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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 05:34

Le seul souvenir de ce pont - aqueduc romain en est le pont - aqueduc de Craponne qui vers 1580 avait pour objectif de traverser le marais qui s'était formé entre Arles et Pont de Crau; l'aqueduc (sur arches) de Craponne avait initialement une longueur de 625 mètres.

Les arches d'ouverture de 5.85m, étaient en plein cintre; l'épaisseur des piliers était de 3.90m. La largeur de la partie haute de l'aqueduc de Craponne était de 5.20m.

Adossé à l'aqueduc de Craponne existait sur presque toute la longueur, un pont routier de 9.75m de largeur, soutenu par des arches en arc de cercle de même ouverture que celles de l'aqueduc (5.85m).

Mais de nos jours, hélas, les seuls vestiges romains de ce pont, n'en sont plus que les assises de pierre en grand appareil, posées dans l'ancien lit du fleuve, au pied de Pont de Crau.

L'équipe de CAMARGUE - INSOLITE s'est penchée sur l'histoire de ce monument...

 

 

L'aqueduc de Craponne 

 

    Si ce n'est son tracé, le pont - aqueduc de Craponne, n'a donc rien à voir bien entendu ,avec ce que fut le pont - aqueduc romain. Les données géographiques et techniques imposées aux hommes du début de notre ére, étaient totalement différentes..

Arles-Constantinienne.jpg 

Carte du début du XIXème siècle 

A l'époque romaine, avant le quatrième siècle, ARLES est soit une île au sens strict du terme, soit elle est rattachée à la rive droite du fleuve... Nous sommes persuadés que le Rhône ne passait certainement pas là où il passe de nos jours; les inondations de 2003 montrant que les plus grandes hauteurs d'eau se situaient du côté du Chemin Noir, nous montrent le chemin que le fleuve  empruntait dans l'Antiquité ..... A notre avis et comme nous l'avons déjà signalé, la carte hydrologique du Bas - Rhône se présentait comme ci - dessous :  

courbes-de-niveau-1-001.jpg    G-ographie-Antique.png

      Au début de notre ére, il existait un passage fluvial évacuant les eaux du Rhône et de la Durançole, entre les deux massifs rocheux de la ville et de l'actuel quartier de Pont de Crau... Et de fait, si notre représentation ci - dessus est exacte, on doit admettre que le pont - aqueduc de Crau fut sur Arles le premier pont construit sur le fleuve !

L'aqueduc sud des Alpilles (BORELY, 1962)

    On sait qu'entre les deux massif rocheux, existaient un aqueduc transportant l'eau alimentant Arles ainsi qu' une voie routière, branche bis de la voie Aurélienne reliant Aix à Arles ... C'est par cet aqueduc que les Arabes, venant de la Montagne de Cordes, vont envahir la ville au IXéme siècle...  

 

Arles - Rempart romain au droit de la porte de la Redoute et l'aqueduc romain passant sous les remparts

Arrivée de l'aqueduc à ARLES, altitude + ou - 20m

On sait aussi que l'histoire de cet ensemble  est liée à celle de l'édification du canal de Craponne, qui en utilisa les monumentales pierres posées par les romains dans le lit du fleuve et en emprunta un ou plusieurs tronçons ...

 

 

Refaisons l'histoire

 

Le-marais-001.jpg

Carte de Cassini du secteur

 

Jusqu'au XVIème siècle, on ne sait que trés peu de choses du monument... De 1582 à 1585, les frères RAVAUX aménagent le Canal de Craponne, et on sait qu'ils utiliseront tout ou partie du tracé (et des matériaux) du pont-aqueduc romain, encore bien identifiable à cette époque, le problème étant qu'aucun relevé des vestiges existants, ne sera établi  ... Vers 1755 une crise hydraulogique du Rhône certainement comparable à celle de 2003, détruit tout ou partie de l'édifice enjambant le marais ...

En 1757, et les années suivantes, il est donc procédé à la reconstruction du pont... "Lorsqu'il fut question de rétablir le pont de Crau, on fut contraint de changer notablement le devis, attendu qu'au dessus du niveau destiné aux premières assises, on trouva une maçonnerie à l'épreuve de tous les instruments. Cette maçonnerie n'avait rien à voir avec le pont précédent (celui de Craponne, NDLR)...   Ces mêmes pierres seront retrouvées en 1840, aprés une nouvelle crue du Rhône (cf l'Anonyme du Caire).

Dans une restitution (donc une oeuvre imaginaire) du pont - aqueduc romain de Crau, l'architecte Pierre VERAN en  1798 représente ci - dessous, ce qu'a put être le pont ...

