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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 05:58

 

 Cet article sur le mas de Chamone présente un intérêt particulier pour les historiens : il nous permet, au XIXème siècle, de suivre les migrations d'une famille originaire d'Arles, d'abord de la ville vers un mas du sud de la Camargue (Chamone) puis 40 ans plus tard, son immigration en Algérie, puis son retour en France, probablement avant 1955, c'est à dire au tout début des hostilités ... C'est donc là, l'histoire d'Arlésiens devenus "Pieds-noirs".... Leurs descendants vivent de nos jours dans le Sud-ouest de la France ...   

 

LEUR VECU A ARLES

 

La famille originelle habitait rue Gavarry. De nos jours, cette rue se trouverait dans le prolongement de la rue Dulau et aboutirait à la rue Jean Granaud (Rue Gavarry, du nom d'un des plus importants fabricants de savons italiens). Il s'agit peut - être d'un artisan tanneur, ayant voulu s'orienter vers l'élevage de boeufs ou de taureaux; en ce sens que la famille résidait dans l'ancienne rue de l'Egout (créée sur Décision du Conseil municipal de juillet 1826) à ARLES, dans le quartier des Tanneurs . 

Rue-de-l-egout-001.jpg

 

CHAMONE 1860 - 1899 

 

Situé sur le territoire de SALINS DE GIRAUD, route de FARAMAN, ce mas fut créé en 1860 par les BOUJON.  (Photos du mas en fin d'article)... 

 

 

 

L'ALGERIE 1899 - 1956

 

 

L'histoire de la famille est donc particulièrement digne d'intérêt, en ce sens que c'est une des rares familles arlésiennes à notre connaissance (peut-être la seule) qui en 1899, va partir en ALGERIE pour y fonder un établissement agricole, certainement axé sur l'élevage ...

La famille s'installera dans une ferme, baptisée Ferme des BOUJON, entre Le Telagh et Bossuet  en ORANIE, au sud de Sidi Bel Abbés, en pays d'élevage :

 

LE TELAGH 02 SITUATION GEOGRAPHIQUE.JPG

 

  HISTORIQUE DES MIGRATIONS VERS SIDI BEL - ABBES 

 

Au tournant de 1860, des milliers de colons européens, hommes, femmes et enfants arrivent en chariot dans la contrée. La première année d'adaptation est difficile car aucun aménagement viable n'est réalisé. Mais qu'une sécheresse récurrente survienne ou une nuée de sauterelles ou criquets du désert dévaste les premières bonnes récoltes, alors le malheur plonge dans la vie des familles. Les colons épuisés, parfois malades, à force de construire leurs abris, de défricher sans expérience les sols et de lancer les premières cultures expérimentales, sont obligés de s'endetter. Les familles même paysannes subissent les privations inconnues dans leurs anciens terroirs.

Les familles de colons s'appauvrissent et perdent les plus vieux ou les jeunes les plus faibles emportés par les fièvres, les famines.

Les survivants qui ont compris qu'il ne leur sera pas délivré de billet retour observent les pauvres petits cultivateurs musulmans, suivent et adaptent leurs pratiques ancestrales. Les colons européens les plus intelligents qui disposent d'eau abondante par pompage s'associent avec des familles autochtones démunies de terres et parviennent à force de labeur combinant leurs différents savoirs techniques et agraires à trouver des solutions simples et provisoires. Les modestes autochtones leur apprennent à trouver l'eau à faible profondeur en excavant facilement la couche d'argile arénacée mal compactée qui compose le socle géologique de la plaine, à réguler la nappe phréatique des zones maraîchères avec des plantations de peupliers et de trembles. Mais il faut stocker les récoltes avec efficacité pour ne pas subir les terribles revers de fortune.

La ville est entourée de murs de protections avec quatre portes qui permettent l'accès à la ville : au nord la porte d'Oran, au sud la porte de Daya, à l'ouest la porte de Tlemcen et enfin celle de Mascara à l'est. Aujourd'hui il ne reste plus rien des fortifications et les portes laissent passer les avenues.

Elle est appelée parfois biscuitville par les voyageurs en raison de sa fonction de ville étape pour le ravitaillement pour les troupes descendant vers le sud. Tous les postes-magasins militaires s'appellent ainsi. C'était un nom commun et non pas un nom propre comme Daya, Frendah, etc.(Léon Adoué 1927). Napoléon III au cours d'un second voyage débarque à Sidi Bel Abbès le 16 mai 1865, il décide que la ville s'abrègera de Bel-Abbes. On ne sait pourquoi le décret consacrant ce changement n'a jamais été rendu. En prenant le toponyme de la modeste kouba ou tombe près de la rive gauche de l'oued Mekerra proche de la redoute militaire protectrice, la ville reprend et porte à la postérité le nom d'un saint homme musulman "Sidi Bel Abbès Bouzidi".   Le premier maire de la ville est monsieur Roubière en 1870.

