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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 07:20

 

 

1944, L'EPOQUE DES BOMBARDEMENTS 

 

Le 27 mai 1944, les arlésiens ont les yeux levés vers le ciel, pour "admirer" les vagues de bombardiers qui vont pilonner Nîmes et Courbessac; la ville d'Arles n'est pas encore concernée par ces tristes épisodes...

Personne ne semble prendre au sérieux la sirène qui depuis le 1er janvier hurle régulièrement (3 à 4 fois par mois) ses messages d'alertes... Pourtant les bombardements de Nîmes et de sa région feront quelques 230 victimes...

Dans les Alpilles, les soldats du Reich organisent des raffles, tout particulièrement ce 9 juin 1944, à Saint Rémy de Provence (quartier de la Galine), qui voit sur dénonciation, l'arrestation du réseau THIOT en général et de Delfo NOVI en particulier, résistant arlésien de la première heure, rattaché au MUR.

Delfo NOVI sera torturé et massacré sur place...

 

Le 25 juin 1944 :

Ce jour-là, les arlésiens ne sont plus au spectacle car voilà que commence la lugubre période des bombardements de la ville d'Arles et de sa région. Les objectifs de l'aviation alliée semblent être les ponts sur le Rhône... 

Le chemin des bombardiers est le suivant : venant de l'Ouest, la route de Saint Gilles, le centre de la ville, le quartier de la Cavalerie et la place Lamartine, le chemin de la Fortune.  La première pluie de bombes, fera les victimes suivantes :

- MORCEAU Pauline-Julie, épouse CHEYLAN, 60 ans; 32 rue du docteur Fanton.

- MASSEBOEUF Louis, 42 ans; 32 rue du docteur Fanton.

- LLORENS Estrich, 26 ans, travailleur étranger; rue de la Cavalerie.

- NOUYEN VAN TUN, tirailleur à la 1ère Compagnie Tonkinoise.

- GARIN Marius-Joseph, célibataire, 29 ans; chemin de la Fortune.

- AYME Solange-Marie, 17 ans; chemin de la Fortune.

- BENDINELLI Léandre, 32 ans; rue de la Cavalerie.

- BONIFAY Marius-Etienne, 58 ans, époux AMOURIC; 32 rue d'Alembert.

- BUONOCORE Jean, époux ALLIER, 33 ans, rue de la cavalerie.

- BOULARAND Fernand-Louis, célibataire, 22 ans, 15 rue de la Cavalerie.

- COLLOMB Marie-Joséphine-Julienne, épouse JUTHIER, 30 ans, impasse Grignard.

- FONTANIE Marie-Julie, épouse GRILL, 69 ans, rue d'Alembert.

- LABBEYE Roger-Henri, 22 ans, célibataire; Jeune des Chantiers.

- PIAROU Léon-André, 6 ans, rue Giraud.

- PRAT Thérèse-Andrée, célibataire, 28 ans, Place Lamartine.

- TRINQUIER Léopold Emile, époux SCHULLER, 56 ans, rue Giraud.

- SCHULLER Victorine Marie, épouse TRINQUIER, 47 ans, rue Giraud.

- BERNARD Alfred-Marius, 42 ans, rue d'Alembert.

-

Sur la route de Saint Gilles, une mère et ses enfants :

- CENCI Marie-Louise, épouse DOURGIAN, 31 ans.

- DOURGIAN Elise, 8 ans.

- DOURGIAN Gilbert, 6 ans.

- DOURGIAN Jean, 2 ans.

 

Dans la nuit du 08 juillet 1944, le groupe du sergent KOPKA sabote partiellement  les cables de souténement du pont de Trinquetaille. Manquant d'explosifs brisants, la mission n'est pas menée à son terme.

 

Le 17 juillet seconde phase de bombardements, qui font les victimes suivantes :

- RAYMOND Marie-Thérèse-Gabrielle, épouse DI CHRISTOFANO, 29 ans; domiciliée au passage à niveau n° 459, de Villevieille.

-

 

Le 24 juillet 1944, les avions Alliés font sauter le hameau de la Dynamite à Saint Martin de Crau; officiellement on a dénombré 6 victimes :

- KUNOUDJOGLOU Stravos.

- MORBELLI Carlo.

- N'GUYEN  VAN TROUG.

- REYNAUD Fortuné.

- MATTEOLI Roland.

- DELMONTE Angelo, 43 ans. 

 

Un service de secours aux blessés est mis sur pieds : il est confié à la Croix Rouge, sous l'autorité de la Mairie et de la Défense Passive. Le siège de la Croix Rouge, sous l'autorité d'un certain monsieur d'Oléon, est successivement installé au Lycée Mistral, puis au Musée Lapidaire et sur la Place de la République. 

A chaque alerte chacun rejoignait son poste d'affectation. Ce service était assuré de la façon suivante :

- 5 Infirmières.

- 4 Brancardiers.

Pour les équipes fixes, situées dans les abris du Forum, aux Arènes ou à Trinquetaille (2 infirmières et 2 Brancardiers), à l'Ecole PASQUET (1 infirmière) ce Service de Santé avait pour mission d'assurer les soins dans les abris (piqûres, pansements, soins aux vieillards, aux enfants en bas âge, rondes de nuit, évacuation des blessés de l'hôpital vers les abris ...).

Le travail des équipes dites volantes (1 infirmière et 14 Brancardiers, renforcés plus ou moins par quelques secouristes) consistait alors dans le soin d'urgence aux blessés, la récupération des personnes décédées (identification, mise en bière, confection de chapelles ardentes et parfois même les obsèques)...

Les moyens mis à la disposition des secours,  étaient rudimentaires et entièrement fournis par la Croix Rouge, si ce n'est  50 biberons et 20 layettes reçus par ci par là...

 

Un petit mot sur la Défense Passive, environ 180 personnes, toutes réquisitionnées, sous le commandement de trois hommes (monsieur Heilmann, le capitaine Peytavin, le colonel de Suffren) qui se trouvait à l'Hôtel de Ville.

La Défense Passive comprenait sur Arles, 10 secteurs confiés chacun à un chef de secteur; la Défense Passive était divisée en 3 services:

- La Croix Rouge, dirigée par Mr d'Oléon.

