Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, les Français des Commandos d'Afrique et du Groupe Naval
d'Assaut prennent pied sur les côtes de Provence (1). Au même moment, les 9.700 parachutistes de la lère Division Aéroportée américaine sont largués dans l'arrière-pays varois. Peu après, ces
troupes vont être suivies par la VIème armée du général Patch et l'armée B (2) du général de Lattre de Tassigny. Cette dernière est forte de sept divisions et d'un groupement de tabors
marocains. Quatre divisions comportent des combattants indochinois.
La 1ère Division Française Libre (3)
Du fait de leur volontariat, dans les forces gaullistes, les Indochinois ralliés au Liban figurent dans les 10 000 premiers Français Libres. Ainsi, le canonnier Luu
Van Nam reçoit une attestation portant le numéro 9.807. Avec leurs unités d'affectation ces hommes vont être engagés en Cyrénaïque dès le mois de février 1942. En particulier, 34 d'entre eux
appartenant au 1er Régiment d'Artillerie et à la Compagnie de Quartier Général n°51 se trouvent en mai 1942 à Bir Hakeim. Lors de cette bataille demeurée fameuse, cinq Indochinois sont tués
et d'autres, tel le brigadier Pham Tarn, blessés. Les morts ont été inhumés au cimetière établi près du camp retranché.
Avant l'affrontement avec les Allemands et les Italiens, une grande partie des artilleurs asiatiques a été affectée à la colonne de ravitaillement n°2 stationnée à 40
kilomètres de Bir Hakeim au lieu dit Bir Bou Maffes, pour y suivre des cours de conduite automobile. Encadrés par l'adjudant-chef Pham Ba Tin et les maréchaux des logis Soc Nom et Le Van Sam,
ils vont par la suite être versés dans les trois compagnies du 1er Escadron du Train. Le 27 mai 1942, les chauffeurs déjà instruits de la section de l'adjudant-chef Goubin forment un convoi
devant apporter de l'eau et des munitions aux troupes du général Koenig. Ils réussissent à forcer le blocus ennemi mais l'attaque de la division italienne Ariete ne leur permet pas de
retourner à leur base. Au cours du mouvement, les conducteurs Bun Kheng et Lim Yoeun sont tués.
Dans la nuit du 10 au 11 juin, les conducteurs indochinois stationnés depuis le 20 mai à environ 80 kilomètres de Bir Hakeim participent à une colonne de 40 camions
se portant au secours de la garnison du camp, qui a effectué une percée en profitant de l'obscurité. Sous les ordres du lieutenant Hochappfel, ils récupèrent dans le désert 80 rescapés de la
bataille.
Après ces événements, ils sont engagés dans l'offensive de l'Himeimat le 23 octobre 1942, puis en Tunisie en avril 1943. A cette époque, le 1er R.A. compte encore en
ses rangs 43 servants asiatiques qui sont alors incorporés au 1er Escadron du Train avec lequel ils vont partir en Italie.
Le 16 août 1944, les unités de la 1ère DFL débarquées dans la baie de Cavalaire et comportant des Indochinois sont les suivantes :
-Compagnie de Quartier Général n°50,
-1er Escadron du Train, formé des 101ème, 102ème, 103ème Compagnies Automobiles,
-1er Bataillon Médical,
-Ambulance Chirurgicale Légère,
-Hôpital de Campagne Hadfield-Spears.
En septembre 1944, les Indochinois de ces formations sont stationnés dans le secteur de Ronchamp (Haute-Saône) et au mois de janvier suivant dans celui de Sélestat
(Bas-Rhin). A compter de mars 1945, ils vont combattre dans les Alpes. Le dernier tué asiatique de la grande unité est le conducteur Nguyên Van Huong tombé près de Lyon le 30 septembre
1944.
Il est à remarquer que le 4 juillet 1947, 48 anciens conducteurs de la 102ème Compagnie Automobile de la lère DFL continuent leurs services dans la formation du Train
du Cambodge. Avec fierté, ils revendiquent leur qualité de Français Libres.
La 9ème Division d'Infanterie Coloniale : Mise à terre le 18 août 1944 au sud de Cavalaire, elle est à base
d'Africains ; néanmoins, elle compte quelques Indochinois. Ceux-ci servent aux lère, 2ème et 3ème Compagnies de Ramassage et à la 4ème Compagnie de Triage et de Traitement du 25ème Bataillon
Médical, pendant toute la campagne Rhin et Danube. En majorité, ces infirmiers proviennent du Bataillon des Services Militaires des Troupes Coloniales (BSMTC) mis sur pied en 1943 avec des
personnels du 1er Bataillon de Pionniers Indochinois dissous à la Saoula près d'Alger.
La plus grande partie de leurs compatriotes ont été affectés en 1944 au Corps Léger d'Intervention à l'entraînement à Djidjelli ou à la Force 136 basée aux Indes. Ils
seront ainsi 142 à débarquer à Saigon le 3 octobre 1945 du cuirassé « Richelieu » avec le 5ème RIC. En effet, nombre de tirailleurs cantonnés en Algérie ont demandé dès 1943 à servir dans une
unité combattante. Parlant en leur nom, le sergent-chef Pham Van Mao déclare : « Nous avons l'ambition de pouvoir participer effectivement aux opérations prochaines sur le sol métropolitain.
