Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 00:00

 


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"Aux Frères du Respectable Atelier "HUMANITE-JUSTICE" travaillant sous les Hospices de la Trés Respectable Obédience du Grand Orient de France à l'Orient d'Arles, en mémoire de nos Ainés qui ont façonné la pensée des Loges arlésiennes"
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1778: Le Tablier de VOLTAIRE

L'étude de la présence maçonnique sur ARLES, suit un parcours pour le moins trés irrégulier, en ce sens que suivant les régimes politiques et/ou les pressions religieuses trés importantes sur la ville, les différentes Obédiences ont ou n'ont pas pu maintenir des Ateliers sur la cité. Cette remarque est particulièrement vraie lorsque l'on considère les époques précédant la première Révolution ou la Restauration. De même  sous Napoléon III, que certains n'hésitent pas à appeler "le dictateur" les Franc-maçons furent muselés et de fait, le travail fourni par les Ateliers s'en est fortement ressenti...
La présence sur Arles de Monseigneur du LAU, arrogant chef de file national des anti-philosophes n'a pas arrangé les choses... 
Ce document est tiré de mon travail intitulé : Pénitents, Francs-Maçons et Montagnards dans la société arlésienne 1802-1852; Editions Les Amis du Vieil Arles (BP 30, 13633 Arles cedex), n° spécial 107-108, par Max Daniel, année 2000, 120 p.

Cette monographie reprend – à partir du cas d’Arles – la problématique du lien entre les sociabilités traditionnelles ( Pénitents) et les loges du XVIII° siècle. Elle fournit notamment un état nominatif des Franc-maçons arlésiens de 1750 à 1815.

