Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 09:43

Dans cet article, au travers de témoignages d'arlésien(e)s, nous allons essayer de reconstituer au fil des mois, les principaux événements qui ont marqués la ville d'ARLES durant l'occupation allemande...

 

LA COLLABORATION A ARLES 

 

La justice est boîteuse, elle vient à pas lents, mais elle vient !

 

Victor Hugo

 

Le site CAMARGUE-INSOLITE, enquête sur cette bien triste époque ... Tant il est vrai que trop de non-dits pésent sur ce chapitre de la vie locale : les témoignages sont rares ou inexistants, alors qu'il se dit qu'il y eut plusieurs centaines de personnes incarcérées à la caserne Calvin ... Que peut-on en dire ?

Ce qui est sûr, c'est que durant la Seconde Guerre mondiale, des "mauvais arlésiens" s'affilient à des systèmes de dénonciation, mis en place par la GESTAPO, et ce, sous forme individuelle ou de troupeaux de mercenaires. L'essentiel de l'activité de la GESTAPO, consistait à mettre en place des pièges "attrape français", dans lesquels nombre d'hommes et de femmes se laissèrent prendre... Il se dit que les collaborateurs arlésiens étaient payés sur la base de 5 000 francs par mois, et 250 francs par tête !

De nombreux émissaires ou "conférenciers", envoyés par Vichy et Berlin, vinrent "parler" au peuple arlésien au Théatre de la ville... 

La délation se mettait en place (elle semble avoir été trés pesante, au sein des services municipaux, dixit Eugène LAPLACE) : des arlésiens (français ou étrangers) se vendaient ou se laissaient acheter, pour livrer d'autres arlésiens (français ou étrangers) à la GESTAPO. De nombreuses raffles eurent lieu, et les infortunés furent entassés à la salle Lamartine (l'ancien Studio, aujourd'hui salle Jean et Pons Dedieu), au siège de la Société des Transports sur le boulevard des Lices, et au commissariat...

 L'avenir de ces pauvres gens victimes des dénonciations de leurs compatriotes, était clair : la rue Saint Honorat de Marseille et direction l'Allemagne dans la plupart des cas ! Peu de trafiquants du "marché noir" les rejoignirent !

D'abord, ce qui n'a pas été dit, c'est que dans le Pays d’Arles, le culte du Maréchal trouve un écho particulier, parmi les "vrais Provençaux" et ce au moins jusqu'en fin 1941 ....

Ces "vrais Provençaux", appelons-les, les Traditionnalistes, en régle générale ils étaient de "bons chrétiens" voués aux idées mistraliennes ... Ceux dont la vitrine semble avoir été certains gardians de pacotille et autres costumés ... Bref, les probables  anciens partisans de l'Action Française !
Le 18 juin 1940, Charles de Gaulle lance son Appel. La même année, le gouvernement de Vichy organise les
chantiers de Jeunesse ...
Les Traditionnalistes n'hésiteront pas en effet, à faire des "haies d'honneur" au Maréchal. En 1940, le régime de Vichy recherche en effet,  l’adhésion des Fédéralistes en faisant miroiter la division de la France en régions, en vertu de la fameuse formule « La terre ne ment pas ». En attendant, Vichy entretient l’illusion en flattant les régionalismes. A preuve,   le 8 septembre 1940, jour où PETAIN, dans son message à l’occasion du 110ème anniversaire de la naissance de MISTRAL, utilise le poète comme Saint-Patron du Redressement de la France !
En retour, celui que l'on peut maintenant classer dans les rangs des collaborateurs, le marquis Folco de Baroncelli-Javon flatte les autorités en organisant, un peu de partout, de nombreuses manifestations folkloriques.
Voyage de PETAIN à ARLES, MARSEILLE, TOULON ).
Le voyage de Pétain à Marseille s'était déroulé le 3 décembre 1940, après quoi il avait inspecté la flotte à Toulon. Il s'était auparavant brièvement arrêté en Arles, ce qui fut l'occasion de célébrer les traditions locales, comme le relate la presse de l'époque : « Le spectacle est magnifique : d'un côté les gardians à cheval, dans leur costume pittoresque, de l'autre, les Arlésiennes à la coiffe si élégante, parées de leur robe aux couleurs vives et de leur châle chatoyant. Le chef des gardians offre au Maréchal la corde qui attache les chevaux de Camargue, 'symbole de leur attachement à la France et à sa personne' , pendant que dans la foule une brave vieille crie : " Que Dieu vous garde, Monsieur le Maréchal ". 