En 1940, nous sommes accourus aux premières heures du danger pour la France. Une fois celle-ci délivrée des hordes germaniques, nous devons nous retourner vers l'Indochine lointaine. Notre
patrie souffre aussi d'une occupation étrangère. Cette portion de terre dont le sort est lié à celui de la France fait partie de son histoire depuis plus d'un siècle et a droit à sa
libération par les armes françaises. C'est pourquoi nous revendiquons notre place dans le Corps Expéditionnaire. L'honneur et le devoir exigent que notre bataillon (4) rentre en Indochine les
armes à la main et en libérateur ». Il convient de signaler que :
-en 1943, 17 tirailleurs ont quitté le BMSTC pour aller de leur propre volonté combattre en Tunisie avec la 1ère DFL ou le Corps Franc d'Afrique ;
-le capitaine Vinh San, ancien Empereur d'Annam sous le nom de Duy Tan déposé le 6 mai 1916, a suivi un stage à la 9ème DIC en 1945. Affecté à l'état-major de la
division, il séjourne à Rottweill (Bade-Wurtemberg) ;
-le général de Lattre de Tassigny utilise les services de trois maîtres d'hôtel ou ordonnances indochinois : Bong, Dong et Mieng. Il en est de même pour le général
Eisenhower lors de son séjour algérois.
La 2ème Division d'Infanterie Marocaine
Le 41ème Groupe Colonial des Forces Terrestres Antiaériennes (chef d'escadron Bescond), à base de canonniers malgaches, est renforcé par 2 sous-officiers et 68
artilleurs indochinois. Le groupe a été mis sur pied à Casablanca le 1er juillet 1943, les Asiatiques provenant des 5ème et 11ème Compagnies du 1er Bataillon de Pionniers Indochinois
détachées au Maroc. Le 41ème GCFTA est à compter du 23 novembre engagé dans les Abruzzes. Débarqué à Toulon le 25 septembre suivant, il participe ensuite aux combats livrés dans les Vosges et
en Alsace. En janvier 1945, il aligne 2 maréchaux des logis et 81 canonniers indochinois.
Le 19 avril 1945, en Allemagne la Batterie A du groupe, où servent 47 Asiatiques, repousse à Effringen une violente attaque ennemie. Peu après, le 27 avril, à
Kichingen, le brigadier Vo Ba Tung disparaît lors d'un combat. Au cours de ses campagnes, l'unité a reçu quatre citations collectives à l'ordre de la division. Le 22 mai 1945, les Indochinois
rejoignent à Mulhouse le Centre d'Instruction d'Artillerie Coloniale.
La 3ème Division d'Infanterie Algérienne
Elle comprend le 40ème Groupe Colonial des Forces Terrestres
Antiaériennes à base d'Africains et d'Indochinois. Engagée dès le mois de décembre 1943 en Italie, la formation a eu deux infirmiers asiatiques blessés à Bagnoli et débarque en Provence avec
sa grande unité.
Le 15 août 1944, environ 21.000 tirailleurs ou travailleurs indochinois se trouvent en
France. Prisonniers de guerre détenus depuis 1940 dans les camps nommés Frontstalag, incorporés dans les 6 Groupements Militaires d'Indigènes Coloniaux Rapatriables (GMICR) ou Ouvriers Non
Spécialisés (ONS) civils regroupés dans 60 compagnies, tous ces hommes venus en métropole au début du conflit y ont été bloqués à partir de novembre 1941 par suite de l'interruption des
communications maritimes avec l'Asie. En particulier, les 6 105 tirailleurs des GMICR militairement instruits, ayant pour la plupart déjà combattu et encadrés par des officiers et des
sous-officiers des Troupes Coloniales en congé d'armistice, constituent pour les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) un vivier de combattants aguerris. Il en est de même pour les
prisonniers des camps de Nancy et de Vesoul, confiés depuis février 1943 à la surveillance de gradés militaires français par suite d'un accord entre le gouvernement de Vichy et les autorités
d'occupation. Le gouvernement provisoire de la République Française siégeant à Alger a d'ailleurs donné avant le débarquement des instructions à son délégué militaire sur le théâtre des
opérations sud, le général Cochet, pour rassembler tous les tirailleurs coloniaux se trouvant en France et les mettre à la disposition de l'Armée B.
Avant le déclenchement de l'opération Dragoon, quelques Indochinois sont entrés dans des réseaux de résistance. Peut-être étaient-ils inspirés par l'exemple de leur
compatriote Huynh Huong, otage exécuté le 22 octobre 1941 à Châteaubriant. Ainsi, un tirailleur évadé du camp de Chartres, Pham Luc Thê, membre d'un organisme clandestin de lutte contre
l'occupant, est arrêté, atrocement torturé et déporté à Dachau. A Aix en Provence, les sergents-chefs Vinh et Thuy accompagnés du sergent Dap, tous trois du GMICR n°6, font partie de
l'Organisation de Résistance de l'Armée sous la direction de monsieur René Hostache.
Du fait de leur implantation géographique et de l'implication de leurs cadres dans la résistance, certaines unités de tirailleurs indochinois vont jouer un rôle non
négligeable en appuyant l'action des troupes alliées débarquées.