 

Cause oblige, le Comité Local de Secours est alors en pleine action... Les deux restaurants du Secours, fournissent chaque jour entre 300 et 400 repas, soit au siège de la rue Giraud, soit sur les chantiers de déblaiement pour faciliter la tâche des équipes de sauvetages.

 

Pendant la période des bombardements, les arlésiens se terrent dans les abris, que bon nombre d'habitants ne quittent pratiquement plus. Pendant 10 jours, le Comité Local de Secours, là aussi est en pleine action : les cuisines roulantes de la rue Giraud sont alors déplacées, deux au Forum et une aux Arénes, pour servir plus de 10 000 repas par jour (des rations de pâtes alimentaires), en comprenant la distribution du centre de Trinquetaille !

 

L'action du Comité sera prépondérante dans le cadre du relogement des sinistrés. Les logements provisoires sont installés dans les asiles de Saint Cézaire, des Dames de Saint Charles et au Pensionnat Bissière.

- Le Sanitaire, par le docteur Picard.

- Le Service de déblaiement: confié à l'entreprise de Travaux Publics Godillon du nom de son dirigeant.

Les 10 secteurs de la ville et leurs chefs, étaient les suivants:

- ROQUETTE : Mr CLAVEL.

- HÔTEL DE VILLE : Mr COQUET.

- ARENES : Mr ESPARDEILHA.

- CAVALERIE : Mr DIDIER.

- Cités PLM : Mr COSTE.

- ROUTE DE TARASCON : Mr GIANETTI.

- MOULEYRES : Mr BIOULES.

- FAUBOURG SUD : Le Capitaine PEYTAVIN.

- BARRIOL-SEMESTRES : Mr JOUVE.

- TRINQUETAILLE : Mr JOUBERT.

 

Le service médical se composait de 5 postes de Secours, équipés chacun de médicaments, tables d'intervention, brancards, etc... :

- Hôpital : Dr GUILLAUMET.

- Collège MISTRAL : Mr DAUPHIN.

- Trinquetaille : Dr DRUARD.

- Arènes : Mr REMUSAT.

- Entrée des Cryptoportiques (côté Hôtel de Ville) : Dr PICARD.

3 ambulances étaient en activité permanente, et 8 camionnettes étaient réquisitionnées en cas de surcharge de travail.

 

A la fin des hostilités, la Défense Passive comptera dans ses rangs un mort (Mr BOULARAND, tué à son poste  le 25 juin 1944) et trois blessés (MM. GENEZ, HONORAT, BLANC). Au final, le bilan fait ressortir que 25% de la ville a été sinistrée, que 420 immeubles ont été détruits, que 736 immeubles sont inhabitables et que 1120 sont endommagés !

 

Dés le 6 août 1944, l'aviation alliée pilonne les points stratégiques d'Arles et de sa région : attaques sur Avignon, les ponts du Rhône, Arles, Orange. A 10h03, l'aviation, arrivant semble-t-il d'une base installée au MAROC, bombarde le pont dit de Lunel.

 

Le 13 août c'est le dépôt de munition de Fontvieille qui saute. Surla même vague de bombardements, le terrain des Chanoines est mitraillé ainsi que le mas de la Chapelette, où Antoinette GARINO, veuve BARBARIN trouvera la mort.

 

Le 14 août deux pilotes américains sont abattus par la DCA allemande, au dessus du terrain d'aviation des Chanoines, au sud-est d'Arles.

Le 15 août les bombardiers sévicent au dessus de Trinquetaille; le bilan premier est de 10 morts, dont les corps seront réunis à l'hôtel Jules César transformé en chapelle ardente...  

 

A ARLES, les bombardements font souffrir la ville, ses monuments historiques et surtout ses habitants :

 

 

quartier-cavalerie-001.jpg

001

  La place de la Major

002

  Le portail principal des Arènes

 003

  La place Lamartine

 

 

Le samedi 19 août 1944,  à 4 heures du matin, c'est le mitraillage du camp de SALIERS, du ponton allemand sur le Rhône (à la hauteur de Barriol), de Tarascon et de la plaine de Beaucaire; plus tard vers 19 heures ce sera le tour de la gare des BDR et d'un convoi de wagons de ravitaillement.. Toute la journée est scandée par les tirs de DCA et les combats aériens.

 

Le dimanche 20 août, les tirs de DCA continuent à l'ouest et au sud de la ville; ce jour là, auront lieu les obsèques des 10 premières victimes de Trinquetaille. Dans la nuit de dimanche à lundi, vers une heure du matin, une fusée éclairante illumine l'ensemble de la plaine de Beaucaire, certainement parce que les forces allemandes stationnées dans les alentours du littoral gardois, se replient vers la vallée du Rhône ...

 

L'armée allemande redoute l'insurrection de la population : dans la journée du lundi 21, elle fait détruire toutes les armes de chasse réquisitionnées dans la région, et qui étaient entassées à l'abbaye de Montmajour.

Les occupants déjà en position de repli, commencent le travail de sabotage des ponts :

- C'est le pont tournant du chemin de fer de la ligne Arles - Port Saint Louis, sur le canal d'Arles à Bouc, qui va sauter en premier... D'un autre côté, l'aviation alliée mitraille le bac allemand du portail des Chataignes, vers midi c'est au tour de l'allée des Alyscamps... Aucun dégat n'est à déplorer... Dans la soirée, deux bombes tombent dans les environs des Ateliers SNCF, une des deux bombes n'éclatera pas...

Dans la journée, la Défense Passive affiche aux Arènes, la liste des 21 personnes décédées le 15 août, lors du bombardement de Trinquetaille. 

 

 


 

LES COMBATS POUR  LA LIBERATION DE LA VILLE

 

L'état d'esprit de l'Etat Major allemand est le suivant : 

 

Le général allemand Wiese (commandant des forces allemandes sur le littoral provençal) est inquiet. Il a la conviction que le débarquement aura lieu soit dans le delta du Rhône, (comme le présageait Pierre BERRURIER) soit dans le large golfe de Fréjus.

Le 3 août, l'OKW l'informe de l'imminence d'une opération aéronavale alliée d'importance. Le commandement de la 19e Armée allemande réagit en modifiant son dispositif dans la mesure de ses moyens.

