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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 10:40

ARLES EN ZONE LIBRE OU "LE ROYAUME DU MARECHAL"

 

 

 

 

Ce qui n'a pas été dit, peut - être, pour ménager les susceptibilités, c'est que dans le Pays d’Arles, le culte du Maréchal trouve un écho particulier, parmi les "vrais Provençaux" et ce au moins jusqu'en fin 1941 .... Ces "vrais Provençaux", appelons-les, les Traditionnalistes. En régle générale ils étaient de "bons chrétiens" voués aux idées mistraliennes ... Ceux dont la vitrine semble avoir été certains gardians de pacotille et autres costumés ... Bref, les probables  anciens partisans de l'Action Française !

Ce qui n'a pas été dit également, c'est la trés forte proportion "d'étrangers" (Espagnols, Italiens et autres peuples de la Main d'Oeuvre Imigrée) qui d'emblée, dés les premiers instants de la guerre, a trés activement participé aux différents mouvements de Résistance...

 

Petit rappel de la situation...
Le 18 juin 1940, Charles de Gaulle lance son Appel. La même année, le gouvernement de Vichy organise les chantiers de Jeunesse ...
A preuve,   l
e 8 septembre 1940, jour où PETAIN, dans son message à l’occasion du 110ème anniversaire de la naissance de MISTRAL, utilise le poète comme Saint-Patron du Redressement de la France !
Les Traditionnalistes n'hésiteront pas en effet, à faire des "haies d'honneur" au Maréchal. En 1940, le régime de Vichy recherche,  l’adhésion des Fédéralistes en faisant miroiter la division de la France en régions, en vertu de la fameuse formule « La terre ne ment pas ». En attendant, Vichy entretient l’illusion en flattant les régionalismes.
En retour, le marquis Folco de Baroncelli-Javon flatte les autorités en organisant, un peu de partout, de nombreuses manifestations folkloriques. On sait qu'il ne sera pas récompensé de ses ardeurs, par l'occupant...

 

Voyage de PETAIN à ARLES, MARSEILLE, TOULON .
 

Le voyage de Pétain à Marseille s'était déroulé le 3 décembre 1940, après quoi il avait inspecté la flotte à Toulon. Il s'était auparavant brièvement arrêté en Arles, ce qui fut l'occasion de célébrer les traditions locales, comme le relate la presse de l'époque :

« Le spectacle est magnifique : d'un côté les gardians à cheval, dans leur costume pittoresque, de l'autre, les Arlésiennes à la coiffe si élégante, parées de leur robe aux couleurs vives et de leur châle chatoyant. Le chef des gardians offre au Maréchal la corde qui attache les chevaux de Camargue, 'symbole de leur attachement à la France et à sa personne' , pendant que dans la foule une brave vieille crie : 'Que Dieu vous garde, Monsieur le Maréchal'. »
A ce moment là de l'Histoire, ARLES est aussi appelé dans la Presse de l'époque,  Le Royaume du Maréchal.


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Trés rapidement, le symbole Frédéric MISTRAL, est remis en question par les allemands puisque le 11 Octobre 1941, le gouvernement de Vichy a adopté une loi rendant obligatoire le démontage et  la fonte des statues de bronze  et monuments dans le domaine public.

La statue de Mistral tant vénérée par le régime de Vichy, fut l'un des monuments (peut-être) démantelé ; peut-être, puisque certains avancent qu'il n'aurait pas pris le chemin de la fonderie... Tout comme parait-il d'autres bronzes de la région dont  "Le clairon" de Beaucaire et autres objets des alentours.

 


 

ARLES EN ZONE SUD

 

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 A partir du 11 novembre 1942, la "Zone dite Libre"  prendra le nom de « Zone Sud ». Ce jour-là,  à 7 heures du matin, l’armée allemande franchit la ligne de démarcation en plusieurs points et envahit la zone sud. Minutieusement préparée, l’opération reçoit le nom de code « ANTON », le principal objectif avoué étant la prise de contrôle des côtes méditerranéennes françaises.
C'est aussi l'époque où le Parti Communiste change son fusil d'épaule, la date essentielle est celle du 22 juin 1941, lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique. Désormais, le P.C.F. ne qualifie plus la guerre en cours d'impérialiste et de Gaulle d'agent de l'impérialisme anglais.