Les formations de Provence
Aux premières heures du 15 août 1944, la 73ème Compagnie d'ONS se trouve prise à
Puget sur Argens dans de très violents combats. Les ouvriers guident alors les parachutistes américains, soignent leurs blessés et gardent les prisonniers allemands. L'ONS Nguyên Tung
transporte sur son dos et sous le feu de l'ennemi un soldat de la 101ème Airborne grièvement atteint. Un peu plus tard, les 15ème, 27ème et 46ème Compagnies d'ONS se mettent dans Toulon à la
disposition des éléments de la 9ème DIC. Il en est de même pour les 35ème et 38ème Compagnies d'Aubagne qui collaborent avec les Algériens de la 3ème Division. Dans le grand port militaire
varois, les 17ème et 18ème Compagnies Indochinoises du GMICR n°2 sous les ordres du capitaine Taxil s'emparent d'un convoi automobile de la Wehrmacht. Au cours de cette opération, le
sous-lieutenant Trappe est tué. Le sous-lieutenant Godefroy tombe également, abattu par un officier allemand qu'il a refusé de renseigner.
Le maquis de l'Oisans
Au début de l'année 1944, la 14ème Compagnie Indochinoise du GMICR n°1 est cantonnée à Jarrie et Riouperoux (Isère). A la demande de son chef, le capitaine
d'Artillerie Coloniale Lespiaux, elle a été intégrée dans le dispositif départemental de l'Armée Secrète. Lors de sa prise de commandement le 23 décembre 1942, l'officier a déclaré devant sa
formation rassemblée : « Un jour, nous reprendrons les armes ». Dans ce but, lors de la dissolution de l'Armée de l'Armistice et alors qu'il se trouvait à la tête de la 10ème Batterie du
10ème RAC à Draguignan, le capitaine Lespiaux réussit à soustraire au contrôle d'une commission italienne les armes automatiques de son unité. Depuis, ces fusils-mitrailleurs et mitrailleuses
sont entreposés dans des caches gardées par les tirailleurs. De même, le 11 novembre 1943, la 14ème Compagnie défile devant le monument aux morts de Champ sur Drac en dépit de l'interdiction
formelle des occupants. A partir du mois de janvier 1944, les Indochinois effectuent des transports de munitions et de vivres au profit des maquis voisins. Ainsi, le tirailleur Hao et son
mulet « Totor » effectuent de multiples missions de ce genre. Auparavant, le 20 décembre 1943, le capitaine Lespiaux, qui a adopté le pseudonyme de Lanvin, abandonne le commandement de son
unité pour se consacrer à celui du secteur n°1 des Forces Françaises de l'Intérieur de l'Isère.
Le 4 juillet 1944, à l'instigation de leur chef, les 137 hommes de la 14ème Compagnie rejoignent le maquis. Avant de quitter leur camp, ils se regroupent devant le
mât des couleurs et crient : « Vive la France ». Le lendemain, une partie de la 13ème Compagnie basée à Pont de Claix se joint à eux. Après quelques jours passés à se familiariser avec
l'armement anglais parachuté, les Indochinois reçoivent une affectation tenant compte de leur spécialité militaire. Dès lors, ils vont combattre en compagnie de quelques tirailleurs malgaches
et sénégalais dans les unités suivantes :
- Groupe Mobile n°l du lieutenant Herbelin dit Périer où ils sont encadrés notamment par l'adjudant-chef Haï et les sergents Han et Diêm. Le GM1 est structuré en
quatre sections et un groupe franc.
-Section de mitrailleuses de l'aspirant Métal.
-Infirmerie Hôpital du médecin lieutenant Tisserand.
-Section du génie du lieutenant Lamy.
-Section de transport des sous-lieutenants Kérik et Mur.
Les opérations avant le débarquement
Tout au long du mois de juillet et de la première quinzaine d'août, les nouveaux maquisards asiatiques vont être engagés dans de durs combats le plus souvent en haute
altitude. Le 12 juillet, ils affrontent dans le secteur des Roches Bleues les chasseurs alpins allemands tout étonnés d'avoir en face d'eux des « Chinois ». Les fantassins du GM1 repoussent
ce jour là un violent assaut soutenu par des tirs d'artillerie pendant que la Section du Génie réussit à faire sauter la route du Col du Glandon afin d'interdire l'avance ennemie. Au cours de
cet affrontement le tirailleur Song qui sert un tromblon VB (5) est tué en couvrant le repli de ses camarades. Le 14 juillet, le Groupe Mobile défile dans Bourg d'Oisans et le lendemain, le
tirailleur Song est solennellement inhumé en présence de toute la population du village. Le 9 août, une embuscade montée par les Indochinois intercepte à Laffrey une voiture d'état-major de
la Wehrmacht dont les cinq occupants sont tués ou blessés ; le courrier officiel de la 157ème Division Alpine est récupéré. Le 10 août, près de Sappey, les anciens des 13ème et 14ème
Compagnies soutiennent un dur assaut ennemi. Sur le point d'être encerclés, ils contre-attaquent les positions tenues par les chasseurs bavarois puis se replient vers le massif de Belledonne.