Cette étude sur la sociabilité maçonnique arlésienne, met d'abord en évidence avant 1753, l'existence sur Arles de deux Loges officielles rattachées à l'ancienne Grande Loge de France :
- L'Atelier Saint Jean de la Fraternité d'Arles, qui apparaît aussi sous le Titre de Saint Jean de la Fraternité Régulière d'Arles, fondée par un certain LOYS; il pourrait s'agir du docteur Pierre Antoine LOYS, Maire d'Arles en 1791-1792, guillotiné à LYON en 1794, ou de l'un de ses descendants. Les deux dernières années, les Vénérables furent EMING fils (1750) et VACHER (1751). L'Atelier aurait appartenu à la filière des Loges dites  de Saint Jean de Jérusalem d'Avignon. 
- La Loge de l'Union (1748-1764 minimum, probablement janvier 1786), Loge de la Grande Loge de France sur laquelle nous n'avons que peu de renseignements. Mais les quelques informations que nous avons, sont trés importantes (archives départementales de l'Hérault, réf 1J62, La Concorde): la Loge se trouvait au monastère Bénédictin de Montmajour, et ce à une époque où, l'Eglise de Rome combattait déjà avec la plus grande virulence la Franc-maçonnerie...  Nous savons par exemple que le 12 novembre 1764 deux religieux Bénédictins (dom MILLON et dom Joseph BOYON) furent reçus à la Maîtrise (maçonnique). L'histoire religieuse de Montmajour se terminera mal... Le dernier abbé, probablement Franc-maçon sera un membre de la famille des ROHAN.... Il sera mêlé à l'Affaire du Collier de la Reine, tout comme un de ses cousins, dernier Grand Maître de l'Ordre de Malte pré-révolutionnaire et... protecteur d'André POMME , l'arlésien qui avait pour objectif d'éliminer les religieux catholiques romains et rien qu'eux ...! C'est l'époque de Joseph BALSAMO, qui importa en France la Franc-maçonnerie égyptienne (rite de Misraïm).
Cette Loge était réputée comme étant trés brillante et dotée d'un Chapitre. L'arlésien Guillaume de Barême était issu de cet Atelier de Montmajour; il portait les titres nobiliaires de baron de Chateaufort et de seigneur de Saint Véran de Manville (deux mas que l'on retrouve de nos jours entre Arles et Raphèle). Sur le plan maçonnique, en 1765 il appartenait à une Loge parisienne et au Conseil des Chevaliers Princes de l'Orient. Il fut reçu à la Loge "La Concorde" le 11 mars 1765, trés certainement pour statuer sur le cas des frères COYE...
Pour des raisons probablement liées à la trop pesante présence catholique sur Arles, 1786, sonnera le glas de la Loge de l'Union, et les Maçons arlésiens devront se rallier aux Ateliers des villes voisines, comme ce fut le cas pour BEAUCAIRE et sa brillante Loge "La Concorde", de la Grande Loge de France, que fréquentaient les frères COYE de BRUNELIS.
De toute évidence, en 1765, Jean Baptiste COYE de BRUNELIS et ses deux frères (utérins), vont être contactés par la Mère Loge Ecossaise de Marseille,  puissante Obédience d'origine régionnale, mais de grande notoriété géographique tant dans le sud de la France que dans nombre de ports étrangers. L'Obédience marseillaise veut s'implanter sur Arles... 
Le problème est que cette Obédience, plutôt ouverte aux Loges anglosaxones, n'était pas reconnue à l'époque par les  Obédiences nationales et c''est essentiellement ce qui lui vaudra sa disparition de la scène des Obédiences françaises, au cours de la Première Révolution...
Nous sommes donc en 1765, COYE de BRUNELIS né à MOURIES en 1711, a 64 ans. Intellectuel, il est reconnu comme ayant été un excellent autodidacte doublé d'un brillant linguiste. Vers l'âge de 30 ans, il fait déjà parti des personnalités littéraires d'Arles, et publie une comédie qui restera la pièce maîtresse de son oeuvre, "Lou novi para". Il préface ainsi son travail : "J'ai toujours été surpris que notre province qui, sans la flatter, abonde en sujets qui ne manquent ni de goûts ni d'esprits, n'ait pas pris plus de soins de conserver la haute réputation que les Troubadours avaient acquise à notre poésie provençale vers le XIIème et le XIVème siècle".
Laurent BONNEMANT, son contemporain, le présente ainsi : "Il a un caractère gai, aime la bonne chaire et les plaisirs; il est d'un commerce aimable, porté à rendre service, grand parleur et honnête homme... C'est un ami dévoué " ... Son biographe Frédéric BILLOT (également Franc-maçon, initié le 16 janvier 1864, à la Loge arlésienne "La Persévérance", le décrira ainsi : ..."C'est le poête du clocher, du chez-soi, de la petite société arlésienne à laquelle il veut plaire avant tout"... Frédéric MISTRAL, quant à lui, le considérait comme ayant été le précurseur du Félibrige.
Sur le plan strictement maçonnique, le fait que les frères  COYE de BRUNELIS, quittent "La Concorde" de BEAUCAIRE, engendra également le départ de nombreux Maçons arlésiens (dont on ne connait pas les noms). Ce départ massif vers une Obédience non-reconnue et semble - t - il fort décriée à l'époque, provoqua leur exclusion de la Grande Loge " Ils seront dégradés du nom, état et qualité de Maçons, de tous les grades qu'ils ont reçu et dont ils sont indignes d'être décorés"...
Concernant les instigateurs, la sentence sera plus précise "Dés aujourd'hui, pour toujours et en tous lieux, que les frères COYE soient oubliés et rejetés comme étant des membres impurs et pernicieux pour l'état de Maçon"...
D'un autre côté, il faut bien admettre qu'entre COYE de BRUNELIS et la Mère Loge Ecossaise, il y avait beaucoup de liens communs en général, et en particulier une ardeur toute virulante à défendre la souveraineté de la région et les riches négociants, dont faisaient partis les frères COYE...
Les édiles arlésiens reconnaissant certainement le littérateur et peut-être aussi le Franc-maçon, l'ont mémorisé pour l'éternité en donnant un nom de rue à Jean Baptiste COYE... Dans l'ancien quartier des Templiers...
Ne quittons pas cette période pré-révolutionnaire, sans parler de la famille POMME dans laquelle Pierre le père, précurseur de la psychiatrie, était le médecin particulier de la famille royale. Les deux fils André et Jean Antoine seront d'illustres Franc-maçons. A tel point que nous leur avons consacré toute une étude de plus de 100 pages ... Plus particulièrement bien entendu en ce qui concerne André, membre de l'Ordre de Malte, qui va devenir sous la Convention le premier député de la Guyane et qui restera célèbre dans les annales de l'Histoire de France, pour avoir inventé le bagne de Guyane... Bagne qu'il destinait aux religieux français et belges, réfractaires au serment constitutionnel... André POMME fit partie de l'élite maçonnique pré - révolutionnaire: il était le 6ème personnage du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, structure secrète mise en place 15 ans avant la Révolution...
Des fils jacobins qui "ne croyaient pas en Dieu", un père qui deviendra le chef local de la contre-révolution alliée aux anti-philosophes de monseigneur du LAU, la famille POMME résume à elle seule  le climat intellectuel, dans lequel se présente la Maçonnerie arlésienne pré-révolutionnaire.
Une autre sociabilité dont on parle peu se manifeste aussi durant cette époque: les Pénitents. Phénomène religieux et social complexe, propre au Midi de la France, chez lesquels on retrouve aussi et curieusement des opposants à l'Eglise de Rome, et ce uniquement chez les Pénitents Blancs.
Nous leur avons consacré une étude , que nous dévellopons jour aprés jour ...

" FRATERS MEMENTO MEI " .

Par Max DANIEL - Publié dans : HISTOIRE D'ARLES - Communauté : Franc-Maçonnerie&Spiritualité
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