Des unités allemandes renforcent les bataillons de l'Ostlegion de Hyères à Saint-Raphaël; l'Ostlégion était déjà trés présente dans le Languedoc-Roussillon, ainsi que dans le Delta du Rhône. Un régiment d'infanterie de la 148e D.I. est retiré de la frontière niçoise et placé en réserve d'intervention au Muy. Dans la vallée de l'Argens, axe routier de pénétration rapide vers l'ouest et la vallée du Rhône, un bataillon antichars est mis en place.

La violence des bombardements aériens entre le 11 et le 13 août et la présence de convois dans les ports d'A.F.N. et de Corse confirment le général Wiese dans son estimation de la situation : l'action alliée en préparation est imminente.
La date lui est fournie par les services secrets. Ce sera le 15 août. Le général Wiese dirigera la bataille de son PC, au Château de Bontar, près de Pignans dans le Var. Hitler donne l'ordre de défendre le littoral coûte que coûte. Tout le dispositif est mis en alerte.
Dès lors, les événements vont très vite : bombardements massifs par les Alliés, largage de mannequins dissuasifs à la Ciotat, convois maritimes faisant route vers la France... Et une nuit, les premiers parachutages au sud de Draguignan.

Le commandant des forces allemandes  est sans illusion. Ses moyens sont trop faibles pour contenir une puissante attaque aéronavale. Il n'a aucune unité de manoeuvre et de contre-attaque. La 11e division blindée qui lui est concédée avec retard par Hitler, ne peut pas franchir le Rhône faute de chalands de transbordement.
Les moyens de la Kriegsmarine et de la Luftwaffe sont dérisoires face au potentiel matériel des attaquants. Les dés sont jetés. La Wehrmacht fera de son mieux !...

Dans le Pays d'Arles, pour intervenir, la Résistance locale ne semble pas avoir reçue d'ordres spécifiques d'un quelconque Etat - Major. Toutes les décisions  concernant les combats, semblent avoir été prises par les dirigeants locaux... 

 

Les forces en présence sont les suivantes:

 

Du côté Allemands :

D'abord, une première constatation: il semble que le gros de ces forces essentiellement positionées à l'Est de la cité, soient déjà en position de repli en direction de la vallée du Rhône.

En effet, dans son rapport, CHAVOUTIER ne parle pas de la Camargue, de Port Saint Louis, de Fourques, de la Crau où, l'année précédente étaient massées d'importantes troupes.

De toute évidence il ne reste sur place que les allemands occupant la ville d'Arles ou assurant la défense rapprochée du PC d'état-major, de sa station-radio situé à BARBEGAL et au mas de Bel-Air, de Montmajour (lieu où sont stockées toutes les armes de chasse réquisitionnées dans la région) :

- Entre MONTMAJOUR et BARBEGAL les renseignements témoignent de la présence d'un bataillon.

- Au mas LACROIX, une compagnie anti-chars.

- Une compagnie dans la ville d'Arles.

 

 Du côté des Résistants Arlésiens :
A l'heure des tous premiers combats, CHAVOUTIER dénombre quelques 400 inscrits équipés d'un armement misérable : un seul fusil mitrailleur, 17 mitraillettes et une caisse de grenades... et c'est tout !...

D'où viennent ces armes ? Certainement pas des Instances de la Résistance nationale (dirigée par les Gaullistes) qui jusqu'à présent semble avoir ignoré les Résistants arlésiens (à majorité communistes) ...

C'est probablement le lieutenant MISON de Mas-Thibert qui le 23 août 1944 emmène sur Arles, ces quelques armes militaires dérobées  aux allemands qui occupaient  Port Saint Louis... On sait qu'il était accompagné d'Henri MAURIC dit Ramon, de Pierre POULY, et de MACCAREGNO son garde du corps... 

 

Le schéma des Forces militaires de Résistance sur la ville sera le suivant :

 

Commandant : Lieutenant CHAVOUTIER à la tête de deux compagnies : 

 

Première Compagnie:

- Le Lieutenant AGOSTINI.

- Le Sous-lieutenant Jean PHALIPPON , et son groupe. PHALIPPON est entré dans la Résistance en 1943 auprés de CHAVOUTIER où il fut en charge du Renseignement. A la Libération, il deviend le Président du Comité d'épuration.

- Le Sous-lieutenant AUDEMA, qui nous apporte son témoignage. 

- Le Sergent-chef Paul AUGIER, dit Poirier; ancien du 27ème Bataillon de Tirailleurs Algériens d'Arles. Il avait rejoint dés septembre 1942, le réseau NANA. Il restera dans l'Armée Active et deviendra sous-lieutenant. 

- Le Lieutenant FERRAND

- Le Groupe Eugène CORNILLE.

 

Seconde Compagnie:

- Le Lieutenant MISON

- Le Lieutenant DUCOMUS

- Le Sergent STEMBROCK

- Le Sergent KOPKA et son groupe. 

- Le Groupe GRIGNARD

- Le Groupe DI ROSA

 

Nous avons vu que depuis le lundi 21 août au soir, les allemands font sauter quelques ponts des alentours d'Arles, dont le pont de la route de Crau. Ce même jour, le détachement des Commandos de France (SFU4) reçoit l'ordre du Général de LATTRE DE TASSIGNY d'effectuer des reconnaissances en vue d'être renseigné sur les possibilités de franchissement du Rhône entre Arles et Tarascon.

 

Le lendemain matin à 10h00, l'Etat-major des FFI se réunit sous la présidence de Pierre POULY (chef de l'arrondissement d'Arles) et décide de la stratégie à adopter :

- 1ère phase : Occuper l'usine électrique de Pont de Crau, pour éviter sa destruction.

- 2ème phase : Attaquer hors d'Arles les petits groupes allemands isolés, dans le but de s'emparer de leurs armes et de leurs munitions...

 

La Résistance arlésienne entre alors en action :

Les combats des 22,23,24 août 1944, opposant la Résistance arlésienne aux forces d'occuption, auront pour objectifs essentiels :

-  De faciliter la remontée vers le Nord, de l'Armée de de LATTRE DE TASSIGNY  lequel  avait débarqué en Provence le 16 août,  via Toulon et Marseille.

-  De sauver, suite aux sabotages ennemis, tout ce qui peut être important dans le futur, sans pour autant mettre la population en danger des représailles...