Au cours de l'affrontement l'aspirant Loubiat, l'infirmier major Porquet, le sergent-chef tonkinois Han, tous issus du GMICR n°1, sont tués. Le lendemain, deux tirailleurs indochinois tombent
dans les gorges de Séchilienne.
Le même jour, les infirmiers asiatiques détachés à l'hôpital FFI se replient de l'Alpe d'Huez à l'Alpette. Les blessés (10 dont 2 amputés) sont transportés sur des
mulets conduits par les tirailleurs. Ayant réussi à rompre l'encerclement de l'adversaire sous les rafales des chasseurs de la Lutwaffe, la petite troupe parvient au refuge de la Farge après
avoir franchi des cols situés à 3.000 mètres d'altitude.
Le 13 août, au lac de Poursoulet, le médecin sous-lieutenant Parde est tué alors qu'il tente de protéger les blessés confiés à ses soins. Son nom a été attribué à une
promotion de l'Ecole de Santé Navale.
Lors de ces combats, la Section de Mitrailleuses de l'aspirant Métal sauve à plusieurs reprises la situation. Elle est dotée de deux vieilles pièces Hotchkiss, d'une
Saint-Etienne et d'une Fiat italienne de récupération. Son intervention est décisive le 13 août face au col du Sabot (2.167 mètres d'altitude) et quelques jours plus tard sur le plateau des
Grandes-Rousses. En cet endroit, l'unité stoppe un assaut des Gebirgsjäger (6) soutenu par de l'artillerie. Après plusieurs heures de combat acharné, les Allemands doivent se replier avec de
lourdes pertes.
La manoeuvre « Faisceaux »
Le plan Anvil-Dragoon établi par les Alliés prévoit que la Task Force Butler (7)
entrera dans Grenoble le 15 octobre soit 60 jours après le débarquement. Cette unité américaine doit en effet éliminer auparavant la 157ème Division Alpine et les blindés de la 9ème
Panzerdivision renforcés de corps mongols (8) de la Wehrmacht. Or, grâce à la réalisation de l'hypothèse « Faisceaux » exposée le 5 août 1944 à Naples par le Colonel Zeller commandant les FFI
du Sud-Est de la France, la préfecture de l'Isère va tomber dès le 22 août. L'action des Indochinois du maquis de l'Oisans entre pour une large part dans cet heureux résultat.
Après l'écrasement du maquis du Vercors et le nettoyage de ce massif jusqu'au 3 août, le général Wiese commandant la XIXème armée allemande compte utiliser les
troupes rendues ainsi disponibles pour se débarrasser des FFI de l'Oisans, très offensifs en juin et juillet. Il a programmé dans ce but l'opération « Hoch Sommer » qui dans son esprit doit
être brève. Après l'achèvement de celle-ci, les 2 divisions qui y sont consacrées pourront rejoindre les 3 grandes unités du 62ème CA afin de faire face aux formations alliées débarquées en
Provence. L'état-major de la Wehrmacht n'ignore pas en effet l'imminence de l'opération Dragoon. Or, les troupes allemandes, progressant de part et d'autre de la vallée de la Romanche et dans
les massifs du Taillefer et de Belledonne, ne réussissent pas après 15 jours de combat à éliminer les maquisards de l'Oisans. Cet échec va faciliter l'action des troupes mises à terre sur les
côtes varoises.
En outre, dès le 15 août 1944, les hommes du capitaine Lespiaux rassemblés en 5 groupes mobiles soutenus par des unités du génie et de transport passent à
l'offensive. Leur état-major, doté des 5 bureaux réglementaires, veut occuper le plus rapidement possible Grenoble en faisant liaison avec la Task Force Butler qui progresse avec prudence le
long de la route Napoléon. Venant à marches forcées de la Belledonne et du Taillefer, les Indochinois avancent vers Vizille. Le 21 août, à la Croix du Mottet, le tirailleur Thu Trân,
ordonnance du capitaine Lespiaux, est tué en protégeant son chef. Au même moment, au col d'Articol, la section de mitrailleuses du GM1 abat tous les servants d'un canon antichar et récupère
la pièce. A 17 heures, le même jour, les tirailleurs enlèvent le château de Vizille après un combat très violent. Au cours de l'assaut, le sergent Nguyên Ba Han et cinq Indochinois sont tués.
Symbole de l'Empire Français d'alors, veillé par le capitaine Lespiaux, un asiatique meurt dans les bras d'un tirailleur sénégalais.
De nos jours, un monument érigé à la Croix du Mottet perpétue le souvenir de 189 combattants FFI tombés en ces lieux. Parmi eux se trouvaient 13 Indochinois anciens
des 13ème et 14ème Compagnies.
Les autres maquisards indochinois
Tout au long de leur avancée dans le sillon rhodanien puis vers le Rhin, les alliés vont être appuyés sur leurs flancs par l'action des FFI. Ils vont ainsi progresser
plus rapidement que les plans initiaux ne le prévoyaient. Parmi les maquis ayant possédé des combattants indochinois, on peut citer :
- Le Ier Régiment de la Drôme, qui aligne une compagnie d'Asiatiques sous les ordres du lieutenant Papillon. Ces hommes proviennent de la poudrerie de Sorgues
(Vaucluse). Avec une formation espagnole et un détachement russe, ils libèrent Nyons et Montélimar.
