CAMARGUE INSOLITE
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Arles .
La ville d'Arles est cerlainemenl une de ces villes où les usages et les mœurs de l'ancienne Rome ont persisté le plus longtemps. Pour illustrer l'esclavage sur ARLES, Camargue-insolite, publie ce travail de recherche du
chroniqueur arlésien Emile FASSIN.
L'esclavage, hérité des Romains (qu'il ne faut pas confondre avec le servage, produit de la féodalité), s'y est maintenu jusqu'à l'annexion à la patrie
française. Réprouvé par la religion mais toléré par la législation civile, le trafic des
esclaves s'exerçait encore librement, dans la ville d'Arles, au milieu du XV* siècle ; les officiers publics ne lui refusaient pas le concours de leur ministère.
Dans le registre de 1443 du notaire Guillaume Raymundi (à la date du 4 mars, folio 78) nous trouvons le contrat de vente d'une esclave répondant au nom à'Halya, « telle qu'elle se poursuit et comporte, avec tous ses vices, malices et infirmités, apparents ou occultes, extrinsèques ou intrinsèques. . . »
La langue notariale n'avait pas d'autre formule pour la vente d'un cheval ou d'une bête de trait. Il n'y a de différence que dans le prix : la bête humaine se paie un peu plus cher qu'une mule; l'esclave est payée 100 florins par l'acheteur, un fabricant de drap de Perpignan du nom de Guillaume Sapte.
Le vendeur est un de ces trafiquants génois (Januensis ergà mercator) que le XVéme siècle vit s'implanter en si grand nombre dans la ville d'Arles ; il se nomme Julien de Donine et fît souche, dans le pays, d'une famille opulente et bientôt considérable. On ne jurerait pas que la marchandise humaine n'ait point été une des branches de son trafic ; car nous le retrouvons, dans un autre registre du même notaire (1436, f° 163), achetant une autre esclave, et nous l'y surprenons encore (1441) opérant une nouvelle vente (15 novembre 1441. Vente d'un esclave à un négociant de Marseille, Pierre Croci le jeune, au prix de 70 florins, quittancé par acte ultérieur, 30 septembre 1444, même notaire).
Est-ce tout? évidemment non; mais à quoi bon chercher davantage ? tant d'autres faisaient comme lui ! Ce trafic était-il une importation génoise? On pourrait le supposer, car voici d'autres Génois qui l'exercent :
- Le 15 janvier 1360 : Vente d'esclave par un Génois : Nicolas Cominelli. du diocèse de Gênes, vendait à Pons Palhade. de la ville de la Mer (Saintes-Maries) pour la somme de 20 florins d'or payée comptant, un esclave blanc ou quasi blanc, provenant de Trepori de Barbarie, appelé Guilhems, âgé d'environ 14 ans .
- Le 25 février 1 465 (notaire Bernard Pangonis, f" 160 du protocole) Raphaël de Grimaldis, génois habitant Marseille, vend, pour le prix de 50 seliers de blé, à Jean Uvieti, notaire d'Arles et marchand, une esclave appelée Julienne, acquise par lui de Pierre de Romesan, de Marseille, le 15 janvier précédent (Acte dressé par de Burgondia. notaire à Marseille).
- Le 9 octobre 1469 (notaire Bernard Pangonis, à l'extensoire) un autre marchand génois établi à Arles, Barnabe de Ponte, achète de Pierre de Noslre-Dame, d'Avignon, au prix de 21 écus d'or, une esclave nommée Thodors, « exempte de toute maladie, lèpre, i-ogne, mal caduc (de terra) et infirmités quelconques ».
Ne quittons point l'étude de Pangonis sans relever un acte du 26 avril 1441 (au prot. f°11) constatant la cession, par Jean de Quiquéran à Jean Rutïl, seigneur d'Allamanon, moyennant 15 florins, d'une esclave répondant au nom de Lucie.
Si nous reprenons les registres de Raymundi, nous trouvons, pour la seule année 1446, deux autres ventes d'esclaves :
- Le 1 février 1446, c'est un négociant marseillais, Louis Vassal, qui cède à Nicolas et à Foulquet de Cays, en retour de 110 setiers de tuzelle, un esclave noir (sclavum sive servum et emplitium nigrum) appelé Jacques, né à Mont-de-Barcas, âgé de 15 à 16 ans. Le vendeur le garantit sain, exempt de maladie secrète, particulièrement d'épilepsie, et. . . ne salissant point les draps (non mingentem in lecto).
Le 15 octobre 1446, c'est un marchand drapier d'Arles, Jean Trenhard, qui vend à Jean Maistre (Magistn), bourgeois de N.-D. de la Mer, une esclave nommée Luce, âgée de 35 à 40 ans.... Détail particulier : l'acte mentionne que l''esclave est « présente et consentante ». Cette précaution n'est pas de pure forme et révèle certains scrupules. . . au moins chez le notaire.