La ville d'Arles est occupée et cette présence de l'occupant vient troubler la petite vie tranquille de ses habitants.... On citera par exemple le détournement du courrier qui était alors dirigé vers une maison de la rue du 4 Septembre (ancien local des Compagnons) puis vers le restaurant de la Grappe, en bas du boulevard des Lices... C'est d'ailleurs dans ce restaurant que viendra au moment des bombardements, s'installer la Gendarmerie. Tout le courrier et surtout les colis, destiné à la ville et ses alentours, (Les Saintes, Salins de Giraud, Fourques et tous les domaines environnants). C'est aussi l'époque des réquisitions d'immeubles (hôtels, restaurants, maisons de particuliers) et de monuments historiques (Saint Trophime fut réservée certains jours à la Wermacht; le Théatre tout comme la Salle des Fêtes devinrent des lieux de distraction pour la Troupe occupante.

Cette époque c'est surtout la privation de nourriture : presque jamais de viande, de lait pour les enfants, de vin, de tabac, trés peu de pain et quand il y en avait c'était quelque chose de gris, de gluant et d'innomable. Et tout çà, aprés des files d'attente interminable, pour la plupart du temps arriver à la maison avec des filets vides !...

Toute l'alimentation disponible, nourrissait l'occupant ou partait vers l'Allemagne... Mais en matière de pénurie, ce n'était pas tout : je pense par exemple, au "rammassage systématique" par l'occupant de toutes les sortes de métaux précieux ou pas; et ce grâce à des multitudes d'affiches placardées sur les murs de la ville, alors même qu'il y avait soit-disant une pénurie de papier !...

Cette époque c'est aussi, le rammassage par les Allemands, sous la menace des mitraillettes, des vélos, voitures, remorques, balladeuses...etc... Dans les campagnes, il en allait de même pour les animaux (chevaux, mulets, taureaux). Et pendant ce temps, la propagande de Vichy scandait "Paysans ensemencez, jardiniers cultivez" !

Dans cette ambiance de réquisition, que sont réellement devenus les colis envoyés aux prisonniers par les associations locales dites de bienfaisance, dés les premiers moments de la guerre ?... Chapeautées par le Comité Local d'Aides aux Mobilisés, fondé par un ancien de 14-18, un certain monsieur MEYZONNAT et installé dans la chapelle de l'hôtel Jules César (occupée par l'ennemi), ces associations semblent avoir été trés actives...

Ce qui est curieux, c'est qu'en 1943, en pleine période de restrictions et donc de privations, c'est une grande quantité de colis (8 000) qui partent de la ville, elle même affamée...

Alors, si ce ne furent pas les habitants qui fournirent les denrées, qui furent alors ces "généreux" donateurs qui nourrissaient les prisonniers (sachant que nous n'avons pas trouvé de témoignage de prisonnier ayant reçu un colis) ?... 

La réponse est la suivante : Des entreprises arlésiennes que notre témoin cite : Papeteries du Rhône, l'usine électrique de Pont de Crau, les établissements FALQUE, la compagnie SOLVAY, la compagnie PECHINEY....

Il n'en sera pas de même pour le Secours Social local dirigé par Henry WATON-CHABERT, Oeuvre qui fera preuve d'une grande efficacité sur la ville et dont l'action et les résultats seront beaucoup plus palpables sur la vie de la cité ...

Son impact sur la vie sociale arlésienne sera éloquent tout au long de la Seconde Guerre: il faut savoir que la ville d'Arles compta plus de sinistrés (5862) que l'ensemble du département du Gard, qu'il fut versé 1 000 francs, à chaque sinistré au lendemain des bombardements. Ce nombre de sinistré qui est avancé, est décomposé ainsi :

- Sinistrés totaux : 2015.

- Sinistrés partiels : 3847.

En novembre 1941, le Secours Social local n'est qu'une association à l'état embryonnaire qui va devenir une sorte d'atelier de confection, destiné à habiller la population pauvre, en avril 1942 ce n'est qu'un petit atelier de bénévoles qui deviendra professionnel en décembre de la même année ...