- La Compagnie Rouget de Lisle, mise sur pied au bois des Centaines sur la commune de Bussy sur Othe (Yonne). Au début du mois d'août 1944, l'unité reçoit le renfort
de trois évadés du camp de prisonniers de Saint-Florentin : le sergent Huynh Van Quoc dit Jeannot, les tirailleurs Phan But surnommé Marcel et Nguyên Dau qui reçoit le pseudonyme de
Dominique. La formation est placée sous les ordres du lieutenant Meléki en réalité Magendie.
Le 10 août 1944, le tireur au fusil-mitrailleur Nguyên Dau se trouve au lieu dit les Marquets sur la RN 5. Son groupe doit tendre une embuscade en ces lieux. Peu
après la mise en place, un important convoi allemand se présente et est immédiatement pris à partie par le tonkinois qui ouvre un feu nourri sur lui. Son chef, le gendarme Victor se trouve à
ses côtés et lance des grenades vers l'ennemi. Ce dernier met alors pied à terre et man?uvre rapidement pour encercler les maquisards. Nguyên Dau blessé une première fois ne peut se déplacer
au moment où ses camarades se replient. Il continue à tirer imperturbablement pendant que Victor l'alimente en chargeurs. Quelques minutes plus tard, touché une deuxième fois, il s'écroule
mort sur son arme. Le gendarme lance une dernière grenade sur les Allemands qui sont tout près et rejoint le gros de la troupe.
De retour à leur base, les FFI apprennent du lieutenant Magendie que l'on ne doit jamais abandonner le cadavre d'un compagnon. Aussi, à la nuit tombée, 3 sections
retournent sur les lieux du combat et retrouvent le corps de Nguyên Dau que les Allemands ont profané. Les restes mortels de l'Asiatique sont ensuite transportés à l'église de Villechétive et
inhumés au cimetière de Dixmont (Yonne). Une stèle érigée à l'endroit de l'embuscade rappelle son souvenir.
D'autres originaires de la péninsule ont combattu dans l'Yonne. Ainsi, le 6 juin 1944, un document de la Feldgendarmerie 624 précise « qu'un terroriste annamite a été
abattu au nord d'Avallon ». En juillet-août 1944, une deuxième compagnie Rouget de Lisle forte de 7 sous-officiers et de 137 tirailleurs indochinois est créée dans le département. Enfin, le
29 juillet « quatre Annamites vêtus d'une veste kaki et d'un pantalon bleu, coiffés d'un casque modèle Adrian orné d'un insigne FFI », pris les armes à la main par l'occupant sont fusillés au
Pré du Cuivre dans la commune de Champignelles ; les combattants avaient faussé compagnie à leurs gardiens du camp de Saint-Florentin pour rejoindre un maquis.
Le 10 septembre 1944, des captifs coloniaux et maghrébins provenant du Frontstalag 141 de Vesoul réservé aux prisonniers récalcitrants s'évadent à Evette Salbert
(Territoire de Belfort) du train qui les transporte en Allemagne. L'un d'entre eux surnommé « Monsieur Le Khuong » pour son calme imperturbable est incorporé au maquis local. Bien que traqué
sans cesse par l'ennemi et après avoir participé à plusieurs embuscades tendues avec succès aux soldats de la Wehrmacht, l'Indochinois va lutter jusqu'au 30 octobre. Ce jour là, il dirige
avec sang froid la colonne formée par ses camarades à travers les lignes allemandes du col de la Chevestraye. La petite troupe rejoint ainsi la 3ème DIA.
Le groupe FFI de Moncel-sur-Seille (Meurthe et Moselle) accueille 5 Indochinois qui se sont échappés du Frontstalag 161 de Nancy. L'un d'eux, Le Hien, est plus tard
blessé lors d'un affrontement près de Pont-à-Mousson.
Le 24 août 1944, les FFI de l'Hérault sont avisés qu'un important convoi allemand évacuant les garnisons du camp du Larzac et de Millau va traverser le département
pour rejoindre la vallée du Rhône. Renforcés par 250 tirailleurs du GMICR n°4 réarmés et encadrés par leurs gradés, les maquisards se portent à hauteur du village de Montferrier-sur-Lez. Là,
ils accrochent une colonne de 1 200 Caucasiens. La 3ème Compagnie Indochinoise participe avec vaillance au combat à l'issue duquel l'adversaire est contraint de se replier après avoir perdu
plusieurs tués, 60 blessés, 13 prisonniers et un important armement dont un canon de 20 et plusieurs mitrailleuses. Au cours de l'accrochage le sergent Phu et un tirailleur sont atteints
d'éclats d'obus. Quatre jours auparavant, le tirailleur Do Hu avait été tué lors de la libération de Montpellier.
A Paris en août 1944, deux tirailleurs asiatiques évadés du camp de Chartres combattent sur les barricades avec le colonel Bourgoin dit Lhermitte. Plus tard, fin
1944, les 1er et 3ème Bataillons de Travailleurs Coloniaux Annamites issus des GMICR accompagnent la lère Armée durant la campagne Rhin et Danube. Sur le front de l'Atlantique, l'Escadron
Indochinois opère devant Royan.