  

Le général AUDEMA (alors sous-lieutenant de réserve) témoigne:

  

" Ma journée du mardi 22 Août commence par une prise de contact avec Augier. Tout semble paré du côté du Sud-Electrique, qui distribue le courant à toute la ville, à Pont de Crau. Les passages sur la RN 113 sont devenus rares. Augier me raccompagne jusqu'au boulevard Victor Hugo.

Il doit être 11h quand nous arrivons devant chez Peyrade. De là nous apercevons une animation exceptionnelle à la caserne Calvin. Tous deux, nous poussons une pointe dans cette direction. Des militaires allemands sont en train de prendre position sur le trottoir, derrière le tronc des arbres, en avant de la caserne. Augier, qui parle un peu l'allemand, leur demande, comme si de rien n'était, ce qui se passe.

Un sous-officier répond sèchement, en prononçant plusieurs fois le mot “terrorist”. Il ajoute, en dirigeant son arme dans notre direction, que si nous ne voulions pas avoir d'ennui nous ferions bien de disparaître.

Nous continuons donc sur les Lices, avec un air aussi décontracté que possible. Arrivés à la hauteur du kiosque à musique, nous apercevons une patrouille allemande. Nous obliquons dans la rue du Wauxhall, avec l'intention d'aller au plan de la Cour, soit chez Blanc le pharmacien, soit chez Picard (il doit s'agir du Dr PICARD de la Défense Passive, NDLR). Derrière la mairie nous accélérons le pas. La pharmacie est fermée. Nous nous engageons sur la place du Forum, vide de population, pour contacter Ogier dans son hôtel. Des soldats allemands, débouchant à l'autre extrémité de la place, crient des ordres dans leur langue, qui paraissent des sommations. Tandis que nous nous précipitons, au pas de course, vers le "Nord-Pinus", nous entendons des bruits de culasses qu'on manoeuvre derrière nous. Deux grenades à manche éclatent sur nos talons. Nous pénétrons dans l'hôtel et descendons dans le cryptoportique.

C'était la première fois que je pénétrais dans cet impressionnant souterrain qui servait d'abri anti-aérien. Dans la pénombre je découvre une véritable cour des miracles. Des hommes, des femmes, des enfants, s’y entassent. Des gens, roulés dans des couvertures, sont couchés à même le sol. Des enfants crient, d’autres, pleurent. Tout le monde a l'air hagard et inquiet. Notre arrivée au pas de course ne trouble personne. Nous enjambons des personnes couchées, nous en bousculons d'autres, avec le sentiment désagréable d'être poursuivis. Nous suivons le couloir sombre jusqu'à la sortie suivante qui débouche dans le grand hall de la mairie, où des arlésiens, surpris dans le centre ville, se sont engouffrés. Tandis que certains regardent craintivement par les ouvertures Nord et Sud, d’autres, coiffés du casque militaire français et portant l'insigne de la “défense passive”, nous déconseillent fortement de sortir, à cause des patrouilles allemandes. Cela ne nous empêche pas de

nous exfiltrer, Augier du côté de la place qui s'appelle encore "place Maréchal Pétain", moi par le plan de la Cour pour enfiler, à vive allure, la rue Balze. A travers des rues complètement désertes, je parviens au domicile de Mr Desjean, proche de la place Antonelle. Ce beau-frère du propriétaire de Cabassole, vieux radical-socialiste, anti-militariste, mais patriote cocardier, m’avait promis une arme pour le jour où j'en aurai besoin.

Je sonne. Il m'ouvre. Sans rien dire, il monte dans sa chambre et en redescend avec un revolver à barillet et une boite de cartouches. « Et maintenant, sois prudent! », me dit le vétéran de 14-18 en me tendant l'arme d'un geste solennel.

 

Toujours en ce 22 août vers 13 heures le commandant  CHAVOUTIER et le lieutenant AGOSTINI occupent comme prévu l'usine de Pont de Crau; la troupe semble composée de 24 hommes militarisés, grossie par des employés de l'usine et des habitants du quartier. 12 hommes armés de mitraillettes et placés sous la direction de CORNILLE sont envoyés au pont des Moines (à la sortie d'Arles, sur la route de Montmajour) avec pour mission d'occuper le pont et d'empêcher les communications allemandes en périphérie d'Arles.CORNILLE va jouer un rôle des plus prépondérants dans la Libération de la Cité et on a si peu parlé de lui : contre-maître de l'entreprise CHAVOUTIER.

CHAVOUTIER reste à Pont de Crau, où il a rassemblé  60 combattants équipés de quelques grenades qu'il a récupéré sur RAPHELE.

A 15 heures, les combats commencent à ARLES, contre la volonté de CHAVOUTIER qui craignait des mesures de rétorsion contre la population; il demande alors au groupe CORNILLE en position au pont des Moines de se replier sur ARLES et d'aller aux combats.

CHAVOUTIER lui-même essaye de se rabattre sur la ville, laissant Pont de Crau sous les ordres du lieutenant AGOSTINI; son groupe est équipé d'un fusil mitrailleur, de 5 mitraillettes et de 5 porteurs de grenades; mais les allemands ont envoyé des hommes vers Pont de Crau et lui font barrage en sortie d'Arles sur la route de Crau, à la hauteur du canal de Crapone et du garage MATTEI.

Les hommes suivants trouvent la mort dans les premiers combats: 

- PRUDHON Fleury, né à TENAY (ain).

 

Dans la matinée du 23 août, les premiers éléments des Forces de débarquement arrivent sur ARLES, avec la 3ème Division d'Infanterie Américaine (3ème DIUS).

L'intensité des combats augmente, AUDEMA nous en parle ainsi :

" Très tôt, ce matin du 23, je rejoins la place de la République. Sur les pattes d'épaule de ma chemise kaki, j’ai passé des galons de s/lieutenant, car je n'ai pas de galons de lieutenant sous la main. J'ajoute à ma tenue para-militaire un des brassards tricolores qu'Yvonne, la soeur de Chavoutier, a fait confectionner pendant la nuit dans son atelier de couture, et qui sont distribués généreusement à tous les FFI, devant la mairie.

