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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 04:47

 NB : Un de nos correspondant local vient de nous remettre un plan dessiné par un amateur, bien avant semble - t - il les années 50... Si ce plan est exact, il modifierai notre connaissance de l'aqueduc des Alpilles... Nous faisons une reconnaissance des indications signalées et nous les porterons prochainement à la connaissance de nos lecteurs...

 

Depuis les versants Nord et Sud des Alpilles, l'aqueduc romain d'Arles véhiculait l'eau à destination de la ville... Dans cet article, nous allons approfondir  ou faire le point sur nos connaissances de l'aqueduc Sud....

 

 

 

 

   

 

 

L'aqueduc sur le parcelaire de la commune de Fontvielle

 

Les observations sur les parcelles BZ et CD

 

 

Les photos de l'aqueduc

 

Point 15-3

 

Point 13-4

 

Intérieur au point 13-4

 

 

   

Plan général des aqueduc anciens et modernes d'Arles 

 

L’aqueduc sud appelé « des Baux »   ou de « Caparon » avait une longueur d'environ une quinzaine de kilomètres. Mais rien n'est moins sûr, en ce sens que l'on ne sait pas par exemple par où passaient les eaux du versant sud du Grés du Comte...

    Ce qu'on sait, c'est que les eaux trés chargées en sédiments et tout particulièrement en alumine (ou bauxite) durent être "lavées" par au moins deux bassins de décantation, dont celui de l'Arcoule et celui du mas de la Burlande... Lavées mais aussi régulées, à cause essentiellement de la trés forte déclivité, par des systèmes de vannes, voire des moulins, ou des variations de sections de conduits...   

L'aqueduc en lui même est principalement connu à partir de la commune de Paradou où le conduit est visible dans le lotissement des Alpilles.

Il se dirige vers l’ouest au flanc du Sousteyran pour gagner le vallon des Arcs et de là les moulins de Barbegal.

Avec nos connaissances actuelles sur l'hydrologie des Alpilles, il semble que l'aqueduc Sud a été alimenté par quatre nappes phréatiques :

 

- La nappe du Grés du Comte de Saint Gabriel à La Burlande.

- La nappe de l'Arcoule, qui est visible à l'ancienne mine de bauxite.

- La nappe du Val d'Enfer et du Valon de la Font.

- La nappe de Fontvieille. ou des défends de Sousteyran.

 

IGN-les-BAUX-001.jpg 

 

L'ORIGINE DES EAUX

 

Concernant l'origine des eaux, de nombreuses pistes restent encore à exploiter, car de nombreux anciens ruisseaux, aujourd'hui à sec mais qui étaient autrefois les déversants de nappes phréatiques (beaucoup plus hautes que de nos jours), n'ont pas été étudiés...

 

C'est le cas des massifs suivants:

 

  LES EAUX DU GRES DU COMTE 

 

C'est un ensemble de sources "secondaires" évaluées au nombre de 14, qui évacuaient les eaux issues du flanc Sud des massifs du Grés du Comte et de "la fontaine d'Arcoule" ,  qui depuis Saint Gabriel via le Moulin d'Arcoule, alimentaient et alimentent toujours les mas suivants :

 

- Mellety.

- Julian.

- Laudun.

- Les Abeilles. Altitude 50 mètres. Recevant les eaux du Valon de la Lèque.

 

 

- Laucet. Altitude 67 mètres.

- Montredon.

- Le château d'Estoublon, dont le bassin versant (altitude 55 mètres) a reçu de tous temps les eaux du Gaudre d'Auge.

 

 

- Le Petit Mas.

- Clapiers.

- Le Moulin d'Arcoule.

 

 

  LES EAUX DU VAL D'ENFER 

  (et/ou du Vallon de la Font)

 

Venant de la nappe phréatique du massif baussenque dit "Baumeyrane", dont les sommets sont à une altitude moyenne de 290 mètres, elles suivaient la pente du Val d'Enfer via le village - bas des BAUX (altitude 127 mètres), puis se dirigeaient vers l'ancienne minoterie de mas Méjean à l'altitude d'environ 100 mètres, puis l'actuelle D78f vers le mas du Lion de l'Arcoule (altitude 80 mètres)...

Ces eaux étaient certainement recueuillies et décantées dans ce que nous appellerons "le bassin de l'Arcoule", altitude actuelle de 72 mètres, (de nos jours complètement envahi par les sédiments des eaux et recouvert d'ajoncs, mais encore décelable par la photo aérienne). Les sourciers le savent : la présence de ce type de végétation dans un endroit aussi aride, montre bien si besoin était que l'ancien bassin est toujours alimenté en eau...