On peut estimer à environ 2.000 le nombre des Indochinois ayant pris une part active à la libération de la France.
Certes, eu égard à l'importance des forces alliées engagées, la participation des originaires de la péninsule à l'opération Dragoon a été modeste. Toutefois, les
stèles érigées sur le lieu de leurs combats et les tombes des cimetières français attestent que cette action a été réelle. Le général de Larminat, après la guerre, a dit des Indochinois : «
Ils avaient souffert de la défaite de la France et avaient voulu se battre avec leurs camarades. Ils ont lutté partout, courageux, remplissant leurs fonctions sans jamais murmurer et rendant
d'énormes services ».
NOTES :
(1) En janvier 1944 l'opération portait le nom de code d'"Anvil", modifié ensuite en "Dragoon"
(2) Devenue 1ère Armée Française en septembre 1944.
(3) Devenue 1ère Division Motorisée d'Infanterie le 24 août 1943 puis 1ère Division de Marche d'Infanterie le 27 avril 1944.
(4)Le Bataillon des Services Militaires des Troupes Coloniales.
(5) Tromblon Vivien Bessières du nom de son inventeur. Il s'agit d'un fusil lance-grenade datant de la guerre 1914-1918.
(6) Chasseurs de montagne.
(7) Unité tactique de l'armée américaine.
(8) En réalité des combattants soviétiques capturés en Russie et volontaires pour servir avec les Allemands.
2. Les tirailleurs indochinois dans la campagne de France (1939-1940)
:
Le 3 septembre 1939, au début des hostilités, une seule formation indochinoise est présente en métropole : le 52ème bataillon de mitrailleurs indochinois (52ème BMIC). Forte de 23 officiers
(1), 25 sous-officiers et 872 tirailleurs, cette unité instruite et disciplinée est basée à Carcassonne depuis 1934.
En cas de conflit, le plan Mandel, ainsi baptisé du nom du ministre des Colonies, prévoit l'envoi de renforts importants des territoires d'outre-mer. Ceux d'Indochine
sont destinés à former deux divisions, l'une pour le front nord-est, l'autre pour le Levant. En 1939, les forces d'active d'Indochine représentent 30.000 hommes, dont 17.500 autochtones, et
leurs réserves bien organisées offrent des ressources considérables.
La mobilisation s'effectue dans le calme avec le concours des populations locales. Si ces dernières, du moins dans les milieux les plus évolués, n'ignorent pas les
menaces constituées par les dictatures d'Allemagne et d'Italie, elles sont surtout inquiètes de la politique expansionniste du Japon, qui depuis 1937 a envahi la Chine.
Les mesures de rappel des réservistes concernent 100.000 militaires, 12.500 gardes indigènes ou civils et 60.000 ouvriers. Au 25 juin 1940, jour de l'armistice,
60.000 hommes auront été convoqués et 15.000 militaires dirigés sur la France et le Moyen-Orient, en compagnie de 20.000 travailleurs. Ils ont été affectés :
- à la 52ème demi-brigade de mitrailleurs indochinois (52ème DBMIC) issue du 52ème BMIC, puis après dissolution de cette dernière au 55ème bataillon de mitrailleurs
indigènes coloniaux (55ème BMIC),
- au 9ème régiment d'artillerie coloniale tracté (9ème RACT),
- à seize groupes de défense aérienne du territoire (GDAT) numérotés de 101 à 116,
- au 1er bataillon de pionniers indochinois (1er BPI) en Syrie,
- au 23ème escadron du train des équipages au Liban,
- à diverses unités des services : la 33ème section d'infirmiers militaires à Beyrouth, les 8ème et 9ème bataillons d'ouvriers d'artillerie (BOA), les 15ème et 18ème
sections et les 703ème, 714ème, 717ème et 719ème compagnies de commis et ouvriers militaires d'administration(COMA).
En avril 1940, 7.000 ouvriers débarquent à Marseille et le ministre de la Guerre ordonne de constituer vingt bataillons de travailleurs indochinois (BTI). En
pratique, dans ces unités, tirailleurs et travailleurs vont être mêlés et les corps ainsi formés auront un statut hybride. Plusieurs de ces formations pourront être mises sur pied avant
l'armistice, comme la 1ère compagnie indochinoise de la région parisienne à Aubervilliers et le 1er bataillon de travailleurs indochinois de la Vème région militaire à Orléans ; ces deux
unités étant à dominante militaire. En outre, des Indochinois travaillent à l'Établissement technique et à l'École centrale de pyrotechnie de Bourges où ils sont administrés par le 22ème BOA.
D'autres sont employés à la compagnie 21/55 de la poudrerie du Ripault, près de Tours, à la compagnie 21/44 de l'atelier de chargement de Clamecy et dans les usines d'armement ou de munitions
de Saint-Médard-en-Jalles, de Morcenx, de Tarbes et de Toulouse.
Ainsi, comme en 1914-1918 et en dépit de la brièveté de la campagne, l'Indochine a offert à la France une aide importante et efficace. Le jour de l'armistice, de
nombreux renforts se trouvaient encore en mer. Ceux des cargos "Sontay" et "Linois" furent débarqués à Diego-Suarez, d'où ils reprirent le chemin de l'Indochine avec les cargos "Sontay" et
"Cap Varella".