Puisqu'on vendait les esclaves, on pouvait bien les donner en location :
Le 29 mars 1457 : Mérian Falcochi, de Florence, demeurant à Marseille, en affermant à Simon de Johanne, son compatriote et son représentant à Arles, une maison sise en cette ville, paroisse Saint- Laurent, déclare que le bail comprend aussi une esclave pour le service de la maison (not. Jacques Norriceri, f° 1).
La famille de Grille ( d'origine Génoise elle aussi) possédait de nombreux esclaves. Elle les traitait avec douceur. Je n'ai point trouvé d'exemple qu'elle en ait fait marchandise.
Par testament du 8 janvier 1 451 (not. Gui Raymundi) Jacome Grilhe, aliénait à Catherine, son esclave, un vêtement et une somme d'argent.
Le 29 septembre 1464, Jacques Grilhe affranchissait une esclave, Marguerite, qui lui avait coûté plus de 200 florins (Extensoire de B. Pangonis). Sa veuve, Magdeleine Boyc, léguait, le 7 janvier 1472, une robe et 10 florins à son affranchie Magdeleine pour reconnaître les soins qu'elle avait donnés au défunt (not. Jacques Norriceri).
Le 17 novembre 1 472, une autre de ses affranchies, Marie Grilhe (les affranchis, comme chez les Romains, portaient le nom de leurs anciens maîtres), contractait mariage avec un artisan, Andochius Cutoris (not. Bernard Pangonis, (° 209 du protocole).
Sous l'influence de la religion et de l'adousissement des mœurs, ces affranchissements étaient devenus fréquents :
En cette même année 1472, par devant le notaire Pancrace Sahatoris (19 novembre, f° 62), Tassius Picard rend à la liberté une esclave éthiopienne nommée Catherine, achetée à Messine deux ou trois ans auparavant ; il l'affranchit par la manumission, selon le droit romain, en prenant ses mains dans les siennes et les lâchant ensuite, et en prononçant les paroles sacramentelles (Nous avons fait remarquer ailleurs ce grand rôle symbolique de la main droite dans une foule de conventions. Il y aurait une étude à faire — aussi intéressante que curieuse — sur la condition juridique de ces esclaves au XV* siècle. Ils étaient, pour les délits, soumis à la juridiction ordinaire et aux règles du droit commun. On trouve relatée, au compte des amendes perçues par le sous-clavaire en 1372. une condamnation contre une" esclave appelée Anne, pour avoir traité de p. . . . et de bagasse l'esclave de M* Pierre de Sainte-Marie, le médecin).
Les registres de Bernard Pangojiis en fournissent d'autres exemples l467, 2 avril, prot. f 7. — 1463, 9 juillet, etc.). Ce dernier acte est en faveur de Jean Barbant, esclave noir, à qui Jean d'Arlatan, son maître, rend la liberté. La maison d'Arlatan, au moyen-àge, s'est toujours distinguée par une sorte d'originalité chevaleresque qui l'avait rendue légendaire. On se rappelle l'histoire du monstre (serpent, tarasque ou dragon) tué par Jean d'Arlatan sur un tas de vermillon dans un bois de la Crau — exploit qui valut à son auteur, à titre de récompense nationale, le droit de prélever un certain impôt sur le vermillon recueilli dans les garrigues du terroir d'Arles.
Emile FASSIN conjecture que cet esclave noir, revêtu par la crédulité publique d'un reflet de l'auréole légendaire
du maître, devint pour les enfants une personnification du monstre vaincu, une sorte de croquemitaine. ... et je m'explique ainsi, par un effet de tradition, comment dans notre enfance on nous
effrayait avec la menace du harliant (mot à apparenter certainement à mauresque, arabe, noir...).
Le gros problème, c'est que l'idée esclavagiste locale ne s'arrête pas là... Dés
1939, les riziculteurs de Camargue vont s'allier au gouvernement de Vichy en utilisant à bas coût et sans scrupules la main d'oeuvre
indochinoise et ce durant toute la seconde guerre mondiale...
De nos jours, lors du bien lamentable défilé du Corso du Riz à ARLES, créé ne l'oublions pas à l'époque où la Droite dirigeait la commune, ce qui nous
apparaît trés curieux, c'est cette liaison persistante entre cette pseudo Tradition Gardiane et la riziculture. A preuve la "Reine" du corso, qui est toujours apparentée aux
riziculteurs, elle est montée sur son cheval et habillée à la gardianne ...
Depuis que ces fêtes du riz existent, et toujours tout aussi curieusement, aucune allusion n'a été faite à propos des différents types de main d'oeuvre utilisés par les riziculteurs de
camargue. Il y eut les indochinois certes, mais aussi les espagnols et les italiens, dont le sort ne fut guère meilleur !
Nous allons publier prochainement un article sur la vie arlésienne durant la Seconde Guerre mondiale. Cet article mettra en valeur un grand nombre de non-dits sur la conduite quelque peu déplacée
de cette pseudo gente gardianne... Vous verrez, c'est trés parlant...