 

NB: Ceci n'est que suputation, en ce sens qu'aucune recherche scientifique ou découverte palpable vient étayer cette thèse... Mais seule la logique de l'écoulement des eaux, nous incite à penser ainsi....

 

 

  LES EAUX DU GRAND MEJAN 

 

  C'est un massif qui surplombe le bassin de l'Arcoule à une altitude de 108 mètres, et où le lit d'un ruisseau  est encore visible de nos jours sur la face Nord, au dessus du mas du Lion de l'Arcoule... Si de nos jours ce ruisseau est à sec, ce n'était certainement pas le cas aux premiers temps de notre ére...

 

     

LES EAUX DE L'ARCOULE

 

 Je pense qu'il faut distinguer  deux lieux de captage :

- Une source principale dont l'arrivée se situait en bordure de la D78f, à l'altitude 72 mètres, juste au carrefour des routes des Baux à Paradou et qui alimentait directement le bassin d'Arcoule. Le nettoyage forestier d'octobre 2012 y a mis à jour des structures maçonnées:

 

  evelyne 004

 

evelyne 005

 

 

La principale source  de l'Arcoule, aujourd'hui disparue, avait encore au début du XIXème siècle, un débit de 50 à 80 litres d'eau potable par seconde (soit  180 à  288 mètres-cubes/heure) et se trouvait à l'altitude de 70 mètres ; outre l'alimentation en eau potable du Paradou, la source avait aussi un rôle économique et assurait le fonctionnement de 5 moulins ...

Pendant prés de deux mille ans, la source va alimenter le territoire et au delà, la ville d'Arles; mais trés certainement victime d'un défaut d'entretien (curage des sédiments), l'orifice de sortie va se colmater et de fait arrêter l'écoulement de l'eau si précieuse....

Il semble que les problèmes de fonctionnement de la source commencent  en 1819 où durant plusieurs mois, l'eau vint à manquer... Le phénomène se répéta en 1868, ce qui emmena la municipalité à faire des travaux au niveau de la source pour en augmenter le débit ... Le résultat fut décevant car ces travaux aggravèrent en fait, le manque d'eau ... Le problème était autre car en 1877, l'eau de l'Arcoule s'arrêta de couler !.... Privant d'eau les habitants et arrêtant ainsi le fonctionnement  des moulins !

 

evelyne 006

 Trou de visite ou puits de 1868 ?

 

 

Pour palier au manque d'eau, la municipalité décida alors de détourner l'eau du canal de Cornille qui passait par le quartier de la Remise au nord de  Maussane. Cette portion de canal d'environ 2 km, s'appelle de nos jours canal de la Vallée des Baux ... Il s'avéra trés rapidement que les travaux entrepris  aux frais des propriétaires du village, ne servirent pas à grand chose... L'eau venant du canal de Cornille se perdait trés rapidement le long du trajet dans un sol trés perméable : les puits du Paradou n'était toujours pas alimentés ...

La réflexion revint à son point de départ : la source de l'Arcoule.... L'ancienne source s'était certainement bouchée ( l'eau qui en sortait était trés chargée en sédiments).   De fait, on creusa à 20 mètres de distance à peine, en aval  et au dessus ( 5 mètres) de l'ancienne source, un puit de 7 mètres de profondeur... L'eau trouvée redevint abondante; c'est là que de nos jours il y a le réservoir d'eau de la localité...

 

LES EAUX DES DEFENDS DE  SOUSTEYRAN 

 

  Dont la nappe phréatique n'est autre  que l'immense lac souterrain du dépôt de munitions de Fontvieille tout proche des carrières. Y avait - il une emmenée d'eau vers le mas de Caparon et Barbegal ?

On a découvert un conduit souterrain au mas des Taillades (JL Auvergne, 1908)...

 

 

 

LES RECHERCHES ARCHEOLOGIQUES

 

En 1989, on a découvert à Paradou, au mas de La Burlande , un bassin de jonction et de décantation assurant la convergence de deux canalisations dont l'une devait recueuillir les eaux venant du massif de la Font d'Arcoule, et le conduit dans lequel les eaux régulées et décantées s’écoulaient vers le village.

A  l’aval du bassin, la canalisation est formée d'une série de blocs taillées en U qui étaient primitivement couverts de dalles. Le canal est entièrement en grand appareil. Les blocs en calcaire tendre posés bout à bout et évidés dans le milieu forment un U continu.

 

 

 

Le canal se caractérise par une importante pente. La largeur du canal n'est pas régulière : 0, 69 m, sauf à la sortie du bassin, où elle est réduite à 0, 61 m. Sa hauteur est de 0,55 m.

La datation se heurte à deux constatations :

 - D’une part, la technique de construction (des blocs taillés en U) diffère de celle de l’aqueduc romain (un conduit maçonné).