La 52ème DBMIC (Demi-brigade de mitrailleurs indigènes coloniaux)
Le 10 mai 1940, la 52ème DBMIC, aux ordres du lieutenant-colonel Barbe, comprend 2.600 hommes, constitués en une compagnie de commandement et deux bataillons à cinq
compagnies de combat chacun. Affecté à la 102ème division d'infanterie de forteresse, le corps tient seul un front de douze kilomètres le long de la Meuse, de Mézières à Nouzonville. Il ne
peut compter que sur une artillerie obsolète et insuffisante.
Jusqu'au 13 mai, les tirailleurs sont l'objet de bombardements aériens qu'ils supportent stoïquement. Dès l'aube de ce jour, ils sont pris à partie par les
soixante-douze canons de la 23ème division d'infanterie allemande et par de nombreux avions qui les mitraillent en piqué. La riposte de notre artillerie est faible, celle de notre aviation
inexistante. Les premiers morts jonchent le sol ardennais. Alors que son caporal vient d'être tué, le tirailleur Duong Van Kinh, préposé à la cuisson du riz, continue imperturbablement son
travail sous les tirs ennemis.
Dans l'après-midi du 13 mai, les Allemands tentent de franchir la Meuse à Nouzonville mais ils sont repoussés par les rafales des vieilles mitrailleuses Hotchkiss
1914, servies avec sang-froid par les Indochinois. Pendant les deux jours suivants, les tirailleurs s'accrochent au terrain et brisent les attaques adverses. C'est alors que les chars de la
8ème Panzerdivision du Général Kuntzen viennent appuyer les dix mille fantassins qui n'arrivent pas à percer nos défenses. Les mitrailleurs sont submergés sous le nombre. Ils tentent encore
de contre-attaquer mais sont cloués au sol sous un déluge d'obus.
Très surpris de se trouver en face d'Asiatiques, les Allemands ont rendu compte à leur Commandement qu'ils combattaient contre des "Chinois".
Le 15 mai vers 9h, l'ordre de repli arrive. Le mouvement est très difficile à exécuter car toute la demi-brigade est au contact et en partie encerclée ; le
désengagement va durer jusqu'à 16h. L'adjudant Nguyen Van Thuong, tirant avec un fusil-mitrailleur à la hanche, réussit une percée. Les tirailleurs Do Van Tac et Nguyen Van Khet s'écroulent à
ses côtés mais la petite troupe arrive à franchir la Meuse. Désormais, la 52ème DBMIC peut être considérée comme anéantie et seuls 10 officiers et 500 tirailleurs, appartenant surtout au 2ème
bataillon du commandant Ségur, peuvent rompre l'étreinte adverse et se regrouper dans Saint-Marcel où ils vont être attaqués par des blindés ennemis. Après avoir tenté de résister, les
mitrailleurs se rétablissent dans Thin Le Moutier en flammes. Les sergents Mao, Nghi et Than commandent leurs hommes avec beaucoup de sang-froid. Sous les ordres du capitaine Dupuy, chef de
la 3ème compagnie, les rescapés combattent ensuite, avec des Spahis, à Wassigny. Parvenus dans la montagne de Reims, ils reçoivent l'ordre de rejoindre Carcassonne. A cette date, réduite à 11
officiers et 159 gradés et tirailleurs, la demi-brigade est dissoute (31 mai).
Les hommes de la 52ème DBMIC s'étaient bien battus ; plus tard l'adversaire leur rendra hommage. Le 23 décembre 1940, dans le journal Deutsche Wehr, le
lieutenant-colonel Soldan écrivait : "A Nouzonville, une tentative de franchissement de la Meuse échoua, par suite d'une forte résistance de l'ennemi". Cet ennemi, c'était les "Chinois" qui
avaient défendu opiniâtrement le cours du fleuve, contre une troupe disposant d'une supériorité écrasante en hommes et en matériel.
Le 55ème BMIC (Bataillon de mitrailleurs indigènes coloniaux)
Sous le commandement du chef de bataillon Reben,
le corps est mis sur pied en toute hâte le 5 juin 1940 à Carcassonne, avec des rescapés de la 52ème DBMIC et des tirailleurs récemment arrivés d'Asie. Il aligne 511 Indochinois dont 2
officiers : les lieutenants Nguyen Van Dinh et Doan Vinh. Il gagne l'Orne le 13 juin et est affecté à la 237ème division légère d'infanterie. Il y reçoit la mission de tenir sans esprit de
recul la route du Neubourg à Conches. Le 14 juin vers 10h l'ennemi attaque en force ; repoussé avec des pertes sensibles, il réussit cependant à se maintenir dans le hameau d'Ormes, d'où il
repart à l'assaut. L'attaque porte surtout sur la 1ère compagnie de mitrailleuses commandée par le capitaine Trancart et chargée de défendre le bourg de la Gauberge, deux kilomètres en avant
du bataillon.