 

pont-romain-2-001.jpg 

 

 PROBLEME : A l'époque de VERAN, on ne savait pas encore que le fleuve de l'époque romaine, passait par là... VERAN n'a donc pas fait figurer par exemple le ou les ponts levis, permettant l'indispensable passage des voiliers, barges, galères romains; VERAN n'a pas non plus imaginé un pont avec des arches plus hautes et plus larges, au moins dans le lit du fleuve (donc sur une petite centaine de mètres... A moins qu'il y est eu à l'époque romaine deux ports dits de délestage, l'un en amont du pont côté Mouleyrés, l'autre en aval et proche de la nécropole des Alyscamps ... 

Mais VERAN était un scientifique et de fait, il nous a laissé à ce sujet de précieuses observations... En 1807, il précise que ces découvertes qui ont été effectuées "à une toise de profondeur dans la terre" consistent en   "plusieurs piles construites en pierre de taille presque de la largeur actuelle du pont. Ces piles étaient de pierres d'environ deux pieds   [0,65 m] d'épaisseur, de quatre pieds [1,30 m] de largeur et six pieds [12 m] de longueur. Elles étaient si bien jointes ensemble et coulées avec un mortier si fin que le tout ne formait plus qu'un corps ". A notre avis, ces pierres monumentales, n'avaient de raison d'être que posées dans le lit du fleuve, le reste de l'ouvrage ne nécessitant pas un renforcement spécifique, étant édifié sur le rocher de la colline d'Arles.  En 1921, L. A. Constans, aperçois ces mêmes pierres et note que "non loin de l'agglomération dite du Pont de Crau aux abords de l'usine SudÉlectrique, on remarque, sous les arcades du pont où passe la route de Marseille, d'énormes dés de pierre dont certains ont plus de 2.00m de long"...

    Une autre question se pose : Qu'elle était la longueur de cette partie aérienne de l'aqueduc ? L'Anonyme du Caire dit qu'il arrivait : " Jusqu'au lieu - dit les Quatre - Arcades, là où l'aqueduc venait aborder le rocher d'Arles"...   On sait de nos jours, où se trouvaient les vestiges de ces "Quatre Arcades": à Saint Lazare (légende de la gravure de 1838, publiée ci - dessous) ! De fait, on peut déterminer à quelque chose prés, la longueur des arches de l'aqueduc aérien, allant de l'actuel  poste électrique de Pont de Crau, jusqu'au quartier de la Léproserie de Saint Lazare, là où "se terminait le Rocher d'Arles" ...

En 1995, l'architecte  , mais aussi  historien arlésien J.SERVONNAT, qui avait déjà fait des études approfondies  sur l'aqueduc et son fonctionnement,  publie dans le bulletin n° 88, des Amis du Vieil Arles, le texte suivant :

 

 

 

 

Et puis, notre correspondant qui signe ses articles sous le pseudo J. de Molay, nous a fait parvenir la photocopie d'une gravure d'un certain LEFRANC, datée de 1838, lithographiée par DOPTER l'année suivante... 

 

 

      Pont-romain.jpg

   

Pont romain de Pont de Crau imaginé par LEFRANC en 1838 

  Ce pont baptisé par son auteur "pont romain"  dessiné en 1838, n'a bien sûr peut être jamais existé ailleur que dans l'imaginaire de son auteur ... Mais contrairement au dessin de VERAN, il a le mérite de faire apparaître ce que fut (suivant l'auteur), la voie Aurélienne... Et quatre arches trés hautes et larges, suffisantes en tous cas pour y faire passer des bateaux ! 

PROBLEME : Aucun aqueduc n'y est dessiné... LEFRANC s'est donc borné à imaginer uniquement ce que fut ce pont ! 

D'autre part, cette gravure a certainement été réalisée sur place et l'auteur a donc fait apparaître les éléments composant le paysage, tout au moins en 1838 !.. A tel point que l'on constate des similitudes avec la carte de Cassini (ci-dessus), qui montre surtout, côté Pont de Crau, l'alignement routier arrivant au château - mas de Pont de Chamet (aujourd'hui mas Antoine), lequel est  visible en fond de la gravure de 1838... Et cette constatation et toujours lisible sur le terrain de nos jours... A moins que le bâtiment représenté ne soit la minoterie dont le projet fut élaboré en 1835 (plan ci - dessous)...

Saint-victor--plan-001.JPG

  Le site de la meunerie de Pont de Crau en 1835 

 

NOS SPECULATIONS

Quels enseignements peut - on tirer de toutes ces observations ?