- D’autre part, le débit des deux conduits paraît insuffisant pour alimenter le conduit visible dans le lotissement des Alpilles quelques centaines de mètres plus loin.

Il est possible qu’il s’agisse de captages différents de ceux de l’aqueduc, peut-être antérieurs à sa construction.

L'étanchéité des joints est particulièrement soignée. Des joints en double rainure, remplis de mortier rougeâtre, ont été ménagés entre les blocs. La couverture du canal était constituée de grandes dalles dont aucune n'est restée en place. Ces dalles ont été rejetées sur le côté, en bordure, après avoir été redressées, afin de débrider le canal qui devait être obstrué par les dépôts. Les trous qui ont servi au positionnement des dalles de couverture sont bien visibles.

A Paradou, au flanc des Défends de Sousteyran, dans le lotissement des Alpilles, le canal qui suit les courbes de niveau, était placé dans une tranchée protectrice, ici en partie taillée dans le rocher (rivus subterraneus). Le canal (specus) où circulait l'eau est construit dans la tranchée. Une plateforme de maçonnerie de mortier de chaux et de petits agrégats, le radier, est aménagée.

Elle est destinée à assurer une pente uniforme à l'ouvrage et à protéger le fond du canal contre le travail d'érosion et d'infiltration de l'eau. Au bord du radier, on élève les deux montants, les piédroits qui vont supporter la voûte ou les dalles de couverture.

Afin d'en assurer l'étanchéité, radier et piédroits sont revêtus de deux ou plusieurs couches d'un mortier étanche. Celui-ci est un mélange de chaux grasse, obtenue avec du calcaire blanc et pur et de débris concassés de briques et de poteries (d'ou son nom : "mortier de tuileau").

L'angle formé par les piédroits et le radier est renforcé d'un bourrelet d'étanchéité, un solin en "quart de rond". La couverture du canal est assurée ici par une voûte constituée de claveaux ou voussoirs taillés ou plus simplement d'un blocage reposant sur les piédroits du canal. Mais toutes les variantes existent :

- A la Burlande, le canal était couvert de dalles. Des regards placés à intervalles réguliers permettaient d'accéder à la canalisation pour la nettoyer.

- Dans le lotissement, quatre regards ont été dégagés. Ils mesurent tous 1,70 m de côté et sont espacés de 90 m. Leur profondeur est de l'ordre de 2 m dont 1, 50 m sous voûte. Ils devaient être fermés par des dalles. Situés sur un tronçon rectiligne du canal, ils étaient construits en petit appareil de calcaire local.

 

   La Burlande : un bassin assurant la convergence

de deux canaux d'aqueduc

 

La convergence des eaux était assurée par un dispositif, banal en soi, que les fouilles permettent d'observer. Mais par la qualité de sa construction, le bassin découvert à La  Burlande présente un intérêt exceptionnel. Le bassin est de plan carré. Il est bâti en grand  appareil sans mortier "à joints vifs" (H. : 2,16 m ; L. : 4,45 m ; l. 4 m).

Les blocs de calcaire  tendres sont remarquables par la technique de leur taille ; elle se situe dans la tradition  observée en particulier dans la colonie grecque de Marseille pour une époque qui précède la  conquête romaine ("époque hellénistique") ; mais cela ne date pas le bassin d'une période si  ancienne ; à Glanum des monuments construits, au début de notre ère, à l’époque romaine,  présentent les mêmes caractéristiques de taille.

La couverture était réalisée grâce à un système  d'encorbellement dont subsiste en partie une assise haute. D'épaisses formations de  concrétions terrigènes se sont formées dans ce bassin et sont visibles jusqu'au niveau  d'arasement de l'ouvrage. Par ailleurs ce dernier a été comblé de sables formés par l'érosion de

tufs qui constituent un dépôt en forme de galette dans le secteur des sources. C'est que ce bassin dont le fond est très en dessous de celui des différents canaux avait aussi une fonction  de décantation.

Au sortir de ce bassin, sur le premier bloc de la canalisation aval, J.-L. Paillet a  relevé des traces de vannes qui montrent que ce bassin servait aussi à la régulation du débit. La  tranchée de fondation, creusée dans le sol argileux noir, a été remblayée par des argiles   jaunâtres, pures et compactes sauf dans la partie supérieure ou l'on a utilisé une argile  rougeâtre.

 

le cas du vallon des Arcs à Fontvieille

 

A quelques centaines de mètres du mas de Caparon, l’aqueduc quitte le flanc du Défends et traverse la dépression évidée entre celui-ci et la crête calcaire qui, dans le prolongement du  rocher de La Pène, domine le marais des Baux. Les ingénieurs romains ont profité d'une légère  ondulation nord-sud du replat pour construire un pont de 325 m de long.