En 1881, Sidi Bel Abbès ou Monseigneur Bel-Abbès comme la dénomme les colons français, est une commune chef-lieu de subdivision militaire de 16 840 habitants, chef-lieu d'arrondissement du département d'Oran en pleine croissance ferroviaire. Elle est à 82 km au sud de la préfecture oranaise. Une voie ferrée la relie à Sainte-Barbe-du-Tlélat, station de la grande ligne d'Alger à Oran. Ce carrefour ferroviaire à 52 km est le point de départ d'un embranchement vers Sidi Bel Abbès qui dessert successivement les stations de Saint-Lucien, Lauriers-Roses, Oued-Imbert, Trembles et Sidi-Brahim. La ligne de Sidi Bel Abbès à Ras El-Mâ est inaugurée en avril 1883.

Les communes voisines de Sidi Bel Abbès sont :

  • Sidi Brahim à 10 km : 742 habitants
  • Les Trembles à 15 km : 2003 habitants
  • Sidi l'Hassen à 7 km : 947 habitants
  • Tessala à 10 km : 1480 habitants

Les communes mixtes plus lointaines mais aussi traditionnellement populeuses sont :

  • Boukhanafis à 20 km : 8460 habitants
  • Mekerra à 82 km : 17176 habitants.

La ville prospère émerge d'une verte oasis qui l'entoure à perte de vue avec au loin de vastes champs cultivés, de beaux villages et des domaines fermiers importants. Elle possède un tribunal de première instance, un comice agricole, un théâtre, un hôpital et des marchés fort importants. La ville croît avec 16980 habitants en 1883.

Des montagnes environnantes, la ville s'aperçoit au milieu d'un fourré d'arbres. De magnifiques plantations de trembles et de peupliers se répartissent en dehors du mur d'enceinte. La ville au plan géométrique est divisée en deux quartiers à peu près égales : le quartier civil et le quartier militaire. Les rues se coupent toutes à angle droit. Celles qui aboutissent aux quatre portes sont plantées de beaux arbres qui égaient également le boulevard. De jolies places à l'ombre embellissent la ville. Le principal commerce concerne les grains, les bestiaux et l'alfa transformé dans quelques usines de la ville. Une minoterie importante ensachant de la farine blanche et des farines non panifiables est déjà active.

Le quartier civil possède une église, un théâtre, un marché couvert, un hôtel de ville et des écoles. Le quartier militaire est rempli de l'activité des casernes de cavalerie et d'infanterie, en particulier la légion, mais il compte des bâtiments du génie, de la gendarmerie, des unités d'artillerie, le service aux subsistances, l'hôpital militaire et le cercle des officiers.

Au delà des plantations d'arbres, se développe la zone des jardins. Les coins les plus fertiles sont la plaine de Tessala, la vallée de l'oued Sarno, les terres alluvionnaires de la Mekerra. Une longue suite d'habitations forme les faubourgs de la ville, caractérisés par des implantations de communautés ethniques à côté des exploitations de maraîchage. Se remarque ainsi un village espagnol, un village nègre, une communauté alsacienne et allemande...

Les fermes des colons souvent isolées prennent la forme de petites maisons blanchâtres et tristes. Elles occupent de vastes superficies de labour et de vigne, elles sont très nombreuses, et en conséquence fort dispersés dans la vaste plaine ondulée. Le concours agricole organisé en avril 1883 à Sidi Bel Abbès est une réussite indéniable qui fait connaître autant la quantité que la qualité des productions agro-pastorales de l'Oranais : les spécimens de races d'élevage bovines, chevalines et ovines, les instruments agraires à l'instar des modèles de charrues, les machines opérationnelles comme les moissonneuses et batteuses à vapeur, enfin les récentes prouesses de l'industrie agricole font merveille. L'image de la ville pionnière qui ne compte que deux décennies d'existence apparaît pour la première fois, sérieuse, appliquée à l'essor agricole et à ses aménagements urbains. La plaine de Sidi Bel Abbès représentée par des grandes fermes modèles et les constructions mécaniques de la ville rivalise pleinement avec la grande plaine aval du Sig, ou encore les célèbres Mina et Habria.

 


LES PHOTOS DE CHAMONE 

 

CHAMONE-1-001.jpg

 

 

CHAMONE-2-001.jpg

 

 

 

   Dans les écuries, cette curieuse mangeoire vernissée :

 

CHAMONE-mangeoires-001.jpg

 

 

 

 

 

D'autres photos sont à venir....

 

 

 

 

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