l'intermédiaire de Google Earth, nous a permis de faire « parler » le sol...
 

LA RECHERCHE DES FOSSES MARIENNES

 


Les travaux réalisés par les anciens nous impressionnent toujours par leurs ampleurs. C'est le cas de ces fameuses Fosses Mariennes, dont les positions et les caractéristiques n'ont jamais été élucidées.

Creusées dés leur origine dans un but strictement militaire, elles resteront en tant que réalisation, le trait de génie du passage des romains en Camargue. Elles rendront par la suite d'inestimables services à la navigation marchande, et ce au moins jusqu'au IVéme siécle, peut - être le VIII ème, époque de graves crises hydrologiques.

L'installation des troupes de Marius sur le site que je propose a obligatoirement été mené de pair    avec le creusement de deux fosses qui, en cas de danger permettaient d'évacuer très rapidement les troupes par voie maritime ...

Caïus Marius surveilla l'ennemi pendant deux ans ; pour faciliter le ravitaillement de son armée il fit aménager l'un des bras du fleuve et creusa le Canal que l’on appelle la Fosse-Marienne.
«  Les embouchures du Rhône, à cause du refoulement opéré par la mer, recevant quantité de limon et de sable que la vague comprime en boue épaisse, offraient aux navires chargés de blé une entrée difficile, laborieuse et étroite »
. Les écrits de ce contemporain de l'époque qui nous intéresse, peuvent être interprétées ainsi :
A cause des atterrissements du fleuve et de la mer, l'accés aux deux embouchures posaient de sérieux problèmes aux navires les plus lourdement chargés, donc ayant un très fort enfoncement ou « tirant d'eau ». Pour utiliser la voie fluviale, il a fallut aménager l'accès au delta et choisir l'une des deux bouches. L'étude des anciens cordons littoraux semble montrer que c'est la bouche Massaliotique qui va s'envaser le plus rapidement; et pour cause, l'extrémité occidentale de la montagne de Villeneuve semble avoir été le premier obstacle géographique à la libre circulation du fleuve. A tel point que la tête du Rhône d'Ulmet, circulant en ce lieu dans une très légère dépression de la Montagne, fut l'une des toutes premières zones à se poldériser. De plus, la bouche Massaliotique , uniquement alimentée par ce Rhône d'Ulmet, était très large, voire immense et certainement peu profonde (au moins dans sa partie supérieure). De fait dés le 1er siècle avant JC, la navigation par cette voie, devint extrêmement laborieuse pour la quasi totalité des navires et tout particulièrement pour ceux de haute-mer.

Alors, comment a pu s'organiser la navigation fluviale du delta, un siècle avant le début de notre ère ?

Un port de délestage des troupes et des cargaisons a été nécessaire à l'entrée même de la Bouche Massaliotique, et cela a très bien pu être le site de Fossis Marianis, alias le port antique de Fos/mer.

D'autre part, nous savons que le bras de Saint Féréol fut de tout temps le plus utilisé ou tout au moins le mieux entretenu ... Ce sont donc bien des tronçons fluviaux du Rhône de Saint Féréol (arrivant dans la Bouche Lybique), que le général romain a eut intérêt à mettre en valeur.

Plutarque continue : « Marius (…) creusa un grand canal, y fit passer une grande partie du fleuve et le conduisit à un endroit commode du rivage, là où il est profond, capable de recevoir des grands navires et en même temps plats et mettant l’embouchure à l’abri des vagues ».

Au 1er siècle avant notre ére, l'unique Fosse voulue par Marius, est uniquement destinée à lui offrir la possibilité d'un repli stratégique. En ce sens, la modification du cours d'eau ne fut créée dans un premier temps, que pour descendre le fleuve.

Les navires voulant remonter plus facilement le fleuve, avant le début de notre ére, étaient déjà obligés de passer par la Bouche Lybique, la plus étroite et probablement la plus profonde. Une zone portuaire a du être installée au large de l'actuel village des Saintes Maries de la Mer. Ce port servait surtout au délestage des navires ou à attendre des vents favorables.

Un des grands problèmes qui se posent aux chercheurs, est de savoir quelle a été le nombre de  fosses nécessaires à la navigation. Les auteurs anciens, employant dans leurs écrits tantôt le singulier, tantôt le pluriel, il est difficile de se faire une idée précise de leur nombre et bien entendu de leur positionnement... Quoique....

Reste à notre disposition la méthode empirique dite de la logique raisonnée... On admet ipso facto la géographie figurée par la Table de Peutinger, de même que les parcours des trois bras du fleuve, bien identifiés par les géographes. A partir de ces données, on va essayer de trouver une logique de navigation s'adaptant au mieux à la topographie supposée  de l'époque.

De fait, ma démonstration va évoquer l'existence possible de trois fosses:

Une première fosse: Elle serait située sur le bras de Saint Féréol, juste en face du Camp et de la base fluviale installés par Marius, donc vers l’Ouest, traversant d'Est en Ouest l’île de Bouchaud, directement vers le port de Carrelet, dans le droit fil du courant. Pour l'atteindre, en descendant vers la mer, il suffisait aux navires de se laisser porter par le fleuve. De plus, je pense que le général a aussi tenu compte de la présence du vent dominant pour orienter l’axe du chenal; en ce sens, l' axe Nord – Est (direction du Mistral) s’imposait.

Le passage de la Fosse Marienne supposée, permettait d’arriver directement à la Tête de l’île de Carrelet , endroit même où les archéologues ont mis à jour les vestiges d’un port fluvial important, des bassins de salaisons, des sites artisanaux et funéraires.

Avec cette fosse, nous sommes dans les actuels marais du mas de l'Ange et de Mas Neuf du Vaccarés. C'est une des zones marécageuses de Camargue où, même de nos jours, les hauteurs d'eaux restent les plus profondes. Fort de ces constatations, on peut donner un visage à la fosse, dont l'entrée devait se situer en face de Valériole et la sortie en direction des mas de l'Ange du Vaccarés et d'Agon.

En ce lieu, la longueur du supposé chenal aurait été tout au plus de 3 000 mètres. La largeur et la profondeur resteront des inconnues. Mais on peut dire que ces dimensions ont certainement été façonnées par le fleuve, puisqu'il s'agissait pour le général Marius de détourner le fleuve. Il a donc existé sur la largeur du chenal, que j'estime entre 50 et 250 mètres, une partie navigable et un lit d'inondation, dont la largeur variait au grès des crues.

Cette Fosse dans l'île de Bouchaud, serait matérialisée par une partie du canal de la Grand-Mar.

Pour la réalisation, nous rentrons bien dans le cadre de la faisabilité du chenal: Marius avait à sa disposition une armée de 80 à 100 000 hommes qui restèrent sur place au moins deux ans... Il lui a suffit de faire tracer par ses soldats, le sillon du futur chenal, 3000 mètres sur une largeur maximum de 50 mètres, et le fleuve en circulant a fait le reste ...


 

 

 

 

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commentaires

isa 12/12/2014 20:41

Bravo pour toutes ces infos !!!!
Je t'invite à venir partager sur mon site http://www.enjoydude.com ta meilleure photo insolite et rigolote, ça me ferait plaisir !
Bisous Isa de Bordeaux