 

Les combats au nord de la ville : 

 

Dans ce secteur de la cité, l'organisation et la progression de la Résistance arlésienne est assurée par le lieutenant AUDEMA, qui témoigne :

" Pendant que je discute avec des groupes de résistants, plus ou moins armés, Chavoutier franchit le porche et m'indique que la situation est critique, au nord de la ville. Il m'ordonne de rejoindre la place Lamartine avec le plus de monde possible.

Spontanément tout le monde serre les rangs et s'offre à me suivre. Il y a là des gens de tous les âges. Un groupe de jeunes organisés autour d'un noyau de Jocistes. Une troupe importante d'adultes espagnols, armés des Mausers récupérés la veille, qui, sous 1' autorité dun chef dénommé Antonio, se qualifie de brigade internationale. Je regroupe les isolés et je prends la tête de tout ce monde, en direction de la porte de la Cavalerie, par les ruelles qui longent le Rhône. Chemin faisant, je croise Tinarage qui m'interpelle et me demande, en ma qualité d'officier d'active, d’intervenir du côté des remparts. Au niveau des thermes de Constantin des coups de feu éclatent. Chacun se serre contre les murs et s'abrite dans les embrasures des portes. Des civils affolés accusent des collaborateurs sur les toits. Les balles sifflent. Je pense plutôt à des tirs lointains venant du nord. Je scinde la colonne en trois éléments auxquels je donne rendez-vous sur les remparts. La brigade internationale progressera à gauche le long des quais; les jeunes, à droite, par la place Voltaire. Avec le reste, nous essayerons de nous infiltrer par le centre, à travers les ruines. Nous arrivons sensiblement en même temps, sans nouvel incident.

Le quartier de la place Lamartine a beaucoup souffert des bombardements. Les remparts et les immeubles voisins sont en partie éboulés. La place elle-même, déjà creusée de tranchées pour la défense passive, est parsemée de trous de bombes, encombrée de débris, de pierres et de ferraille. Quelques FFI, alignés derrière les restes du vieux mur, font feu avec leurs armes en direction des bâtiments détruits, de l'autre côté de la place. Fusils, mitraillettes STEN et mêmes revolvers font une pétarade formidable, mais sans grande efficacité. D'ailleurs, y a t-il vraiment un adversaire en face " ?

 

Le 23 août dans l'aprés-midi, le groupe El Baz et Falco des Commandos de France, entre dans Arles et prend contact avec CHAVOUTIER.

 

  

Le mieux n'est-il pas d'aller voir sur place? Au préalable, je garnis les vides avec les jeunes Jocistes. Je demande à Antonio de se mettre en position en bordure du Rhône. Je réussis à faire cesser le feu, avant de me porter en avant, en vue d'occuper la ligne de chemin de fer, plus au nord, avec un petit groupe armé. Je précise aux occupants du rempart de n'ouvrir le feu que pour nous appuyer si l'adversaire se manifestait.

Conscient, pour la première fois, de commander une troupe organisée, je passe la porte de la Cavalerie avec une vingtaine de FFÎ, tous armés. Comme je l'ai appris à St Cyr, j’adopte un dispositif étalé, avec trois éclaireurs devant nous. J'indique la voie ferrée comme objectif final à atteindre. Je commande le premier bond en avant et je donne à tous, tout en marchant, des conseils pour leur protection. Je suis touché de constater la bonne volonté de ces jeunes qui ont leurs regards fixés sur mes faits et gestes et exécutent avec précision tout ce que je leur dis.

Arrivés vers le milieu de la place, nous essuyons quelques coups de feu. J'essaye d'accélérer le mouvement en avant, mais les hommes, surpris sont immobilisés derrière les troncs d'arbre, les blocs de pierre, ou dans les creux du terrain bouleversé. A ce moment les FFI postés derrière les remparts se mettent à tirer, pour nous appuyer certes mais, faute de chef, dans un impressionnant désordre. Les balles claquent par-dessus nos têtes, certaines ricochent dans les branchages, et l'on ne sait plus quels sont les plus dangereux des tirs venant de face ou de ceux qui sont tirés dans notre dos. Réalisant la crispation de ma petite troupe, convaincu de la difficulté et du risque de poursuivre la progression, je décide un repli vers les remparts. Le mouvement s'effectue rapidement et sans dommage.

C'est à ce moment que les choses se gâtent. Les allemands, enhardis par notre repli, progressent dans les ruines sans trop se soucier, semble-t-il, de nos tirs. Il eut fallu au moins une arme automatique pour les impressionner. De notre côté, les munitions se font rares. Certains ayant épuisé leurs cartouches quittent leur poste. On signale des blessés. Le moral donne des signes de fléchissement. Les allemands ont réussi à mettre en batterie une pièce anti-char qui tire dans l'axe de l'Avenue Montmajour. Les obus, heureusement non explosifs, sifflent par dessus la porte de la Cavalerie et vont se ficher dans les ruines derrière nous, du côté de la fontaine Amédée Pichot. Ils ne font pas de victime, mais déclenchent un début de panique. Si les allemands avaient lancé un assaut, à ce moment précis, ils auraient sûrement réussi à prendre pied dans la partie nord de la ville.

Je me porte alors à l'extrémité ouest des remparts, près du Rhône, où se trouvent les espagnols. Ces vétérans de la guerre civile, paisiblement installés, disposant d'abris et d'appuis pour leur arme, observent les gens d'en face qui se profilent à 250 m, du côté du pont du chemin de fer détruit. De temps à autre, l’un d'entre eux lâche un coup de fusil bien ajusté, et les autres  commentent ou se mettent à crier leur satisfaction. L’adversaire ne se risque pas, à découvert, de ce côté là. Je demande à Antonio de faire glisser une partie de ses hommes vers la droite. Ils continuent ainsi leurs tirs sélectifs sur des adversaires qui ont déjà pris l'habitude de se déplacer sans trop de précautions. Le résultat est immédiat. Ceux des nôtres qui se sont éloignés des remparts, y reviennent. Les allemands réalisant, peut-être, qu’ils ont à faire à des combattants plus aguerris n'insistent pas. Il semble, bientôt, qu'il n'y ait plus personne en face de nous. Je m'efforce néanmoins de convaincre tous ceux qui ont une arme de rester en place, et je suis écouté".