Dans la population on appellait l'association "Le Vestiaire"; prioritairement destiné à l'habillage des enfants et des nécessiteux, le groupe distribuera quantité de pantalons, blouses et robes... Dans l'avenir, ce Comité va coordonner toutes les actions en direction des nécessiteux, enfants, vieillards, sinistrés, prisonniers et autres...

Puisque nous parlons des actions entreprises au niveau local, citons les activités réunies  dans ce vaste local de la rue Giraud :

 

- Les cantines scolaires : Ce fut l'un des plus importants postes budgétaires (Bourses et demi-bourses aux enfants de prisonniers ou nécessiteux, ainsi qu'aux familles nombreuses) que géra le Comité. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: 

- En 1942 : 17 695,50 francs.

- En 1943, 35 847,50 francs.

- En 1944, 47 655 francs...

 

- Les Colonies de vacances : Environ 200 à 250 enfants d'Arles et du Pays d'Arles bénéficièrent chaque été, des services de la colonie ardéchoise de Saint Michel de Chabriannoux. Le comité financera aussi les colonies de vacances logées en Haute-Loire et organisées par les associations privées ou des particuliers, en principe à hauteur de 30% de l'effectif ( enfants venant aussi de Port Saint Louis du Rhône, des Saintes Maries de la Mer et de Salins de Giraud):

- Les soeurs de Saint Vincent de Paul à BARBEZIT.

- L'Oeuvre de Saint Etienne à LANGEAC.

- Un certain monsieur CORTE, apparait comme organisateur de séjours à Saint Cirgue en Haute Ardèche.   

 

- Le Plat National, sorte de soupe populaire, créé en décembre 1941, il trouva son apogée en mars 1942. Pour ce faire, le Comité avait ouvert deux restaurants de fortune, où le prix de la portion (sorte de pot-au-feu avec pas mal de légumes et un morceau de viande bouillie) servie fut fixé à 3 francs en 41-42, à 3 francs 50 en 1944 et à 5 francs à partir d'août 1944.

Le nombre de rations servies (dont 25% gratuites) fut conséquent et montre bien l'appauvrissement et le dénuement de la population:

- En 1942: 56 466 repas.

- En 1943 : 81 442 repas .

- En 1944: 179 170 repas.

 

- Le Goûter des Mères : Créé en 1942, ce goûter fut d'abord gratuit; c'était une sorte de collation destinée d'abord aux futures mamans; cette collation fut donnée aussi par la suite et durant les six premiers mois, aux femmes qui avait accouchées. En 1943, son prix fut fixé à 2 francs et rassembla quelques 70 personnes. En 1944, ce sont plus de 300 enfants qui prendront part au Goûter des Mères...

 

- La Fête de Noël : Instituée pour rendre moins douloureux ce moment de l'année. En 1941 ce furent 250 enfants qui participèrent à la fête, 350 en 1942 et plus de 600 en 1943...

 

- Le Coin du Feu : C'était en quelque sorte un lieu d'hébergement où était aménagé un dortoir qualifié de bien propre et bien aéré, pour servir d'asile aux passagers infortunés. Les "nécessiteux, y furent au nombre de 15 en 1942 et de 150 en mai 1944.

 

Bien entendu, l'essentiel des secours avaient pour cible le mieux être des enfants. A partir du mois de juillet 1943, les enfants de moins de 18 ans, recevaient 4 fois par jour, un biscuit caséiné (le coût global de l'opération en fut de 615 000 francs).

Pendant toute son existence, le Comité organisa des colonies de vacances locales ou Centres d'accueil (à Fontvieille et Mouriés), dans lesquels furent également hébergés des enfants de Marseille. En 1944, il y avait encore une centaine d'enfants dans ces structures - ancêtres de nos Centres Aérés actuels. 

N'oublions pas non plus, la colonie municipale et celle du clergé . Toutes deux financées en partie par le Comité Local de Secours.

 

- La Marmite du Vieillard : Chaque mois, une assistante sociale, aidée d'une jeune fille, visitaient les vieillards de 70 à 80 ans et les infirmes. D'autres bénévoles leur apportait chaque jour "le Plat National". Le Comité nourrissait aussi les nombreux tuberculeux de l'hôpital dans un but de suralimentation.