Le but premier des romains était d'alimenter Arles avec l'eau du plateau de Crau. Nous savons que l'aqueduc romain alimentant Arles, arrivait dans la ville à une altitude d'environ + ou - 20 mètres (Bd E. Combes), nous savons qu'il longeait l'actuel cimetière en direction de la chapelle Saint Blaise...   L'eau de cet aqueduc circulait sur le principe de la gravitation qui à l'époque suivait une pente moyenne de 25 cm/Km, ou une pente minimale de 8 cm/Km.  La longueur totale de l'aqueduc n'étant que légèrement supérieure à 2 km, on peut admettre que son point de départ, côté Pont de Crau, était sensiblement à la même hauteur... 

Problème: L'azimut de l'aqueduc du cimetière (97°93) n'a pas du tout la même orientation que celui qui partait de Pont de Crau (332°79)... Les deux conduits se croisaient donc quelque part dans le quartier des Mouleyrés... Un report sur la carte IGN, montre que ce croisement se passait du côté de la rue Paul Lacroix à côté du lycée Jeanne d'Arc, à une altitude (romaine) d'environ 20 mètres, où il est fort possible qu'il y eut un bassin de répartition ... L'endroit est d'abord devenu une carrière et depuis peu, l'emplacement de la résidence "les jardins du Mouleyrés"...

Sur le plateau de Crau, le point de départ de l'aqueduc ne pouvait donc pas être inférieur à la hauteur du point d'arrivée sur la colline d'Arles, soit environ + ou - 20 mètres ...   Côté Pont de Crau, un seul point correspond à cette observation : le site situé entre l'arrière de la Maison des Arrosants de Crau et le mas de  Pont de Chamet.   De même qu'il y a tout lieu de penser que sur cette portion de parcours spécifique, la voie Aurélienne (déjà pavée et donc partiellement étanche) a été utilisée par les constructeurs du Craponne, pour y implanter leur  canal...

 

Pont de crau aqueduc 009 

Plateau de Pönt de Crau : le Craponne asséché. Décembre 2012

 

axe-aqueduc-arles-1-001.jpg 

En rouge, l'axe de l'aqueduc et de la voie Aurélienne bis

 

   Il semble que le départ de l'aqueduc romain, derrière l'immeuble des "Arrosants de Crau", soit encore visible de nos jours à gauche de  l'image ci - dessous, prise à l'arrivée de l'actuel canal de Craponne, où le mur semble de facture trés ancienne et pourquoi pas romaine (présence de tuilots) :

Pont-de-crau-aqueduc-010.JPG

Toujours sur cette vue, le lecteur peut apprécier sur l'arrière plan, la différence de niveau (+ ou - 20 mètres) qui existe entre le sommet de la montagne de Crau et le canal de Craponne actuel, de nos jours canalisé sous forme de tuyaux de béton ...

 

Nous avons montré que l'ensemble pont et aqueduc arrivait sur la colline d'Arles dans le quartier de Saint Lazare , où quelques mètres avant, le pont de la voie Aurélienne s'arrêtait  (vers l'actuel camping city) et où l'aqueduc continuait sa route vers le Mouleyrés : ce sont certainement les pierres du pont - aqueduc romain de Crau, qui ont servi au XIIème siècle, à la construction des édifices religieux de la nécropole des Alyscamps. Saint Lazare est situé à l'écart de la ville, en lisière de la nécropole des Alyscamps, c'était un établissement Hospitalier datant du Moyen-Age (fin du XIIe siècle) qui demeura en fonction jusqu'au XVIIe siècle, une pérennité peu commune à ce type d'établissement.
A l'origine associée à l'église prieurale de Notre-Dame-de-Bellis, son vocable de Saint-Lazare apparaît au XVe siècle. A cette même époque, la recrudescence des épidémies entraîne une reconstruction de l'établissement. Au XVIIe siècle, la léproserie connaît un dernier programme architectural d'envergure. La fondation ne tarde pas à connaître des difficultés et en 1696, l'établissement est rattaché à l'Hôtel-Dieu. Saint-Lazare conserve cependant son rôle charitable pendant près d'un siècle, notamment lors de la grande peste de 1720-1721. En 1783 la léproserie est mise en vente et sera transformée en moulin à huile.

 

  L'AQUEDUC

Forts de ces déductions, on peut alors imaginer ce que fut l'aqueduc d'Arles, reliant Pont de Chamet à la ville. On distinguera 3 tronçons :

- Un premier tronçon d'aqueduc posé ou creusé sur/dans le sol entre le Pont de Chamet et la rive gauche du fleuve. Longueur : 280 mètres. 

 

aqueduc-Chamet-001.jpg

Le secteur de Pont de Chamet

  Mas-de-chamet-001.JPG

Le mas de Pont de Chamet aujourd'hui.