 

 

Ce jour là, 7 arlésiens vont périr:

 

- EUZEBY Pierre, 20 ans, né à Arles. Résistant, membre de la JOC et du réseau NANA, décède lors des combats de la place Lamartine. Le lieutenant AUDEMA est témoin de la scène : " Je suis en train de donner un conseil à un tireur qui se découvre beaucoup trop pour ajuster son arme, comme s'il était à la chasse ! Lorsque la nouvelle se répand : Euzéby est touché! Euzéby est mort! Signe du moment, il se trouve au moins vingt volontaires pour évacuer ce jeune Jociste".

-  NATALI Luigi, 36 ans, tué dans les combats de la rue Marius Allard.

- GIRAUD Elie-Ferdinand-Auguste, 65 ans. Originaire de Largentière en Ardèche. 

- BRUN Antoinette, veuve BOUCHET, 83 ans.

- BENSON François-Marius, dit Francis, 28 ans.Il habitait au chemin noir, au mas Sainte Anne; il est pris en otage par les allemands qui se replient... A la hauteur de la route de Tarascon, il essaye de s'échapper; son corps est retrouvé le lendemain dans un fossé, criblé d'éclats de grenades ...   

- LACROIX Paul-Roger, 36 ans; décédé à l'hôpital; il avait été blessé la veille par une balle explosive allemande, devant son domicile au 4 rue Frédéric Chevillon.

- GAUCHERAND Albert (marinier) décède lui aussi à l'Hôtel-Dieu.

 

Le général AUDEMA évoque alors  la soirée du 23 août et fait le bilan : 

" Avec Chavoutier, nous passons la soirée du 23 au 1° étage de la mairie, dans un environnement pittoresque de gens qui vont et viennent. Certains apportent des renseignements vrais, ou partiellement exacts, d'autres donnent leur point de vue sur la situation, d'autres encore

viennent dénoncer des collaborateurs. Le point fort est constitué par l'arrivée du groupe Agostini qui ramène, tard dans la nuit, une troupe de soldats allemands faits prisonniers au-delà du Viguierat. Il s'agit de ceux de la garnison, repliés en direction du Sud-Est, dont nous avons subi le feu près du pont de Lucas. Ils se sont trouvés coincés dans les marécages de Felouques. A cette heure, la situation militaire paraît nette.

 

Je ne sais quelle heure il est, dans cette journée déjà bien avancée, lorsque je commence une tournée le long des remparts, depuis le Rhône jusqu’au Collège Frédéric Mistral. Ce bâtiment est occupé par une "garnison" importante. Pour avoir été onze ans pensionnaire dans l’établissement, j'en connais tous les recoins…sauf la tour. Je découvre donc la valeur de ce point d’observation qui domine, par dessus le viaduc de la voie ferrée, le quartier du chemin de la Fortune où les allemands ont peut-être renoncé à s’infiltrer par suite des tirs fichants provenant de la tour. L'élément le plus important, pour moi, est constitué par une pièce de mortier qui aurait été particulièrement utile au moment le plus délicat des combats de la place Lamartine, mais dont personne n’a su se servir. Tous les occupants de la tour observent maintenant, avec intérêt, la façon dont je sors un obus de la caissette, place le détonateur, glisse l'obus dans le tube. Hélas! rien ne se produit. Je n'arrive pas à déterminer la raison de ce non fonctionnement. Conscient de l'importance de l'arme à tir courbe, pour le cas d’un éventuel retour de l’adversaire, je vais frapper à la porte d'un ancien camarade de collège qui, pour avoir servi comme officier dans la milice, doit en connaître le fonctionnement. Tapis chez ses parents, dans l'inquiétude du sort qui l'attend après ce revirement de situation, il accepte de me suivre, après quelques hésitations. Sur place, il constate qu'il s'agit d'un mortier italien qui comporte, à la différence des mortiers français, un percuteur mobile. Le ressort du système de déclenchement étant déficient, il nous est impossible d'y remédier.

 

Plus aucun combattant de la Wehrmacht dans Arles. Ce qui inquiète maintenant Chavoutier, c’est un possible retour offensif des allemands le lendemain et, encore plus, une action ennemie venant du Sud pour se frayer un passage, à travers la ville, dans la direction du Nord.

 

Le front nord de la ville étant redevenu calme, je décide de me rendre à l'hôtel de ville pour recueillir des renseignements sur l'ensemble de la situation. Peu de monde sur la place, mais beaucoup d'animation dans la mairie où je rencontre un Chavoutier préoccupé. Un peu nerveux, il écoute à peine mon compte-rendu et me renvoie, un peu sèchement, à la place Lamartine.

Les remparts sont maintenant déserts. Les combattants qui les occupaient se sont portés en avant, au niveau de la voie ferrée, pour rejoindre d'autres FFI, du groupe Agostini, qui ont suivi le canal du Viguierat depuis Pont-de-Crau, et viennent de rejoindre l'avenue Montmajour après s'être rabattus vers l'ouest. Je m'avance donc vers l'avenue Montmajour. Immédiatement après les deux ponts du chemin de fer, je tombe sur un vaste mouvement de foule, porteurs de brassard, curieux et enfants mêlés.

Ces derniers racontent ce qu'ils ont vu des mouvements de troupe allemands qui se sont repliés vers le nord. Mais des personnes à bicyclettes colportent des bruits d'un regroupement, au niveau du pont des moines, de militaires, de véhicules et même de "blindés" venant peut-être de Fontvieille ou de Tarascon. On évoque aussitôt un possible retour en force d'une colonne ennemie. Chacun donne son point de vue sur les mesures à prendre. "Il faudrait dresser une barricade, en avant du pont!" - "Pourquoi pas ?".

Des jeunes récupèrent des scies, des haches, et se mettent à abattre quatre des gros platanes bordant l'avenue. On y mêle des branchages, quelques blocs de pierre, deux carcasses de voiture. J'explique qu'un barrage n'a d'efficacité que s'il est battu par le feu. Sans trop de conviction, quelques hommes armés sont en train d'escalader le remblai de la voie ferrée qui domine le barrage, au dessus du pont, lorsque je suis convoqué par Chavoutier.