Sous un feu intense le capitaine Trancart anime la résistance. La capote déchirée par les balles, un mousqueton à la main, il communique son enthousiasme à ses
hommes. Secourant les blessés, ravitaillant les tireurs, donnant calmement ses ordres, il est partout à la fois. Un mitrailleur venant d'être tué sur sa pièce, il repousse le cadavre et
continue le tir en attendant un remplaçant. Constatant une infiltration allemande, il monte sur un arbre et abat plusieurs assaillants. Son exemple est imité par l'adjudant Nguyen Van Duyet,
le sergent Nguyen Dong Mao et le caporal Nguyen Quang Hoang qui installent un fusil-mitrailleur dans un pommier d'où ils font rapidement taire les pistolets mitrailleurs de l'adversaire. Le
tirailleur Huynh Vinh, agent de liaison du capitaine, est blessé à ses côtés.
Le 15 juin à l'aube, nos positions tiennent toujours mais quarante avions allemands prennent pour cible la 1ère compagnie. Quelques instants plus tard ce sont les
fantassins ennemis qui s'élancent à l'attaque, appuyés par de puissants tirs de mortiers de 81. L'unité est décimée, isolée, sans ravitaillement et sans appui. Mais le capitaine Trancart,
ayant reçu l'ordre de se défendre jusqu'au bout, entend lutter tant que l'extrême limite des forces ne sera pas atteinte. Il transmet sa conviction à ses mitrailleurs qui sont bien décidés à
ne pas reculer. La compagnie se forme alors en carré et combat encore durant de longues heures. Tous les assauts ennemis sont stoppés mais les munitions s'épuisent et de nombreux blessés
gisent sur le sol. La mort dans l'âme, le capitaine Trancart donne aux survivants l'ordre de repli ; quant à lui, inébranlable, il reste parmi ses tirailleurs morts ou grièvement atteints.
Ainsi, un peu plus tard, lorsque l'adversaire, le trouvera au milieu de son unité anéantie, un officier allemand lui dira: "Monsieur, vous vous êtes bien battu, je vous félicite".
Sur les 174 hommes de la compagnie, seuls 19 Européens et 40 Indochinois étaient indemnes. Certains de ces derniers, tels le sous-lieutenant Doan Vinh, le sergent
Nguyen Luoc, les tirailleurs Ha Van Bai, Le Duc Khan et Nguyen Van Hem, réussiront à rompre l'encerclement et à rejoindre la zone non occupée. Ils seront tous plus tard récompensés pour leur
courage. La 1ère compagnie du 55ème BMIC fut par la suite l'objet d'une très élogieuse citation à l'ordre du corps d'armée.
Les trois autres compagnies tentèrent jusqu'au 24 juin de s'opposer à la ruée allemande. Ce jour-là, ils réussirent à se rétablir sur la Boutonne. Ceux qui avaient pu
échapper à la captivité rejoignirent ensuite la région de Cognac, où ils apprirent la signature de l'armistice. La 52ème DBMIC et le 55ème BMIC furent les formations indochinoises les plus
importantes à être engagées devant l'ennemi. D'autres, plus modestes, sont cependant mentionnées.
Le 9ème RACT combat dans la banlieue parisienne et sur la Loire. Plusieurs canonniers indochinois sont cités au cours de ces affrontements.
La 1ère compagnie indochinoise de la région parisienne se trouve au contact de l'ennemi le 21 juin 1940 dans la Haute-Loire. Les sergents Huynh Chiem et Truong Van
Truong se distinguent en ces circonstances difficiles.
Le 101ème GDAT est encerclé par les chars allemands le 17 juin à Baume-les-Dames. En tentant de percer l'étreinte de l'adversaire, le tirailleur Nguyen est tué et son
camarade Ha Don très grièvement blessé ; tous deux seront décorés de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palme.
La 719ème compagnie de COMA et la 18ème section de COMA éprouvent des pertes ; les tirailleurs Nguyen Van Ngan et Chiam seront gravement atteints.
Le 1er bataillon de travailleurs indochinois de la Vème région militaire participe à la défense d'Orléans. Refusant de se rendre, le tirailleur Nguyen Quan est abattu
par l'ennemi.
Enfin, certains Vietnamiens de nationalité française se battirent dans des unités métropolitaines, tels les deux futurs généraux et futurs beaux-frères Le Van Kim,
aspirant d'artillerie, et Tran Van Don, aspirant d'infanterie. Ce dernier recevra la croix de guerre pour son courage à la Ferme d'Aunis, dans les rangs du bataillon de marche de l'Ecole de
Saint-Maixent.
Au cours de cette tragique campagne du printemps 1940, 13.769 Indochinois avaient combattu dans la zone des armées. A l'automne de la même année, la direction des
troupes coloniales signalait que 3.151 d'entre eux avaient été tués, blessés ou étaient considérés comme disparus. En réalité, un certain nombre de ces derniers étaient tombés aux mains de
l'ennemi. Ainsi, constants dans leurs traditions de courage et de fidélité, les tirailleurs indochinois s'étaient montrés dignes de la belle devise du 55ème BMIC : "Servir jusqu'au
sacrifice".
(1) Les officiers indochinois ne furent autorisés à servir en métropole qu'à la fin de l'année 1938 alors que les premiers d'entre eux avaient été nommés en
1929.