 

moulin-Saint-Victor-001.JPG

Vestiges du  moulin hydraulique Saint Victor (rive gauche du craponne) 

 

- Le second tronçon, entièrement construit en aérien, à une altitude d'environ 20 mètres, allant de la rive gauche du fleuve au quartier Saint Lazare. Longueur : + ou - 1000 mètres. 

pont-aqueduc--veran-001.jpg

 Dessin de l'aqueduc de VERAN

 

- Un troisème tronçon, en partie posé au sol, mais souterrain à la fin de son parcours, construit depuis le quartier Saint Lazare, jusqu'à un bassin souterrain de répartition, régulation et/ou de décantation, (L + ou - = 800 mètres) ...

- Un quatrième tronçon allant certainement en souterrain du bassin de répartition du Mouleyrés au bd Emile Combes (L = + ou - 665 mètres).

La longueur totale de l'aqueduc romain fut donc d'environ 2750 mètres.

Il nous apparaît intéressant à ce stade d'essayer d'ébaucher ce que fut le niveau du sol de l'Est de la colline d'Arles vers le premier siècle (donc avant que cette partie de la colline devienne une carrière).

Pour ce faire, on se servira du plan élaboré en 1988, par Claude SINTES sur les courbes de niveau de l'actuelle rive gauche d'Arles, document précieux mais sur lequel on ne peut que regretter l'absence des courbes de niveau de Pont de Crau :

courbes-de-niveau-001.jpg

Plan sur lequel, on voit bien "la Vallée d'Arles" et l'axe de l'ancien lit du fleuve, à la côte 0.... Avec les azimuts estimés, on peut tracer sur ce plan, les passages de l'aqueduc ...

 

 

Problème : Il apparaît trés difficile d'imaginer le profil de l'Est de la colline d'Arles, au début de notre ère... Ce fut en effet à toutes les époques, le lieu privilégié pour l'extraction de la pierre, sans parler de la trés profonde entaille nécessitée pour le passage de la voie ferrée... On peut toutefois estimer que la colline a été rabotée sur une épaisseur de 3 à 10 mètres, suivant les endroits et les époques ...

On sait que l'altitude de l'aqueduc romain était de + ou - 20 mètres sur toute sa longueur, et qu'à l'arrivée sur le rocher d'Arles, il y avait les 4 arches de l'aqueduc du quartier Saint Lazare ... Nous situons ce point à la hauteur de l'actuel jardin du Carmel (+ ou - 10 mètres actuel), plus précisement en bout de l'impasse de la genouillade (altitude actuelle + ou - 9 mètres).

 

 

  Dessin à venir 

 

    

LA VOIE AURELIENNE

Concernant la voie Aurélienne, il apparaît beaucoup plus difficile de la suivre... Voici nos conclusions : Comme le dit LEFRANC elle venait de Pont de Chamet, et suivait l'aqueduc jusqu'au quartier Saint Lazare, puis de là, elle contournait la colline d'Arles par le bas du quartier actuel de La Genouillade. Il semble qu'elle se dirigeait vers le pont romain du rhône actuel (cf carte du début du XIXème ci- dessus)... 

Pour les romains, seule la partie de la voie Aurélienne, située au dessus du fleuve devait être suffisament surélevée, pour permettre le passage des navires. Et en ce sens, la gravure de 1838 peut paraître crédible.  

Vu les dimensions imposantes des assises de pierre (12.00m/1.30m/0.65m) posées dans le Rhône et soutenant l'ensemble " Pont et aqueduc", il est évident qu'elles ont été extraites sur place : dans la colline de Pont de Crau.

Pour autoriser la navigation dans le défilé du fleuve, les passages  entre les piles devaient être larges et hauts; le profil géographique proximal le permettait... Un pont - levis n'a donc pas été nécessaire...

Il a donc certainement existé pour ce pont aqueduc, au moins deux types d'arcades; une pour le pont sur le défilé stricto - census, l'autre pour surélever le pont sur la pente de la colline d'Arles (ouverture probable des arcades à 5.25m)...

 

L'ORIGINE DE L'EAU D'ARLES 

 

  Cet aqueduc a été construit au tout début de notre ère et donc au tout début de l'occupation romaine ...  Dans un de nos articles, nous avons montré qu'il existait dans la proche Crau d'Arles, une source dite thermale... Et une trés importante nappe d'eau souterraine, qui de toute évidence était beaucoup plus haute qu'elle ne l'est de nos jours; et il est même fort possible qu'une source jaillissait en ce point...

 

 

A SUIVRE

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