 

 

" Je retrouve à la mairie un chef plus serein. Il a reçu des renseignements qui confirment l'apparition d'avant-gardes alliées dans la région de Salon. Un contact aurait même été établi par l’intermédiaire de la gendarmerie. Un retour offensif paraît maintenant improbable. II importe, tout de même, d'assurer, cette nuit, la garde des points sensibles de la ville. Après ces 48h d'intense émotion et de tension, beaucoup de combattants se sont démobilisés, mais les axes principaux sont surveillés" .

 

Mais à ces préoccupations militaires s'ajoutent, tard dans la soirée, des préoccupations d'ordre politique:

 

" Pour Chavoutier, le maire vichyste Mr Dulac, ayant cédé courtoisement la place, la fonction doit être assurée provisoirement par Pierre Pouly, en attendant l'arrivée des troupes alliées.

Mais Tinarage, un chef FTP, ancien pompier municipal, qui ne cache pas son obédience communiste, presse le mouvement. S'appuyant sur de prétendues “directives” d'Alger, il veut déjà légiférer, prendre des mesures pour le ravitaillement, réquisitionner les biens nécessaires, s’occuper du sort des collaborateurs. Chavoutier réussit, non sans peine, à renvoyer ces problèmes au lendemain, en indiquant que la sauvegarde de la ville est primordiale. Tinarage lui fait néanmoins admettre que Agostini, qui vient de remporter un succès spectaculaire, soit nommé sur le champ capitaine.

Pour conserver un équilibre, il me demande, à moi s/lieutenant d'active, de porter deux galons de lieutenant.

 

Tard dans la nuit, il m'invite à aller prendre un peu de repos car il a beaucoup d'appréhension pour la journée du lendemain, déjà entamée d'ailleurs. Comme je n'ai pas pris la moindre nourriture depuis le 22 matin, je rejoins le 3 ter Bd Victor Hugo, où je trouve le couvert, le gîte, et un auditoire".

Au début de la nuit, on entend des détonations dans la direction de Fontvieille, qui proviennent, peut-être, de la destruction par les allemands du dépôt de munitions de la "Marine", dans les carrières de ce village. De chez Peyrade, où je suis en train de dîner, nous entendons le "flou-flou-flou" caractéristique des obus tirés d'assez loin, sans pouvoir en déterminer la trajectoire. J'apprendrai, le lendemain, que certains sont tombés dans les quartiers sud-est de la ville. Plus tard, on constatera que l'un d'entre eux a atteint le clocher de la Major.

Dans la nuit, une liaison envoyée par Chavoutier réussit à prendre contact avec les avant-gardes alliées. Bien qu'informées de la libération d'Arles, les troupes ont pour ordre de ne pas dépasser la ville de Salon. Après de longues palabres, l'officier qui commande le détachement accepte de se dessaisir de deux mitrailleuses US et des munitions correspondantes.

De bon matin, en sortant du 3 ter Bd Victor Hugo, je tombe sur Chavoutier qui met en place, lui-même, une de ces deux armes automatiques, en bordure du boulevard, pour battre le pont des flâneurs. Il continue à penser que la menace principale est celle d'un détachement en retraite qui chercherait à forcer un passage à travers Arles, dans la direction sud-nord.

 

Le jour de la fin officielle  des combats, le 24 août, Emile BARRERE trouve la mort, suite à une fusillade, avenue Stalingrad, devant l'actuel bar "Le Fontenoy", tout comme EYGLUMENT Gustave domicilié au mas des Chalots en camargue.

 

L'hôtel Jules César est déjà envahi d'une foule pittoresque portant brassard tricolore, bottes, armes diverses. L'emplacement et le prestige de cet établissement le désignent naturellement pour être le carrefour d’une résistance aux multiples facettes. La présence de Pouly, à la mairie est signalée. Il y a là aussi beaucoup de monde, des gens qu'on n'avait pas beaucoup vu pendant les événements, mais qui se disent tous investis de mandats divers. Pendant que, dans la précipitation, se prépare une prise d'Armes pour célébrer la libération de la ville, un certain nombre de manifestations se produisent à l'initiative des uns et des autres. La sonnerie du beffroi, vers 10h est suivie du pavoisement de la mairie. Presque en même temps, la plaque de la place "Maréchal Pétain" est remplacée par l'ancienne plaque "place de la République", sortie je ne sais d'où. Certains ont remarqué qu'à l'avers de cette plaque est inscrit "place Royale", ce qui prouve que nos anciens étaient économes, ou qu'ils n'écartaient pas une possibilité de Restauration.

Avec quelques difficultés, un dispositif se dessine, visant à former un fer à cheval autour de l'obélisque. Des groupes de diverses obédiences, avec le seul brassard FFI comme uniforme, s'efforcent de s'aligner. Les combattants portent des armes variées, issues de la résistance, récupérées sur les allemands faits prisonniers, ou même de dérisoires pistolets tirés d'un tiroir familial. Au centre du dispositif, en guise de trophées, et rappelant peut-être notre lointaine filiation romaine, un entassement de matériels de guerre récupérés çà et là ou abandonnés par 1'ennemi : affûts de canon, mortiers détériorés, équipements, carcasses de véhicules militaires.

Le déroulement de la cérémonie a failli être compromis par l'arrivée impromptue de deux jeeps US, débouchant de la rue du Wauxhall. Pensez! pour la première fois! deux véhicules tous terrains, capote et pare-brise baissés, portant mitrailleuse sur affût, occupés chacun de quatre vrais militaires, en uniforme, armés, équipés, casqués, qui se frayent un passage au milieu de la foule massée tout autour de la grande place.

Un instant interloqués, les spectateurs réalisent. Une forte clameur s'élève. Une ruée gigantesque se presse dans l'enthousiasme, qui tourne à l'hystérie. Les occupants américains sont acclamés, bousculés, embrassés, arrachés à leur véhicule. Un début de flottement parcourt les rangs des FFI délaissés. La situation est redressée, si l'on peut dire, par le passage à basse altitude de deux avions portant cocarde tricolore qui lâchent quelques rafales de mitrailleuse dans les airs, en guise de salut amical. Les réflexes acquis jouant, un frisson traverse la foule, chacun se courbant et semblant chercher un abri. Les occupants des jeeps regardent en l'air, puis partent d'un éclat de rire qui rassure tout le monde et arrête le début de panique.