 

Vers la fin de l'époque "Zone Libre", les autorités locales, qui rappelons-le étaient bien ouvertes aux idées du Maréchal, donnent leur accord pour créer le Camp de SALIERS:

Le hameau de SALLIERS, est situé à l'Ouest des BDR, à 4 km de Saint Gilles du Gard et à 15 d'Arles. Ce camp de triste renomée, se trouvait à 3 kilomètres au sud du village sur le domaine de Saint Cézaire et de Mr VARE, là où se trouvait la manade THIBAUD. Il semble que les nomades qui furent rassemblés dans ce camp, venaient pour l'essentiel de l'Est et s'exprimaient en allemand (dixit Eugène LAPLACE).

(JPEG)

 

 

Créé par le gouvernement de Vichy en 1942, il existera jusqu'au 18 aôut 1944, jour où il fut mitraillé par l'aviation alliée (1 mort et trois blessés).

Le camp de Saliers est l’aboutissement des lois raciales instaurées par Hitler et appliquées par Pétain. Il a été voulu par les autorités supérieures comme un instrument de propagande pour répondre aux nombreuses critiques qui s’élèvent à l’étranger contre la politique d’internement de Vichy.
Au niveau architectural, on peut se demander pourquoi ces baraques ont été construites sur le modèle de cabanes de Gardians....
Surpeuplé et complètement insalubre, les conditions de vie y étaient très difficiles, notamment pour les enfants qui représentaient 30 à 40 % des effectifs du camp. Au total, près de 700 nomades ont été internés à Saliers.

 

C’est le Service social des étrangers (S.S.E.), dont on a connu l'efficacité avec les indochinois qui prend en charge l’installation du camp. Le colonel de Pelet est placé à la tête du camp de Saliers, jusqu'en 1943.
Il est intéressant de noter que les acteurs à l’origine du camp sont en partie liés à la Résistance. Le terrain sur lequel est implanté le camp est d’abord loué, puis réquisitionné par le Ministère de l’Intérieur.

Pour commencer, 300 à 400 nomades doivent s'entasser dans une cinquantaine de petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d'hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent.

Ces nomades étaient surveillés par une centaine de fonctionnaires en uniforme, placés sous l'autorité directe du ministère de l'Intérieur de Vichy. Les agents en question étaient logés sur place dans des baraquements en planches équipés du confort de l'époque (électricité comprise).
En fait contrairement à ce qui a été dit et écrit, SALIERS ne sera pas le seul camp français d'enfermement des Tsiganes en Zone Libre. Il y eut aussi le camp d'Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales).
D'autres camps d'internement ont existé en France :

- Angoulême, Les Alliers (Charente) : En ce lieu dit " camp des Alliers " entre novembre 1940 et mai 1946, environ 450 Tsiganes de Lorraine, de Charente et Charente-Maritime furent regroupés et maintenus par le gouvernement français dans des conditions humaines inacceptables. Précédemment, ce camp avait été occupé par des réfugiés espagnols dont certains ont été déportés en août 1940 à Mauthausen.
- Arc-et-Senans (Doubs) : En ce lieu de la Saline Royale d'Arc-et-Senans, du 1er septembre 1941 au 11 septembre 1943, quelques 200 Tsiganes par familles entières, furent regroupés puis internés par le gouvernement de Vichy et la Feldkommandantur.
- Avrillé-les-Ponceaux, La Morellerie (Indre-et-Loire) : Ici, dans ce camp dit de La Morellerie furent internés des Tsiganes du 6 décembre 1940 au 8 novembre 1941, et des communistes du 1er juillet au 17 novembre 1941, avant d'être transférés dans d'autres camps de la région.
- Barenton (Manche) : 11 avril 1941-8 octobre 1942. Ici, l'occupant nazi avec la complicité des autorités françaises, a fait interner des Tsiganes.

- Jargeau (Loiret) : Ici 1 700 personnes ont été privées de leur liberté entre 1939 et 1945, dont Tziganes, résistants, réfractaires et personnes marginalisées..

 

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