Dans les aqueducs antiques, l’eau circule normalement sous l'effet de la pression  atmosphérique par simple écoulement. Pour maintenir la canalisation "à niveau" on doit  construire des ouvrages d'art. Souvent il suffit d'un simple mur de soutènement construit selon  la technique du blocage, l’ opus caementicum des Romains. Lorsqu'il devient nécessaire déporter le  canal à plus de 2 m de haut, des arches (opus arcuatum) prennent alors le relais du mur plein.

Le vallon des Arcs en est un remarquable exemple. Il a été dit plus haut pourquoi existent deux ponts à cet endroit : les arches de l'aqueduc du Sud des Alpilles y sont en effet doublées par celles d'un second aqueduc amenant les eaux du nord des Alpilles (aqueduc de Saint Gabriel).

 

 

Le bassin de Barbegal

 

 

 

 

    

Etude et reconstitution du milieu 

 

 

 

 

Deux thèmes peuvent être abordés :

l - Les unités du paysage au sud des Alpilles et la transformation du milieu naturel, montrent la part de l'homme et celle de la nature dans l'évolution du milieu. Un exemple récent est fourni par les découvertes archéologiques effectuées sur le golf de Servanne à Maussane.

2 - Les dépôts dans l'aqueduc et l'étude de son fonctionnement. D'importantes

concrétions se sont développes à l'intérieur du canal ; elles ont remonté sous la partie  intérieure («l’  intrados») de la voûte même ainsi qu'à l’intérieur du regard duquel l’eau a monté. A l’intérieur d'un regard, des cavités ont été aménagées dans les parois opposées pour servir d'appui-pied à la descente. Un premier d'appui-pied est lisible dans le piédroit, au niveau de la  deuxième assise, en-dessous de l'extrados de la voûte. Un autre a été creusé dans les tufs de la  paroi intérieure du piédroit gauche : c'est la preuve que le canal a continué longtemps à être  entretenu. Le remplissage de la canalisation permet d'en étudier le fonctionnement. Elle a été  obstruée partiellement par des concrétionnements de deux types liés à deux fonctionnements  différents :

- des concrétionnements laminaires résistants qui ont subsisté sur une épaisseur

d'une dizaine de cm au fond du canal ;

- des concrétionnements de type terrigène qui  recouvrent non seulement les parois (épaisseur 20 à 25 cm), mais aussi la voûte (épaisseur : 5 a 9 cm) ce qui montre que l'eau y a circulé sous pression.

L'étude de ces concrétions est  importante car elle renseigne sur le fonctionnement du canal : elle montre qu'il y eut au moins  deux périodes dans l'utilisation du canal. Dans la première circulait une eau assez pure, propre

à la consommation. L'aqueduc amenait alors l’eau jusqu'à Arles ; il alimentait les édifices et  fontaines publics et les demeures des particuliers ; il contribuait à assurer l'hygiène de la ville  dont il nettoyait les égouts. Dans la seconde la canalisation était dégradée, l’eau qui y circulait  était turbide et favorisait la formation de dépôts terrigènes. Cette eau était impropre à la  consommation humaine. C’est peut-être alors qu'elle du être affectée aux moulins hydrauliques

de Barbegal édifiés à la fin de l'Antiquité.

 

 

Les moulins de Barbegal

 

L'aqueduc Sud venant du Paradou traversait la crête rocheuse par une tranchée large de 3 m et profonde de 5 à 6 m : la Peiro Troucado ("pierre trouée"). Il débouchait sur un ouvrage sur la  nature duquel les archéologues s'étaient longtemps interrogés. Depuis la fin du XVIII  éme siècle, deux thèses s'opposaient : Pierre Véran y avait reconnu très tôt une installation industrielle

(foulon et moulins). Mais d'autres proposaient de voir dans les massifs de maçonnerie qui  dominent l'ouvrage un bassin de chasse qui constituait le point de départ d'un siphon par où  une canalisation gagnait Arles. C'était en particulier la thèse défendue par L.-A. Constans,  l’historien de l’Arles antique. C'est à F. Benoît que revient le mérite d'avoir reconnu la nature  réelle de l’ouvrage à la suite d'une fouille dont le souvenir est rappelé par une plaque posée à sa  mémoire. 

 

 

 

A SUIVRE 

   

 

 

 

 

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commentaires

plombier paris 18 26/01/2015 17:21

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Sirius 24/11/2012 09:03

Que de richesses archéologiques dans cette région! J'enrage... En tous cas, merci de nous expliquer clairement tous ces agencements. Du bon boulot!

Joelaindien 21/09/2012 21:15

Hello,
de très belles choses sur ton blog !
bonne soirée
Joelaindien