FFI.jpg

Dans la nuit du 24 au 25, les blindés du 1er escadron du 2ème RSAR (régiment de Spahis Algériens de reconnaissance), arrivant de Maussane (où ils étaient bloqués par manque de carburant) entrent dans Arles ; le 3ème escadron entre quant à lui dans Tarascon. 

 

  

Le 29 août, le groupement de blindés "SIMON" (composé des 1er et 2éme Escadrons du 8éme Régiment de Chasseurs d'Afrique, le 1er Escadron du Régiment de Fusillers Marins, une Compagnie de Sénégalais et une Section du Génie) placé sous les ordres du lieutenant-colonel SIMON, passe le Rhône à ARLES. Il se dirige ensuite vers LUNEL, MONTPELLIER, BEZIERS. 
De LATTRE DE TASSIGNY   passera à ARLES le lendemain, 30 août 1944, défilera dans Montpellier le 1er septembre, puis remontera la vallée du Rhône vers AVIGNON..

 

Le 16 septembre 1944, 5 nouvelles victimes sont à déplorer, à savoir :

- BENOIT André des FTPF, meurt à l'hôpital suite à une blessure par balle reçue le 23 août lors d'un combat sur l'avenue Stalingrad. 

- HERMITTE Emma-Marie-Alberte, épouse CALAIS, 36 ans; 4 rue Molière. Sa profession : "Caballera en plaza".

- IGLESIAS Ricardo, 26 ans, qui décède à l'hôpital; Matador.

- FERRO Ernest-Clair, 21 ans; domicilié au bar des Arènes.

- MICHEL Josette, 23 ans; professeur de Gymnastique au collège d'Arles.

 

Pour les militants du Secours Local, les choses ne sont pas terminées pour autant... Le Plat National se chargea surtout de nourrir, aprés la Libération :

- Les prisonniers politiques : un témoin de l'époque, affecté comme FFI à la caserne Calvin, m'assurait qu'il y avait au moins 200 arlésiens d'enfermés, soupsonnés entre autres d'intelligence avec l'occupant...

- Les prisonniers allemands et italiens.

- Des victimes du bombardement du 15 août.

Le total des rations quotidiennes servies jusqu'en octobre 1944, est éloquent: 2 000 ! Aprés octobre 44, c'est encore 1300 repas quotidiens que le Secours doit assurer !

A la mi-octobre de 1944, certes la guerre était passée, mais la désorganisation persistait ; à tel point que des groupes de femmes manifestèrent à plusieurs reprises leur mécontentement, devant la Mairie, la Sous-Préfecture et l'hôtel Jules César... Comme cette journée du jeudi 12 octobre 1944 où le sous-préfet partit pour Marseille accompagné de deux arlésiennes, pour présenter les doléances de ses administrées...

 

 

NOS REGRETS

 

De nos jours en 2010, on ne peut que regretter certaines attitudes des élus locaux qui ont bien vite oubliés cette périodes meurtrie de notre Histoire...

Le musée de la Résistance et de la Déportation, peine à trouver ses marques, et c'est le moins qu'on puisse en dire... 

De même pour les principaux lieux de Résistance qui ne sont même pas signalés au public et que dire de ce nombre de Résistants  morts pour la Libération de la ville complètement tombés dans l'oubli...

Coup de chapeau pourtant à la municipalité de Jacques PERROT qui a honoré l'incroyable travail des résistants Italiens de la MOI en baptisant dans les années 70, de nombreuses rues, de l'alors tout récent quartier de Barriol de noms évocateurs comme Delfo NOVI, Calcinaïa, Cascina, Pise...etc... Cités dont étaient originaires ces combattants italiens... De même à Trinquetaille, avec Vasco CORSI...  

 


Voici la liste ( peut-être non exhaustive) des 21 victimes des bombardements de la zone Trinquetaille ce  15 août 1944 :

- SIMON Félicie - Julie, veuve BLANC, 45 ans; quartier Saint Genest.

- BERGERE Elisa, épouse BERTRAND, 30 ans; rue Sauze.

- PRIOTTO Marius - Mathieu, époux DOURGUIN, 38 ans; route des Saintes.

- GOMEZ José, époux GOMEZ, 63 ans; rue de Fourques.

- GOMEZ Pierre, 16 ans; rue de Fourques.

- GOMEZ Emilia, 19 ans; rue de Fourques.

- PARLANTI Laurent, époux MONTMARE, 37 ans; Rampe du Pont.

- PARIS Henri, 25 ans; 37 rue Jean Granaud.

- VIRAT Léon, 57 ans; 11 rue Anibert.

- FARRET Antoinette, 78 ans; église de Trinquetaille.

- BELLAGAMBA Giovanni, 59 ans; de Saint Rémy de Provence.

- VASSY Marcel - Joseph, 17 ans; rue Ancien-moulin-à-tabac.

- LAURANS Marie-Eugénie épouse CALLOT, 57 ans; quai Saint Pierre.

- BIOT Esther, 38 ans; rue de Fourques.

- MARZOTTO Simone-Madeleine, 8 ans; rue de Fourques.

- PERSENT Huguette, 17 ans; rue de Fourques.

- PERSENT Viviane, 11 ans; rue de Fourques.

- TILLOIS Françoise-Paulette; rue de Fourques.

- PAQUET Etienne, 55 ans; 7 rue Balechou.

- DARBON Célestin, époux BONIFACE, 69 ans; quai Saint Pierre.

- FRAISSE Rose Marguerite, épouse GARCIA, 33 ans; 24 rue de Fourques.

 

P.S : Le Comité alimenta aussi la population du centre-ville qui avait pratiquement élu domicile dans les abris.

 

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Published by DANIEL Max - dans HISTOIRE D'ARLES
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commentaires

eole 12/09/2016 08:45

Un bac faisait la navette à hauteur du quartier de BARRIOL.

Aurélien 11/09/2016 16:06

Je ne trouve pas réponse a mon problème, comment le groupement SIMON on t'il pu passer le Rhône à Arles les deux seul pont étais détruis?

EOLE 18/03/2016 07:23

Mission de toute évidence impossible pour diverses raisons ...

durot rene 17/03/2016 11:11

tres belle histoire on devrais en parler un peut plus souvent aussi bien sur arles ou a la tele les jeunes ne save meme de ce que cet un resistant