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Baroncelli et une "reine d'arles"...
À la même époque, Baroncelli aurait apporté son soutien au camp de  Gitans de Saliers (près d’Arles) alors qu’il s’était fait autrefois le chantre et le défenseur de ces mêmes Gitans en tant que minorité opprimée. En 1941, une cérémonie est organisée à Arles en son honneur, à laquelle participe « la Maréchale », dont la famille résidait au mas de l'Eysselle à Port Saint Louis.
Peu de temps après, les Allemands occupent la zone libre, déplaçant par la force de nombreux habitants.
Dés 1941, le symbole  Frédéric MISTRAL, si cher aux Vichystes, est remis en question par l'autorité allemande puisque le 11 Octobre , à la demande de l'occupant, le gouvernement de Vichy a adopté une loi rendant obligatoire le démontage et  la fonte des statues de bronze français et monuments du domaine public.  La statue de Mistral fut l'un des monuments démantelés... Stupéfaction et indignation dans le mouvement Félibréen, qui s'estime trompé...  Mais savons-nous bien tout de cette curieuse affaire ?
Mi-février 1943, Baroncelli doit fuir devant ses amis allemands et abandonner son mas du Simbeu aux Saintes, qui sera détruit, pour cause d'installations de bunkers...

Blessé à la jambe, il se réfugie chez sa fille à Avignon où il meurt, désespéré, le 15 décembre 1943. Après la guerre, ses cendres seront rapportées avec solennité aux Saintes-Maries.... Comme quoi ...

 

Puis ce furent les vengeances....

 

 Les prisonniers étaient amenés à l'hôtel Jules César. En août et septembre 1944, les détenus furent frappés et torturés à coups de nerf de bœuf. Plusieurs détenus ont été contraints de se battre, le perdant étant ensuite exécuté. De prétendues occasions de fuite ont été offertes à des détenus qui ont ainsi été « tirés au vol ». De nombreuses femmes ont eu les seins brûlés avec des cigarettes et ont été violées. Le chiffre des exécutions est élevé. Quatre détenus, dont un garçon de seize ans, ont été exposés sous le kiosque à musique aux injures et aux coups de la foule, leur cercueil à côté d'eux, puis ont été fusillés après avoir été torturés au champ de tir de la Croisière. Ainsi un ingénieur agronome dont le fils était milicien, a été fusillé, de même que cet homme qui après plusieurs simulacres d'exécution toute une nuit, fut fusillé au petit matin « parce qu'il était anticommuniste ».

 

 

  Le Service du Travail Obligatoire

 

Nombre de nos concitoyens furent dirigés sur l'OFFICE DE PLACEMENT ALLEMAND. Installé au garage BONNET, sur le boulevard des Lices, et dirigé par un allemand, cet office travaillait en étroite collaboration avec un bureau de français, installé quant à lui, à la mairie;  son but essentiel était de "réquisitionner" les arlésiens de 16 à 60 ans, afin de leur faire effectuer des travaux au profit de l'armée allemande, par le biais de l'agence TODT; étaient exemptés, les malades et les mutilés de guerre à 50%. 

Aujourd'hui, nous savons que de nombreux indochinois, employés par les agriculteurs camarguais et les Salins du Midi, via la MOI (main d'oeuvre immigrée), participèrent au STO (service du travail obligatoire)...

Dans nos articles, nous avons inventorié une grande partie de ces travaux :

- Constructions de Block-Haus : en Crau, Camargue, Port Saint Louis, Salins de Giraud ...

- Pose de barbelés, pieux, contre les éventuels atterrissages.

- Confections de tas de cailloux en Crau.

 

C'est ce même office de placement qui désignait les arlésiens pour les départs en Allemagne, et l'âge importait peu.

Le processus était le suivant : "Vous étiez convoqués pour passer une visite médicale par un médecin arlésien d'abord, puis par un major allemand, ensuite".

1941, c'est l'époque où le Parti Communiste Français, ex-solidaire des Soviets, change alors son fusil d'épaule, la date essentielle est celle du 22 juin 1941, lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique. Désormais, le P.C.F. ne qualifie plus la guerre en cours d'impérialiste et de Gaulle d'agent de l'impérialisme anglais.

Pendant que nombre  d'arlésiens de souche, savament dirigés par BARONCELLI,  applaudissent le Maréchal en gare d'Arles, quelques personnalités locales, mais aussi nombre de travailleurs immigrés (Italiens, Espagnols, Indochinois) s'organisent dans des groupes de Résistance dont les filières furent quasiment indépendantes ...

Par EOLE - Publié dans : HISTOIRE D'ARLES - Communauté : Histoire Géographie
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